Olympio et Juliette

 

Olympio et Juliette juliette-drouet-victor-hugo.1196847265

 

Il y a quelques semaines,  j’ai visité à Paris la « Maison de Victor Hugo »,  appartement du 6 place des Vosges,  où vécut l’écrivain pendant une quinzaine d’années. Cette visite m’a donné très envie de lire sa biographie.  J’ai donc lu avec attention « Olympio ou la vie de Victor Hugo », très beau texte de 560 pages écrit par un André Maurois  érudit et inspiré.  Je ne vous infligerai pas le résumé de la vie d’ Hugo dont tout le monde connait les grands évènements: le génie précoce du poète qui à 14 ans veut être « Chateaubriand ou rien », la bataille d’Hernani, la mort tragique par noyade de sa fille Léopoldine et de son gendre, son élection comme député de Paris en 1848, l’exil à Jersey et Guernesey . En revanche, la liaison qui l’a lié pendant une cinquantaine d’années à Juliette Drouet est assez fascinante pour être évoquée  sur ce modeste blog.

Juliette Drouet, voilà une amoureuse exceptionnelle, une femme d’un autre temps, l’époque n’étant plus à l’abnégation et à la passion inconditionnelle d’une amante qui, par amour et admiration, a voué sa vie entière à un seul homme.

Quand il rencontre Juliette en 1833, Victor Hugo est marié depuis 11 ans à Adèle Foucher,  une amie d’enfance dont il est très amoureux; une passion contrariée, car peu de temps après leur union, la jeune femme s’éprend du critique Sainte-Beuve: grand admirateur  et ami de l’écrivain,  Sainte-Beuve se comporte bientôt comme un coucou;  après avoir mis en confiance le maître de maison,  il s’enhardit, n’hésitant pas  à venir tous les après midi tenir compagnie à la femme de Victor Hugo.  Après moult chastes tête à tête,  rendez-vous dans des églises,  lettres échangées sous le manteau,  Adèle et Sainte- Beuve ont une liaison plus sentimentale que charnelle,  Adèle n’étant pas d’une grande sensualité.

C’est lors des répétitions de « Lucrèce Borgia » que Victor et Juliette Drouet font connaissance. Actrice médiocre, contrainte à la courtisanerie pour vivre décemment,  Juliette a pour elle,  la jeunesse, la beauté,  et l’intelligence d’une femme qui montrera beaucoup de goût littéraire et se révèlera très bonne conseillère; elle a par dessus tout,  une incommensurable bonté.  La nuit de mardi gras de l’année 1833, les amants passent leur première nuit ensemble; Victor, habitué à la froideur des ébats conjugaux, est ébloui par la fougue de sa jeune maîtresse. La belle étant folle amoureuse, d’un caractère exquis et fort capable de comprendre son oeuvre et de lui écrire d’adorables lettres (il y aura en tout 17 000 lettres d’amour en 50 ans), Victor est conquis; sans doute n’imagine-t-il pas encore qu’ils ne se quitteront quasiment plus jusqu’à la mort de Juliette.

Par amour pour Victor,  Juliette va tour à tour renoncer à sa carrière de comédienne, accepter de rompre avec ses généreux amants, et pour finir, accepter de vivre en recluse dans un tout petit appartement où son grand homme lui rend visite et travaille à l’occasion. Victor Hugo lui alloue une modeste pension de huit cent francs. Il est tout à fait fascinant de voir à travers cet extrait d’un carnet de comptes, la docilité de Juliette qui rend compte de chaque sou dépensé:

Dates                                                      Francs               Sous
Ier     argent gagné par mon adoré…..  400

4        argent gagné par mon adoré…..   53

6        argent de la nourriture de mon Toto…  50

10      argent gagné par mon petit homme…  100

14      argent de la bourse de mon adoré…..    6             4

 

Le plus souvent, malgré cet esprit économe, elle n’a pas assez d’argent pour se chauffer, se nourrit d’oeufs, de lait, de fromage. En ses heures libres, elle copie les manuscrits ou ravaude les vêtements de son amant. Elle n’a pas le droit de sortir, même pour respirer l’air de sa rue, sauf accompagnée de Victor. Cette situation dure des années, tandis que l’écrivain mène une vie bourgeoise et confortable auprès de sa femme et de ses enfants.  Les seuls moments de joie pour Juliette sont les quelques semaines d’été durant lesquelles Hugo l’emmène voyager.  Bientôt il lui trouvera aussi une chambre dans une ferme près de la propriété des Roches où les Hugo passent une partie des grandes vacances: Juliette chaque jour et quel que soit le temps, se rend dans un bois, espérant une lettre (cachée au creux d’un chataîgner), ou plus rarement une visite de son aimé.  Adèle ferme les yeux: elle est toujours proche de Sainte Beuve, et aime désormais très fraternellement son mari qu’elle laisse libre de passer du bon temps avec sa maîtresse.

Une dizaine d’années plus tard, Victor Hugo ne peut toujours pas se passer de Juliette, mais il ne la désire plus. Cela fait longtemps déjà qu’il la trompe en recevant des maîtresses chez lui,  mais la tristesse de Juliette s’accroît quand elle comprend qu’ il n’y aura jamais plus de sensualité passionnée entre eux. Juliette souffrira horriblement quand elle recevra en juin 1851, un paquet de lettres envoyées par Victor à sa maîtresse Léonie d’Aunet. Cette femme se venge car Hugo refuse de lui sacrifier Juliette. Pauvre Juliette qui apprend en parcourant cette correspondance, que la liaison entre les deux amants dure depuis sept ans ! Elle sort de chez elle dans un état proche de la folie, erre toute la journée dans Paris. Hugo la supplie de lui accorder son pardon, elle finit par se résoudre à accepter l’inacceptable, écrivant le 30 juin :  »

« Je remercie cette femme d’avoir été impitoyable dans les preuves de ta trahison. Elle m’a bien hardiment enfoncé jusqu’à la garde dans le coeur cette adoration que tu lui as donnée pendant sept ans. C’était cynique et féroce, mais c’était honnête. Cette femme était digne d’être mon bourreau. Tous les coups ont bien porté… »
Après la mort d’ Adèle, elle pourra enfin vivre auprès de son grand amour.  Atteinte d’un cancer, elle lui écrit une dernière lettre, le 1er janvier 1883:

« Cher adoré, je ne sais pas où je serai l’année prochaine à pareille époque, mais je suis heureuse et fière de te signer mon certificat de vie pour celle-ci par ce seul mot: je t’aime. »

 

Certains ont dit que Juliette était une pauvre folle naïve et asservie; d’autres ont pensé,  sans doute à juste titre, qu’à un homme exceptionnel, un amour exceptionnel était dû;  André Maurois commente ainsi la mort de Juliette Drouet: « De ce sacrifice avait-il été digne ? Si le désir avait fléchi, l’attachement ne s’était jamais relâché. En associant Juliette à son oeuvre,  il lui avait donné une vie inimitable. On a beaucoup parlé de son monstrueux hugoïsme; mais pour inspirer de tels sentiments, il faut avoir outre le génie, des qualités humaines. »

cesars 2010

Pourquoi faut-il que chaque fois je regarde la Cérémonie des Césars du cinéma français, je me dise immanquablement que c’était mieux avant. Quand j’étais gamine, il y avait toujours au moins une actrice sublime en robe Saint-Laurent: Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Romy Schneider; au moins l’une des trois illuminait la soirée. Hier,  il y avait Adjani, mais l’excès d’acide hyaluronique gâte quelque peu ses traits magnifiques…Las ! On ne peut être et avoir été !

Marion Cotillard…L’énigme du paysage audiovisuel français. Il faudra qu’on m’explique comment une fille qui a des poches sous les yeux, les oreilles du Docteur Spock et un sourire niais (voir ici) a pu devenir une star aux USA…Franchement, pourquoi pas Sylvie Testud ou Emmanuelle Devos tant qu’on y est ? Et Vanessa Paradis, elle n’a pas les moyens de se payer un bon coiffeur, elle pourrait pas éviter de venir avec les cheveux gras à la racine ? Non, décidément, le glamour français n’est plus ce qu’il était.

Me manquent aussi les pitreries de Michel Serrault, ou  de Coluche…Parce que Gad Elmaleh, il fait ce qu’il peut, mais bon…Très déçue ai-je été également de voir que Cluzet n’avait pas le César du meilleur acteur. C’est un de nos meilleurs comédiens, mais non, les jurés ont préféré le jeune Tahar Rahim qui a fait un doublé en obtenant aussi le César du meilleur espoir.

Et la tête pétrifiée d’Harrison Ford. Hallucinant.  Le pompon a tout de même été la chanson interprétée par Jeanne Balibar: voix de Castafiore, et grognements de cochon entre les couplets.

Pour effacer ce souvenir télévisuel désastreux, j’ai regardé une fois de plus ce merveilleux clip, rempli de paillettes, de plumes d’autruche, de swing, de rêve, voir ICI.

l’air et la chanson 2: écorchée vive, par diam’s

Le moins qu’on puisse dire est que je n’aime pas le rap, pourtant je suis très sensible à la force d’« Ecorchée vive »,  chanson de Diam’s découverte par hasard sur la toile:

Extraits:

….J’ suis écorchée, bien sûr, comment vivre autrement, quand les rêves ne servent à rien à part mentir aux enfants,

écorchée vive, quand j’ai bâti tant bien que mal une vie meilleure que celle des autres, et qu’on m’a juste dit c’est normal,

écorchée vive, parce que Maman je t’aime à mort, parce que je n’ peux pas supporter qu’un jour on parte dans le remords,

j’ suis écorchée, parce que j’ tai confié un secret, parce que j’ai appris par les autres que la langue était une traître,

écorchée vive, malgré moi, malgré la vie, car on me parle d’avenir quand tu ne me parles que d’archives,

écorchée vive, car on fait semblant de me croire, parce que je voulais faire de ma passion la plus belle de vos histoires

écorchée vive, dans ce grand théâtre en feu, j’affronte les flammes du mieux que j’ peux, écorchée vive, quand les crétins se croient

des rois, quand les adultes ne savent rien faire à part nous montrer du doigt, écorchée vive quand on me force à faire semblant, 

écorchée par tous ces poings, alors que c’est mes mains que je vous tends, écorchée vive d’en vouloir toujours un peu plus, 

de vouloir toujours être celle qui écrit sous l’abribus…

 

 


 

saint-valentin

                                                                                                                        Paris, le 14 février 2010

 

 Françoise,

 

Je te vois lever un sourcil en lisant ce sobre « Françoise ». Je t’ai habituée à tant de surnoms doux comme des loukoums: mon ange, mon amour, objet de mon désir, ma perle, mon aimée, ma préférence…Tu n’as jamais beaucoup aimé ton prénom, et tu l’aimes de moins en moins car il trahit ton âge. Tes parents t’appellent Fanfan, tes plus récents amis t’appellent Fanny. Moi, je préfère choisir au gré de mes humeurs. Et mon humeur est aujourd’hui  coléreuse, nostalgique, mélancolique et dans le même temps, joyeuse et optimiste.

Françoise, c’est la dernière fois que je t’écris. Cette lettre écrite le jour de la Saint-Valentin est une lettre de rupture. On ne peut choisir meilleur jour, pour rompre, que celui de la fête des amoureux: pourquoi en ferait-on exclusivement la fête de ceux qui s’aiment éperdument ?  L’amour a tant de formes y compris celle fatale du désamour; j’ai enfin compris que mon amour pour toi était moribond, autant l’achever aujourd’hui, ainsi nous n’aurons pas de mal à situer dans le temps la fin de notre liaison. Là, je te vois sourire: il y en a tant eu, des ersatz de rupture, des simulacres, des répétitions avant la finale, des coups de fils se terminant rageusement ou froidement, toujours pour cette lancinante demande de ma part, assez pitoyable, j’en conviens, de plus de temps, plus de présence, plus de TOI.

On parle souvent d’élément déclenchant pour les catastrophes, les maladies mentales, les crimes. Dans mon envie irrépressible de ne plus jamais  te revoir, de ne plus te prendre au téléphone, l’élément déclenchant a été ton dernier affront, Françoise, ta dernière incorrection, étonnante chez une femme comme toi, si soucieuse de paraître civilisée, au dessus des ploucs (un de tes mots favoris). Je m’étais souvent aperçu que tu ne m’écoutais pas quand je te confiais mes soucis, mes peines, ces petits et grands chagrins auxquels personne n’échappe. Souviens-toi, il y a trois jours, je t’ai parlé de mon père, de mon inquiétude parce qu’il va subir une IRM pour vérifier qu’il ne souffre pas d’un cancer de la vessie. Tu m’as à peine écouté, tu te rhabillais et tu as dit « Ah oui,  c’est embêtant », d’une voix distraite. Me doutant que tu allais parler vite d’autre chose, comprenant que je t’ennuyais avec ce problème qui ne te concerne pas, j’ai relancé, pour voir: « Cela m’angoisse, mon père n’a jamais été malade, j’aurais du mal à supporter qu’il soit atteint d’une maladie grave ». « On ne devrait pas vieillir, que veux-tu » as-tu lancé négligemment avant de boutonner ton chemisier. « Désolée, il faut vraiment que je me sauve, je suis déjà en retard. » Ce soir là tu te réjouissais d’accompagner une amie qui avait deux places pour une représentation à l’Opéra Garnier.

S’il n’y avait eu que cela; souviens-toi, quand j’ai eu ce lumbago qui m’a cloué au lit pendant dix jours. Tu es passée une fois en coup de vent, et tu as attendu pour me revoir que je sois parfaitement rétabli, et de nouveau performant sexuellement. Et ce cadeau que j’avais pris tant de soin à choisir pour ton anniversaire, ce châle en cachemire bleu, assorti à la couleur de tes yeux, d’une qualité exceptionnelle, qui m’a coûté aussi cher que l’ensemble des cadeaux offerts à ma famille pour Noël. Tu t’es exclamée « C’est adorable », mais j’ai bien vu que tu le regardais à peine. Et une heure plus tard, tu n’as pu te retenir de dire que tu avais reçu un manteau Rykiel dont tu rêvais. Tu m’as prévenu dès le début de notre liaison que tu étais très attachée à ton mari, que tu ne le quitterais jamais, qu’il était impensable que tout ce que vous avez construit soit anéanti fût-ce pour un amoureux auquel  tu dis tenir énormément; soit…. mais est-ce bien venu  de me parler de lui pour un oui ou pour un non, comme s’il était mon ami, comme s’il était entendu que je n’avais pas à être jaloux puisque que vous ne couchez plus ensemble depuis dix ans. Cela fait quatre ans que j’entends parler de cet homme, quatre ans que j’accepte la clandestinité, l’ambiguïté. Pendant longtemps, j’avoue avoir été séduit et même excité par l’idée de vivre un amour caché.  Tu me connais, la vie quotidienne m’ennuie, et je ne suis pas de ceux qui ont un besoin vital d’une compagne à demeure. Mais le charme de ce jeu a fini par s’étioler, non pas que tu me plaises moins (je te trouve toujours belle, drôle, désirable), mais vois-tu, comprendre enfin que tu ne m’aimes pas, a fini par me rebuter; je ne peux plus t’écouter, te toucher, sans avoir l’impression  un peu répugnante d’avoir à commercer avec une créature qui ne me veut pas que du bien, ou du moins, qui ne prend guère de précaution avec mes sentiments.  Tu ne m’aimes pas, Françoise: tu aimes mon visage, mon corps, ma façon de faire l’amour, ma jeunesse,  mon statut social de journaliste « qui a réussi à faire son trou dans l’équipe d’un grand hebdomadaire »; tu aimes mon humour, ma disponibilité, mon mépris pour les histoires d’amour banales et la médiocrité du conformisme. Oui, tu aimes tout cela, probablement passionnément, mais tu ne m’aimes pas MOI. Quatre ans, Françoise, cela fait quatre ans que je n’ai pas passé une journée sans penser à toi au moins deux ou trois fois par heure; même la nuit, je rêve souvent de toi, même au cinéma, je ne peux pas voir un film sans que ma pensée me ramène à toi. Tout ce temps consacré à une femme qui ne m’aime pas, qui n’aime qu’une image, des moments de plaisir, la vanité d’être aimée par un homme qui a vingt ans de moins, quoi de plus chic et de plus excitant n’est-ce pas, qu’un jeune amant, beaucoup plus exaltant qu’un sac Hermès ou un nouveau cabriolet et pourtant, Dieu sait si tu aimes le luxe. 

Je m’arrête là Françoise, nous ne sommes pas au tribunal, et je n’ai pas à t’accabler.  Ce soir, je vais dîner seul mais je serai heureux, car je vais fêter ma liberté retrouvée. Hier, chez des amis, j’ai rencontré une femme qui m’a plu; pourtant je n’ai pas pris son numéro de téléphone.  Si le hasard nous remet en présence, il se passera peut-être quelque chose, mais je ne suis pas pressé. Je veux prendre le temps de regarder les femmes, au café, dans la rue, partout…Toutes ces femmes que je ne voyais plus tant ton image m’obsédait.

Je ne t’oublierai pas Françoise, c’est mon seul cadeau d’Adieu: je ne t’oublierai pas.

 

                                                                                                                  SIMON

 

 

Freaks, film héroïque

Sorti en 1932, réalisé par l’américain Tod Browning, et traduit en France sous le titre « La monstrueuse parade » FREAKS est un des films les plus célèbres de l’histoire du cinéma, même s’il a été beaucoup moins vu que d’autres films mythiques comme « Gone with the wind ».

Devenu culte pour de nombreux cinéphiles, Freaks doit ce statut à l’extrême  originalité de son thème, et au fait que c’est le seul film à avoir choisi pour acteurs de vrais monstres, des gens qui longtemps ont été cachés (dans le secret des familles ou dans des instituts pour handicapés), ou au contraire,  à une époque désormais révolue, « montrés » dans des cirques  à des fins commerciales.

Freaks, film héroïque freaks-triangle_amoureux

FREAKS, conçu à l’origine pour être un film d’horreur, est plutôt un conte moral, même si la fin respecte les codes du film fantastique. La première scène annonce la couleur, où l’on écoute le bonimenteur du cirque Tratellini prévenir les spectateurs, qu’ils vont voir la créature la plus monstrueuse de tous les temps, créature qui a été autrefois une très belle femme. « Les monstres », dit-il « ont leurs codes et leurs lois; offenser l’un des leurs, c’est les offenser tous. »

Suit un long flashback où l’on voit se dérouler l’histoire de Cléopâtre la trapéziste, grande et belle femme blonde prête à tout pour attirer à elle les hommages masculins et l’argent. Récemment arrivée dans le cirque,  elle séduit immédiatement Hans, le lilliputien pourtant déjà fiancé à Frieda, sa « consoeur » lilliputienne. Dans le cirque,  il y a les « normaux » (acrobates et clowns) qui cohabitent avec les « freaks », tous de vrais monstres dans la vie: les soeurs siamoises, les hommes troncs, les femmes sans bras, et les « hommes têtes d’épingles », hallucinantes personnes à tête ovoides, mesurant à peine un mètre trente, et d’un âge mental très bas, ricanant sans arrêt naïvement, sous la houlette d’une gouvernante très maternelle, dont on admire la tendresse et la patience.

Hans va devenir la proie de Cléopâtre qui mène en parallèle une liaison clandestine avec Hercule, « l’homme fort » du cirque, brute épaisse sans intérêt sinon l’attrait sexuel puissant qu’il exerce sur certaines femmes. Après avoir appris que son soupirant avait hérité d’une jolie fortune, la trapéziste accepte la demande en mariage d’Hans, union qui donne lieu à l’une des scènes les plus cruelles du film: le repas de noces durant lequel Cléopâtre, grisée par le champagne,  perd toute retenue, se moque ouvertement de son « petit mari », embrasse fougueusement son amant et finit par insulter tous les monstres après que ceux-ci, avec une certaine perversité, lui aient chanté que désormais « elle était des leurs ». Ce qui choque le plus dans ce film, hormis le fait que certains acteurs sont effrayants physiquement, ce sont les rires cruels et quasi incessants. Le rire est ce qu’il y a de plus humiliant. C’est ce qu’exprime Frieda, le jour où elle ose affronter sa rivale, insistant sur ces rires, sur le fait terrible que beaucoup de membres du cirque passent leur temps à se moquer de Hans.  Le ridicule ne tue pas, mais il fait souffrir atrocement, ses victimes et ceux qui les aiment et voudraient les protéger. On est aussi « dérangé » par le constat que les monstres vivent presque tous « normalement », ont pour certains une vie sexuelle, comme les siamoises qui chacune à leur tour trouvent un mari: on n’ose pas imaginer la vie sexuelle très scabreuse du quatuor.
Le film a une morale, puisque la « méchante » sera punie au delà de ses craintes, les monstres faisant front pour venger l’un des leurs.

FREAKS a un peu vieilli ( presque 80 ans ont passé depuis), l’histoire peut paraître simpliste, et cependant ce film a un pouvoir intact de fascination, surtout quand on le voit pour la première fois. Pourtant des scènes ont été coupées, sans doute afin que l’ensemble soit un peu moins choquant et provocateur. Quand on est totalement bilingue, on peut le visionner gratuitement en version originale grâce à ce LIEN.

D’accord Monsieur je sors ! Par Valy-Christine Oceany

Chose promise, chose dûe; enfin, je livre mes impressions sur « D’accord monsieur je sors » de Valy Christine Oceany. 

D'accord Monsieur je sors ! Par Valy-Christine Oceany 25324442_5449665

Ce roman  relate sept jours de la vie de Violeta, fillette de dix ans vivant dans un pays qu’on devine, bien qu’il ne soit jamais nommé, être la Roumanie, le pays où est née l’auteur. Violeta est une enfant gentille, calme et appliquée, prête à tout pour être aimée des adultes. Pourtant, elle se heurte en permanence à des murs: mur de sévérité excessive des « camarades professeurs », mur de froideur et de violence de son père et de sa belle mère, mur de silence des voisins qui « ne veulent pas voir » la vie terrifiante subie par cette très jeune fille. Valy décrit une succession de scènes où Violeta passe de l’école où, bien que très bonne élève, elle n’est pas aimée des femmes qui sont chargées de son éducation, et où elle n’a pas d’amies, à son domicile où vivent un père autoritaire, froid et parfois même violent, et une belle mère qui n’est pas plus aimante que le père biologique. Certaines séquences sont presque insoutenables, on est plus proche du fait divers de maltraitance que de Poil de Carotte. Pour survivre et ne pas se sentir seule au monde, Violeta s’est inventée une amie, une poupée qu’elle reconstitue chaque jour avec des bouts de tissu (en cachette car même cela, même jouer avec des bouts de tissus ne lui est pas permis); elle a aussi découvert qu’en écrivant de petites fictions sur des pages de cahiers, elle se sent mieux, elle a enfin quelque chose qui lui permet de s’évader. Une injustice de trop va contraindre l’enfant à se révolter, je ne peux pas dévoiler comment,  pour ne pas raconter tout le roman.

Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est la distance placée entre la narratrice et son sujet. Valy Christine évite les bavardages, les complaisances qu’on pourrait attendre dans ce style d’histoire. Les scènes se succèdent, portées par une écriture sobre; la violence est montrée, jamais commentée, comme si cette enfant était là sous nos yeux, et que l’on suivait ce qu’elle endure, tout en ressentant la sidération que provoque la souffrance parfois extrême qui l’atteint. On ne dira jamais assez que les enfants aiment leurs parents inconditionnellement au point de ne rien dire, d’espérer que demain sera meilleur, que demain Papa sera de bonne humeur, et manifestera enfin son amour. A la fin du récit, on ne sait pas vraiment si bien des années plus tard, l’enfant qui est devenue femme a pardonné. C’est là mon seul regret, après cette lecture: on ne sait pas ce qui se passe entre la fin des sept jours relatés dans le roman, et le moment où Violeta est une femme adulte en âge de comprendre et analyser ce qui s’est passé. Peut-être l’auteur a -t-elle en cours un autre récit où elle raconte l’adolescence et la vie d’étudiante de cette si attachante héroïne ?

 Valy-Christine a un grand talent, une écriture où ceux qui comme moi aime le style slave, à travers des auteurs comme Nina Berberova, trouvent beaucoup de plaisir de lecture. Je suivrai avec plaisir son travail d’écrivain. Voici, pour compléter cette critique, un résumé biographique:

Valentina Ciobanu, alias Valy-Christine océany, est née à Lugoj, en Roumanie. Ses parents étant séparés, elle vit son enfance entre Lugoj et Bucarest, la ville de son père. Orléanaise depuis 1991, elle a déjà publié aux éditions Demeter un recueil de nouvelles, Quelque part en Roumanie, et un roman D’un pays l’autre sélectionné par les bibliothécaires de la ville de Paris comme « coup de coeur » dans la catégorie « Premiers romans 2008″.

Mon après-midi avec Manuel Montero

La semaine dernière,  j’étais de passage à Paris, et  j’ai pu faire  cette expérience étonnante de rencontrer un internaute avec lequel j’ai lié une amitié depuis un an. J’imagine que dans ce type de situation, on se demande immanquablement si la réalité ne va pas être décevante, si le personnage qui nous paraît éminemment sympathique ne va pas nous sembler très différent de ce qu’on « imaginait ». Avec MANUEL MONTERO, j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir exactement la même personne que celle avec laquelle je dialogue régulièrement. Il m’a gentiment autorisée à faire un portrait avec mon petit appareil numérique:

p1010034.jpg

Me voilà donc un clair et joyeux après-midi de janvier, marchant dans le XXème arrondissement de Paris jusqu’à l’impasse où Manuel loue son atelier d’artiste. Quand j’arrive, il est dans son jardinet, discutant avec un voisin. On se dit bonjour rapidement,  et il m’invite à m’asseoir sur le canapé blanc. Immédiatement, je souris intérieurement, découvrant l’ambiance savamment foutraque des lieux, une atmosphère à la fois culturelle et intime: plein de livres posés par terre, des clémentines sur un rebord du canapé, des toiles achevées ou en cours de réalisation sur les murs. Pas de TV, pas de radio, ni de PC portable; juste une bouilloire et de quoi faire du thé et du café, un cendrier, des paquets de cigarettes.  Je suis dans la bulle de Manuel, ce fameux atelier où il passe des nuits blanches, peignant, buvant du café, fumant, attrapant un livre au hasard…

Nous parlons de tout et de rien, comme deux amis qui ne se sont pas vus depuis quelque temps. On parle de nos enfants, des blogs où nous nous sommes connus; on casse au passage du sucre sur un ou deux trolls qui nous sont particulièrement antipathiques, on dit du bien de D….. et C….., qu’il a déjà rencontrées. Nous buvons du thé noir, mangeons de la brioche, fumons des cigarettes (j’essaie d’arrêter en ce moment mais comment ne pas avoir envie de fumer avec Manuel qui enchaîne les clopes  avec une gourmande application). Manuel me dit qu’il faut continuer d’écrire,  que je ne dois pas me décourager. Le temps passe,  je prends des photos, et on se dit au revoir.

Photo souvenir:
p1010035.jpg

Brèves

Je vous l’avoue d’emblée: je n’ai guère de temps à consacrer à ce blog en ce moment, accaparée cette semaine par ma fille qui passe le concours de médecine (une sorte de chemin de croix, il faut le vivre pour comprendre…), et le travail de réécriture de « Solo ma non troppo ». Il se trouve que j’aurais pu être publiée chez un petit éditeur mais que celui ci ne me propose pas un vrai compte d’éditeur; ce n’est pas un margoulin comme Thélès ou Amalthée,  puisqu’il ne publie que 5% des manuscrits qui lui sont soumis et qu’il est diffusé en librairie, mais il ne peut financer entièrement le tirage des 500 premiers ex;  il faudrait que j’achète à peu près 200 ex pour les vendre moi même. Cette solution ne me satisfait pas, même si l’idée de voir mon livre sur papier et distribué dans certaines librairies était très tentante. Bref, du coup, j’ai décidé de retravailler ce texte et de l’envoyer à nouveau à quelques éditeurs, histoire de ne pas avoir de regrets, quand bien même je ne me fais guère d’illusion sur mes « chances » d’être publiée à compte d’éditeur.

En passant, un avis succint sur « Trois femmes puissantes » couronné par le prix Goncourt: Marie Ndiaye y confirme son talent d’écriture, sa capacité exceptionnelle à analyser des caractères avec une finesse quasi proustienne, ainsi que son talent pour créer un univers à la fois très réaliste et onirique (comme dans « Rosie Carpe » et « Mon coeur à l’étroit »). Un bémol: il ne s’agit pas d’un roman mais de trois histoires, avec pour seul point commun un personnage central féminin originaire d’Afrique.  Du coup,  l’ensemble manque de cohérence. Personnellement, j’estime que la deuxième histoire, celle de Fanta et de son mari Rudy, aurait pu faire à elle seule un roman publié tel quel,  sans l’adjonction des deux autres nouvelles plus courtes. Avec Rudy, ancien professeur blanc humilié et déchu (je ne veux pas dire pourquoi, car c’est tout l’intérêt du récit de découvrir progressivement l’histoire de cet homme), Marie Ndiaye dresse un portrait saisissant et bouleversant d’un homme qui vit à la fois une déchéance sociale et la destruction de l’amour de sa vie, cette Fanta,  jeune femme noire,  belle et érudite, cette femme presque idéale qu’il va perdre par sa faute (selon son point de vue), alors qu’il est juste victime de son passé familial. Un très bon Goncourt, donc, pour une fois.

Rock the casbah

Quoi de meilleur et de plus roboratif pour ce début d’année, que d’écouter un des meilleurs titres des CLASH,  illustré par un clip déjanté, le genre de video que plus personne n’oserait réaliser aujourd’hui. Dans cette chanson, les CLASH évoquent sous une forme burlesque et très irrévérencieuse, l’interdiction d’écouter du rock en Iran au temps de l’inénarrable ayatollah Khomeiny. La chanson parle en effet de rock interdit par le « Shareef »,  de son ordre de bombarder les lieux où des rebelles transgressent la loi, et le clip montre un arabe et un juif orthodoxe s’entendre comme larrons en foire, boire de l’alcool et danser, tandis que le groupe de rock chante devant un puits de pétrole, le tout ponctué par  de brèves scènes où l’on voit gambader un tatou;  il fallait oser, les Clash l’ont fait !

Pour voir et écouter ce souvenir grandiose des années 80 cliquer ici:

 Dailymotion – The Clash-Rock the Casbah – une vidéo Musique

Rock the casbah the-clash-10661

 

 

TRES BONNE ANNEE A TOUS !

 

 

trêve des confiseurs

Le mauvais exemple de Marc Séfaris étant contagieux, j’éprouve une envie irrépressible de laisser ce blog en « vacance » jusqu’aux fêtes:

trêve des confiseurs Chatdor_a

 

A bientôt, donc…J’irai prendre régulièrement de vos nouvelles sur les sites habituels;)

12345...9

Les voyages du Lion Hupmann |
yadieuquirapplique |
puzzle d'une vie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Partager des mots
| catherinerobert68
| Thoughts...