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Clap de fin

 

Clap de fin  thats-all-folks1

 

Cela fait presque deux ans que ce blog a été ouvert et voici venu pour moi le moment d’user du « clap de fin ».

Mes raisons d’arrêter ? Elles sont diverses:  besoin d’écrire pendant quelques mois  seule dans mon coin, besoin d’avoir plus de temps pour d’autres activités; moins de plaisir à écrire des critiques de livres ou de films:  au fond, je préfère avant tout écrire de la fiction; se plier très régulièrement à l’exercice difficile du billet critique est une gageure que je laisse sans regret à plus expérimenté et opiniâtre que moi.

Je remercie particulièrement Cassiopée, Christine et Yola d’avoir lu et commenté mon début de manuscrit provisoirement intitulé « Mathilde ».  Vos encouragements vont m’aider à poursuivre.

A bientôt peut-être sur un autre blog conçu sous un angle différent. Merci à tous ceux qui m’ont suivie ici.

 

 

chanson culte 2

Pour patienter avant  le 3ème épisode, une chanson très rock du temps où Phil Collins était the « Genesis’voice » !

http://www.dailymotion.com/video/xigxw

chanson culte 1 (so cute)

http://www.dailymotion.com/video/x8yr6z

 

 

 

LE SOUVENIR DE PERSONNE, écrit par Cécile Fargue, édité aux Penchants du roseau

L’avant-propos du SOUVENIR DE PERSONNE de Cécile Fargue commence par ces deux phrases:

Avril mil neuf cent quatre-vingt-quatorze, les services de voirie d’Angoulême découvrent le corps d’un adolescent, mort probablement par overdose. L’enquête ne permettant pas de l’identifier et aucun proche ou parent ne se signalant auprès des autorités, la ville suit la procédure prévue en pareil cas: quelque part, sur un registre, les faits sont méthodiquement reportés, une sépulture gracieusement offerte et le dit registre refermé. Affaire classée.

Suivent une lettre (« L’être ouverte ») adressée par la narratrice à cet adolescent,  puis des « Fragments »: souvenirs classés un à un, poétiquement intitulés par chaque mois (de septembre à avril) de cette courte période où elle a partagé la vie de Sébastien. La lettre se veut à la fois lettre d’excuse, hommage, et poème d’amour, écrits quinze ans après la disparition. Une très belle lettre, sobre, sans pathos et néanmoins emplie d’amour et d’émotion. Il est de courtes amours qui marquent toute une vie; celle qui a uni  la narratrice à Sébastien,  semble l’avoir marquée au fer rouge.

Dans les Fragments, Cécile Fargue énumère tous ses souvenirs. On sent qu’elle a tenu à être la plus juste possible; on sent que ces souvenirs, elle les a gardés en elle comme des trésors qu’elle ne veut pas perdre; les fixer dans l’écriture est sans doute le seul moyen de ne pas risquer d’oublier un jour le plus petit morceau de ces fragments. Il avait quatorze ans, elle en avait treize. Un mois de septembre, ils se sont rencontrés dans la rue, dans ce « dehors » où le garçon, sans abri et héroïnomane, passait ses journées. On ne saura pas pourquoi Sébastien en est venu à se droguer au point d’en mourir, ni pourquoi cette adolescente l’a choisi, lui, comme premier amour; une question de regards sans doute; ils se sont reconnus peut-être dans leur solitude, même si celle de la jeune fille paraît moins évidente: on devine qu’elle a un toit, des gens qui s’occupent d’elle, des copines. Lui n’a pour seul ami qu’un petit rat noir et craintif, et pour seul réconfort la drogue qu’il s’injecte dans le bras. Quand la narratrice rencontre le très jeune junkie, il est déjà en fin de parcours: maigre, fatigué, abîmé par la l’héroïne, par sa vie de sans abri, et meurtri par la prostitution à laquelle il s’adonne pour survivre.

Il y a des pages très dures, presque sordides dans ce récit: la drogue détruit, oblige parfois de jeunes garçons à offrir leur corps à des types que cela ne gêne pas de sodomiser un mineur en très mauvais état pour assouvir leurs fantasmes de pères de famille peu scrupuleux du respect d’autrui, quand il ne s’agit pas de leur progéniture. La drogue salit, contraint les plus fragiles à des moments peu glorieux dans des chiottes de hasard, dans un cabanon prêté « généreusement » par un client. Mais pour sublimer ce décor lugubre, cette désespérance,  il y a le regard tendre généreux et passionné d’une jeune amoureuse; il y a la beauté de Sébastien, ce charisme qu’il conserve malgré tout.

« Nos sourires sont pareils, ils n’ont pas de forme, pas d’histoire, mais pourtant ils sont là eux aussi. On se pensait seul, on se retrouve deux, on se retrouve innombrable. C’était juste notre oeil qui ne savait pas voir, qui s’attardait à la première ombre pour excuser tout son retard. Il n’est rien que le regard humain ne puisse soutenir, rien que la lumière n’ait à envier aux prières. »

« Tes mains glissent sur ma nuque, me serrent, fort. Ta bouche sur mon front. Je ne t’ai jamais vu pleurer et soudain je t’entends. Peut-être, ce soir, parce que tes mains sur ma nuque, tu sais que je ne relèverai pas la tête, que je ne verrai rien… Tu n’as jamais rien dit non plus et voilà que soudain quelque chose dans ta voix craque et se déverse. « Je ne sais pas dire les choses… L’argent, oui, c’est ce que tu sais… Mais on s’en fout, tu comprends c’est pas grave… Je l’ai fait pour toi, pour moi…. Je l’ai fait pour quelque chose de bien, tu comprends ? Ca change tout…  Et puis ils prennent, tu sais, il me reste des choses…. Et moi, je veux te les donner….
Une  relation très forte les unit pendant quelques mois,  jusqu’en avril où se produira l’injection de trop, ou l’usure finale, on ne le saura jamais. Aidé par la narratrice, le garçon a pourtant tenté de décrocher, en vain. L’amour d’une gamine, fût-il très grand, ne suffit pas à sauver un enfant perdu. Certaines cassures ne se réparent pas.

Le souvenir de personne surprend par la maîtrise de son écriture et par la force du récit. On pense à L’attrape-coeurs  de Salinger, à L’herbe bleue témoignage anonyme devenu culte, ces oeuvres marquantes par leur universalité: parler des marginaux (dans le sens de ceux qui vivent dans la marge) est beaucoup plus efficace pour décrire une époque que de délayer le quotidien des gens dit normaux. Et ce livre a la grâce des oeuvres écrites avec l’émotion de la jeunesse, cette grâce qu’on finit par perdre avec le temps.

Je tiens à souligner le rôle très important qu’a joué Christian Domec dans la découverte de cette oeuvre: bouleversé par ce récit, il a lui même assuré l’édition, l’impression et la diffusion du livre grâce à sa petite maison artisanale Les penchants du roseau. Vous pouvez découvrir l’univers et le travail  de Christian ici et là.

Permis, points, orange, etc…

Aucun rapport avec la littérature,  mais parfois, cela fait du bien de traiter d’autre chose:  n’est-il pas ? Il y a quelques semaines,  j’ai participé à un stage de récupération de points (de permis de conduire, pour ceux qui n’auraient pas encore saisi);  j’ai eu l’impression d’être le mouton noir de mes proches, la mauvaise élève ou la malchanceuse pas foutue de tenir un volant sans risquer à tout moment une contravention. En fait, depuis ce stage, chaque fois que j’en fais le récit,  les langues se délient, et je m’aperçois que nous sommes de plus en plus nombreux à faire acte de présence pour deux jours de stage dans un centre agréé par l’état, afin de « récupérer » 4 points sur le permis de conduire, moyennant la somme de 240 euros. En Gironde c’est le tarif,  sauf quand il reste des places de « dernière minute »,  auquel cas on vous brade cela à 200 euros.

Je n’ai pas l’impression d’être une chauffarde, je suis même plutôt tranquille lorsque je conduis un véhicule motorisé…  Bon, disons qu’un jour,  je suis passée à l’ »orange brûlé » Place de Tourny à Bordeaux, ce qui,  pour la maréchaussée,  équivaut à « brûler un feu rouge »: 4 points de moins sur mon permis datant de 19.. (je ne dis pas la date, cela me vieillit trop !) ; puis deux mois plus tard, me voilà téléphonant à ma fille et « rattrapée » par deux policiers en moto. Je n’étais pas à 130 km/h sur une autoroute, non:  je roulais doucement le long du Parc bordelais;  je le répète,  je ne suis pas une folle du volant. Ne répondez jamais à vos enfants quand vous conduisez, même si cela fait trois fois qu’ils vous appellent en cinq minutes et parce que pris d’une angoisse de parent aimant et attentif (angoisse 99, 99 fois sur cent infondée), vous vous sentiriez coupable de ne pas répondre toute affaire cessante!  Deux points en moins, c’est beaucoup, pour avoir été pendant deux minutes un parent trop gentil;)

Le stage auquel je me suis inscrite se tenait au rez de chaussée d’un hôtel.  Je me suis retrouvée assise entre Pascal,  juriste et élu régional, et Maxime, cadre commercial. Une seule autre femme, soit une représentation féminine de 9%… je ne dis pas cela pour souligner que les femmes sont globalement moins dangereuses, je constate^^c’est tout. Et si j’y étais à ce fichu stage,  c’est que je ne suis pas parfaite,  j’en conviens. Bref; pour encadrer le stage, deux hommes étaient là: un formateur et un psychologue. J’ai vite senti que le formateur serait très sympa, très à l’écoute;  que le psychologue, en revanche,  jouerait le rôle du méchant: nettement plus sévère, et plus enclin à émettre des doutes quant à la pertinence des avis et des idées des participants; le formateur m’avouera lors d’une pause le lendemain que parfois les stages se passaient très mal, qu’ils y étaient victimes d’insultes et de menaces… ambiance….

Pendant presque l’intégralité de la première journée, s’est déroulé ce qu’on appelle « le tour de table »: chacun devait dire le nombre de points perdus, les infractions commises, sa perception des dangers les plus redoutables sur la route et enfin exposer ce qu’il considère comme la faiblesse la plus dangereuse dans ses propres habitudes. Très vite, se sont dessinés trois groupes: celui de ceux qui comme moi, avaient perdu leurs points bêtement sans commettre d’infractions gravissimes; celui de ceux qui roulent plus de 50 000km par an pour raisons professionnelles et commettent fréquemment des excès de vitesse, et enfin celui des chauffards. Hallucinant le groupe des chauffards ! On a eu droit au type qui annonce en ricanant que lui (contrairement à tous les blaireaux qui n’y connaissent rien) il sait conduire, qu’il a les moyens de se payer une grosse bagnole hyper puissante et hyper équipée et qu’il est moins dangereux à 200 km/h que ceux qui se traînent à 90km;  j’ai écouté ahurie un petit gars assez sympa mais un peu limité du bulbe, dire qu’il s’était fait choper à 176km/h dans une voie limitée à 50km/h; encore plus ahurie, j’ai entendu un brave pépère dire que sa plus grande peur était d’avoir un infarctus au volant car il est cardiaque, mais en aucun cas de tuer quelqu’un alors qu’il a été déjà deux fois condamné pour conduite en état d’ivresse. Le pompon a été atteint quand un type (retraité d’une carrière très responsable et respectable) a raconté qu’il s’était retrouvé 24heures en garde à vue pour refus d’obtempérer. Lassé d’être souvent contrôlé (il prétend que c’est parce qu’il roule en berline de luxe qu’il attire les vilains jaloux policiers),  il ne s’est pas arrêté, alors que deux représentants de l’ordre public lui faisaient signe. Il les a semés pendant plusieurs minutes, puis a été rattrapé.  S’en sont suivis placage au sol, menottes, et garde à vue, sans compter de multiples contraventions et un rendez vous devant le juge. Croyez-vous qu’il était honteux ? Pas du tout ! Il se marrait, se sentait la vedette du groupe, le Jean-Paul Belmondo (époque le Guignolo) de la Gironde !

Pendant deux jours,  j’ai entendu plus de discours machistes et irresponsables que durant ma vie entière;  je suis la première à considérer le permis à points tel qu’il est conçu en France,  mal adapté et trop sévère.  Pourtant j’ai été choquée par l’immaturité et la bêtise de beaucoup de conducteurs. Ils se sont bien marrés la plupart, pendant ce stage; on a eu droit à tout: blagues vaseuses ou salaces, colère infantile contre l’ordre établi, propos d’une mauvaise foi crasse… Et  si toutes les catégories sociales étaient représentées, ce n’était pas forcément de la bouche des moins instruits qu’on entendait le plus d’âneries…..  Il était flagrant que la plupart des inscrits étaient là pour récupérer leurs points et basta ! L’un deux en est déjà à son 4ème stage….Une expérience édifiante. J’ai récupéré 4 points  sur mon permis, mais je ne suis pas sortie du stage très optimiste sur la nature humaine.

Pensez-à moi la prochaine fois que vous passez à l’orange brûlé ^^

« La carte et le territoire » par Michel Houellebecq

 

« La carte et le territoire » est un roman qui sera sans nul doute un des rares livres que je relirai plusieurs fois,  comme j’ai déjà relu les précédents ouvrages du même auteur; un roman qui me semble très au dessus du lot de ce qu’écrivent 90% des écrivains français contemporains. J’ai pourtant fini par décider de ne pas le commenter, laissant la parole à quelques autres. Pourquoi ne le commenté-je pas moi-même ? Eh bien….Probablement parce que sur un auteur majeur comme Michel Houellebecq, je ne me sens pas de taille à argumenter contre l’avis d’éminents spécialistes s’exprimant (entre autres) sur la toile; vous avez sans doute déjà lu  chez Pierre Jourde et Pierre Assouline, des jugement forts peu élogieux sur « La carte et le territoire ». Jugements qui me laissent perplexe par leur sévérité.

Je vous donne donc les liens vers quatre critiques qui me semblent intéressantes et sincères. Vous pourrez constater que Marc Séfaris est assez déçu par sa lecture, mais son billet est très bien écrit et intelligemment pensé.

Houellebecq, même pas mort (Le Monde)

La carte et le territoire ou la tentation de l’humain (Stalker).

Michel houellebecq, pitre et peintre (Marc Séfaris)

Michel Houellebecq, La carte et le territoire (Le blog de la Procure)

 

 

« la côte sauvage » de Jean-René huguenin

Je n’avais jamais lu « La Côte sauvage » de Jean-René Huguenin. Sachant que c’était un livre important, un roman »culte » pour de nombreux amoureux de la littérature,  je l’ai acheté en poche il y a quelques jours et lu quasiment d’une traite. Ce livre a été le seul roman écrit par l’auteur alors qu’il avait 24 ans. Huguenin avait commencé sa très précoce carrière littéraire en écrivant pour « La table ronde » et en fondant la revue « Tel quel » avec Philippe Sollers, Jean-Edern Allier et Renaud Matignon.  Il est mort à 26 ans en 1962, au volant de sa voiture.

Le Finistère nord sert de cadre au roman: cette région faite de mer, de landes, de rochers et de fougères  est décrite avec une grâce infinie par le romancier;  la mer qui rafraîchit, les fougères dans lesquelles on se roule au début de l’été, les chemins sur lesquels on se rend certains dimanches voir passer le Pardon:  l’auteur nous montre là un univers à la fois sauvage et familier, rassurant parce que connu depuis l’enfance et  inquiétant quand il évoque les sables mouvants, les rochers sur lesquels les bateaux peuvent se briser, les falaises dangereuses à escalader; un univers à travers lequel Olivier, le personnage principal du roman, retrouve sa famille et ses souvenirs, le temps d’un été.  Le jeune homme revient de deux ans passés à l’armée. Dans le manoir familial, l’attendent sa mère et ses deux soeurs,  Anne et Berthe. Olivier se montre affectueux mais distant avec sa mère et sarcastique avec Berthe, qui tient le rôle ingrat de la fille aînée de trente ans toujours célibataire (ce qui signifie « vieille fille » pour l’époque), plaintive et déjà dépendante de médicaments pour calmer ses nerfs. On comprendra en lisant le roman, que la seule personne au monde qui compte vraiment pour Olivier est sa soeur Anne.  Anne, la belle jeune fille brune et mince qui le suit dans ses jeux depuis toujours.  Anne qui lui obéit, toujours, parce que ce qui est bon et souhaitable est toujours ce qu’Olivier a décidé.  Anne qui symbolise l’enfance heureuse, les merveilleuses vacances en Bretagne et probablement, bien que ce ne soit jamais dit,  un idéal féminin, dont le héros ne cherche étrangement pas le « pendant » dans les jeunes filles extérieures à la famille.

Ces vacances là voient Olivier inquiet face à l’avenir,  jaloux (sans vouloir l’avouer) de la relation d’Anne avec Pierre, qui est son meilleur ami depuis de nombreuses années, et souhaite épouser la jeune fille à la fin de l’été. Pendant des semaines,  ce futur mariage va peser entre le frère et la soeur. Anne est si attachée à son frère et si fascinée par son charisme et l’amour qu’il lui porte, qu’on la sent prête à renoncer à faire sa vie avec Pierre,  pour ne pas faire souffrir Olivier.  Comme elle le lui répète parfois: « On fait ce que tu veux. »

Il y a des passages poignants dans ce livre, tant on sent une fragilité proche du désespoir dans le personnage d’Olivier,  jeune homme sans doute trop nostalgique et sensible pour supporter de grandir.  « A quoi bon les rejoindre ? Qui l’attendait ? Il était seul. Simplement, la présence des autres, leurs questions et leurs cris lui dissimulaient parfois sa solitude, formaient entre elles et lui comme un écran dont il éprouvait à cet instant la transparence et l’irréalité. Une force douloureuse le traversa, il pivota lentement sur lui-même – les rochers déchiquetés, noirâtres, le phare lointain, la lande noyée, les moutons, les rochers- et il lui sembla faire d’un seul regard le tour de toute la terre. « Personne n’existe » murmura-t-il.

Un chien noir, le museau rasant le sol , suivait une odeur dans la lande; il disparut quelques secondes derrière un rocher isolé comme un moine en prière. Lorsqu’ Olivier se retourna, une traînée de soleil traversa les nuages et répandit sur les flots une lumière blême. Il eut faim, sans savoir de quoi, il lui sembla grandir, devenir lumineux lui-même, le vent coulait dans ses veines et il sentait battre son coeur….Mourir était impossible. Il ne souhaitait rien, il n’avait rien à perdre, il était libre.  Le soleil s’éteignit. »

Une ombre d’inceste s’insinue dans certaines scènes, jamais scabreuses, car Olivier aime et  respecte trop sa soeur pour « salir » son amour avec des gestes déplacés; les scènes de tête à tête entre frère et soeur sont au contraire bouleversantes de pudeur et de sensualité contenue.

Ce roman est remarquable par la qualité exceptionnelle de l’écriture et l’habileté de la construction narrative. Huguenin mêle au récit des rêves d’Olivier, des monologues du jeune homme dont on peut suivre ainsi les hésitations, le désarroi. Le roman au début assez léger, parfois même drôle, se finit en tragédie. Une tragédie dont l’auteur nous laisse imaginer le point final.

Un grand roman sur de multiples thèmes fondamentaux: la peur de quitter l’enfance, l’amour impossible, la peur de la solitude et de la mort, la fascination pour la nature.  A lire absolument.

 

Zoom sur Christine Muller

C’est grâce au blog de Wrath  que j’ai connu Christine Muller qui y signe de temps à autres des commentaires sous le pseudo « Poil de plume ».  Nous avons sympathisé en « off » et j’ai eu envie de découvrir ce que cette pétillante alsacienne écrivait. J’ai acheté son roman policier « On achève bien les cigognes » et elle a eu la gentillesse de m’envoyer un recueil de nouvelles et un essai historique.

Dans le recueil de nouvelles  Qui rira le dernier   paru en 2007 aux éditions « Les petites vagues« ,  Christine Muller nous offre cinq nouvelles sur le thème de l’amour vache. Qu’il s’agisse du naïf tombant amoureux d’une femme inconnue en lisant son nom poétique « Hélène Fougère », dans un annuaire, de la bourgeoise qui trompe son mari et se fait punir au delà de ses craintes, du bourgeois bohème branché en permanence à son mobile et fan de famille recomposée,  ou encore de l’Escort girl qui tombe amoureuse « du mauvais homme au mauvais moment », les personnages qu’elle dépeint sont à la fois attendrissants et risibles. D’une plume alerte et féroce,  Christine embarque tout son monde vers un destin burlesque ou pathétique.

Le roman « On achève bien les cigognes » paru en 2007 chez L’Ecir (de Borée)  est tout aussi burlesque et malin. On sent que Christine s’est bien amusée à monter ce roman policier tout en brocardant le milieu littéraire de province. Tout commence en effet par une invasion de blattes sud américaines dans la plus ancienne et prestigieuse librairie de Strasbourg, suivie de la découverte dans la cour de cette même librairie,  du cadavre d’Emmanuel Kern, écrivain médiocre et plagiaire.  Vont donc très vite se croiser le personnel de la librairie ( le très classe Ralph Sterling et ses accortes assistantes) et les journalistes des « Cigognes déchainées »,  notamment  la belle Renée Schütz,  son ami Michel et le chafoin Antoine Martinet.  Il faudra toute l’expérience du Commissaire Bach,  ainsi que l’aide précieuse de plusieurs membres de la petite communauté littéraire strasbourgeoise pour dénouer les fils d’une affaire de plus en plus ténébreuse: les meurtres  de médiocres plumitifs régionaux se succèdent mystérieusement, on finit par découvrir aussi un trafic de manuscrits perdus au moment de la guerre 39/45.

Dans Femmes d’Alsace,  paru en 2009 aux Editions Place Stanislas, Christine donne dans un autre registre, celui de l’essai historique. Elle retrace en effet le portrait de vingt femmes qui ont marqué l’histoire de l’Alsace par un destin particulier, ou par une célébrité devenue pour certaines, internationale (Louise Weiss, Marie Tussaud, Katia Krafft). Toutes ont pour point commun d’avoir eu le courage et la volonté de suivre un destin hors des sentiers battus, bien souvent en s’engageant pour des idées novatrices ou en travaillant d’arrache-pied pour un métier qui les passionne.  La plus émouvante histoire est, de mon point de vue, celle d’Adélaïde Hautval,  jeune femme devenue médecin dans les années trente, qui sera envoyée en camp de concentration à Auschwitz pour avoir pris en public, la défense d’une famille juive molestée par les allemands.

Témoin cet extrait:

« Et là, sur le quai, elle voit une scène qui la fait frémir de colère: des soldats allemands brutalisent une famille juive. Adélaïde s’approche du groupe et demande aux malotrus, en allemand, de laisser ces gens tranquilles. Réponse d’un soldat: Vous ne voyez pas qu’ils sont juifs ? Là dessus,  Adélaïde rétorque: Et alors, Ce sont des gens comme les autres , laissez-les ! Le courage de la jeune femme est bien mal récompensé car les soldats l’emmènent à la prison de Bourges. »

« Son sang de médecin ne fait qu’un tour quand Adélaïde apprend le pire: non seulement les juifs sont exterminés, mais les plus jeunes servent de cobayes pour les expériences du docteur Mengele…. Il a trouvé une idée « brillante » dans le cadre d’une thèse qu’il écrit sur Auschwitz: pourquoi ne pas se servir des dégénérés pour la noble cause de la science ? L’apprenti sorcier du nazisme triomphant convoque bientôt le docteur Hautval au bloc 10, où se déroulent les expériences.  Adélaïde refuse de l’aider à torturer des jumeaux.  Il lui parle de génétique (son obsession), et des problèmes liés à l’hérédité. Mengele n’hésite pas à prélever du sang et du liquide rachidien, voire à tuer les enfants lui même quand l’autopsie s’avère nécessaire. Ainsi l’étude de la composition génétique des « races inférieures », notamment les tsiganes, monopolise-t-elle toute son attention.  Il se rend en personne à la gare de triage d’Auschwitz pour choisir ses sujets d’expérimentations, n’hésitant pas à arracher des jumeaux aux bras de leur mère si cette dernière est de nationalité étrangère.  Adélaïde doit détourner le regard  face aux cadavres des petits innocents, sacrifiés à la cause du « grand Reich ». Le bourreau se montre exceptionnellement compréhensif et la laisse partir en se disant qu’il ne peut pas l’obliger à faire quelque chose contre son gré. »

Sortie des camps, elle luttera toute sa vie contre les nostalgiques du IIIème Reich et les négationnistes. En 1964 elle se rend à Londres pour soutenir l’écrivain Léon Uris, auteur du livre « Exodus », où sont dénoncées les pratiques  sadiques du médecin polonais Vladislav Dering; ce dernier lui a intenté un procès en diffamation. Grâce au témoignage de Mme Hautval,  l’écrivain est acquitté. En 1984, elle collabore à l’ouvrage « Les chambres à gaz, secret d’état » paru chez Minuit.

 

Je ne peux que vous encourager à découvrir Christine Muller,  cet auteur dont le talent et l’énergie sont indéniables. Bientôt une nouvelle femme célèbre d’Alsace ? je le lui souhaite ! Vous trouverez en lien ICI sa bibliographie complète.

 

 

Rentrée littéraire

La rentrée littéraire semble un peu plus prometteuse que celle de l’année dernière.  Pour ma part,  je suis sûre d’acheter  le nouveau livre de HOUELLEBECQ.

Rentrée littéraire houellebecq

Mais il me faudra attendre (comme tous les « non journalistes » servis en SP),  jusqu’au 8 septembre.  Notre Michel national n’a pas publié de roman depuis 2005. « La possibilité d’une île » lui avait valu une volée de bois vert de la part de nombreux journalistes. Pour ma part, j’avais été séduite par ce roman qui malgré ses longueurs, était une sorte d’auto portrait baroque de l’auteur encore plus personnel et plus provocant que celui amorcé brillamment dans « Les particules élémentaires ». On nous annonce ici ou là un roman plus léger, férocement drôle…Attendons donc patiemment.

Sinon, en fouinant sur les sites d’éditeurs, on trouve quelques nouveautés qui paraissent intéressantes:

Un premier roman chez Buchet Chastel.  Chez POL, un roman de Patrick Lapeyre, dont on peut lire les premières pages sur le site de l’éditeur. Chez Léo Scheer,  le nouveau roman d’Aymeric Patricot à la couverture sulfureuse.
Du côté des grosses pointures, ceux qui seront exposés avec force roulements de tambour,  sur le site de l’Express.fr on peut lire la liste des auteurs les plus bankables de cette rentrée:

« A côté de Michel Houellebecq, d’autres poids lourds sont attendus pour cette cuvée : Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset), Jean Echenoz (Des éclairs, Minuit), Philippe Forest (Le Siècle des nuages, Gallimard)…

Les éditeurs misent sur treize titres, ceux dont le tirage dépasse, d’après Livres Hebdo, les 50 000 exemplaires. Derrière le trio de tête, Amélie Nothomb (220 000 exemplaires), Ken Follett (La Chute des géants, Robert Laffont, 150 000) et Michel Houellebecq (120 000), on trouve Philippe Claudel (L’Enquête, Stock), Jean d’Ormesson (C’est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont) et Paulo Coelho (Brida, Flammarion) à plus de 100 000 exemplaires, devant Ouragan, de Laurent Gaudé (85 000), et L’amour est une île, de Claudie Gallay (70 000), tous deux chez Actes Sud…

La semaine prochaine, donc, seront disponibles en librairie le livre annuel d’Amélie Nothomb, Une forme de vie (Albin Michel), de l’avis général meilleur que les précédents, Passé sous silence, d’Alice Ferney (Actes Sud), Le Coeur régulier, d’Olivier Adam (L’Olivier)… A défaut d’exhaustivité, il faut savoir qu’on retrouvera ensuite les signatures d’Eliette Abécassis, Jean-Baptiste Del Amo, Mathias Enard, Alain Mabanckou, François Vallejo, Elie Wiesel…   »

 

Je me laisserai peut-être tenter par le roman de Despentes et celui de Ferney, si la 4ème de couve et les premières lignes m’accrochent.  Le Claudel lui aussi peut être intéressant,  si l’auteur a gardé la même inspiration et la même écriture que pour « Le rapport Brodeck ». Le « Amélie Nothomb nouveau »,  je m’arrange toujours pour le lire gratuitement:  dans mon entourage,  il y a toujours au moins une personne qui l’a acheté.

A bientôt…

Hommage

 

Hommage 18906063

 

 

 

 

auto édition

Je m’intéresse depuis quelques temps à l’auto-édition. Si mon manuscrit actuellement en lecture chez X  (dont j’ai déjà parlé ici), et en attente de lecture également chez un éditeur « régional »,  ne trouve pas preneur à compte d’éditeur d’ici quelque mois,  j’envisage de l’auto-éditer pour en garder une trace concrète;  loin de moi l’envie d’en tirer un quelconque bénéfice matériel: cela risque au mieux d’être une opération blanche,  les ventes compensant grosso modo le financement initial. Au pire, l’auto-édition présente le risque de faire perdre un peu d’argent si l’auteur se retrouve avec quelques dizaines d’ex invendus.  Mais si l’on y réfléchit bien, l’auto-édition n’est  guère plus coûteuse que l’opération consistant à arroser tout Paris de manuscrits: entre les frais de photocopies, de reliure et les frais postaux,  il y en a pour plusieurs euros par ex envoyé.  Selon le volume de son manuscrit, l’écrivain en recherche d’éditeur qui envoie son texte par la Poste dépense entre 7 à 15 euros par exemplaire. Certains en viennent à dépenser des centaines d’euros pour des tapuscrits qui finissent au pilon.

J’ai trouvé deux sites proposant de l’auto publication qui font moins « arnaque » que d’autres:

Copy Média:

Devis pour un roman de 150 pages, en cent exemplaires, sur papier bouffant 90g : 581, 61 euros.

Copy Media est un imprimeur; c’est à l’auteur de vendre son livre à son entourage, via son blog, et,  s’il est chanceux, via les librairies ou salons du livre de province où il pourra obtenir une séance dédicace.

Yvelinéditions:

Devis pour un roman de 150 pages en cent exemplaires: 1415 euros

Vous remarquez qu’entre les deux, on passe déjà du simple au triple, question budget. La différence, si l’on en croit leur site, tient à ce que Yvelinéditions propose un contrat type, dans lequel l’éditeur  s’engage à divers services:  attribution d’un ISBN, diffusion sur son site, sur Amazon, Fnac.com, Alapage, etc…

 

Sinon, il y a le déjà très connu The Book Edition:  là, pas de frais à avancer; si l’on veut acheter son livre (150p), à prix coûtant, cela revient à 9, 49 euros; cent ex reviennent à 949 euros, somme très supérieure à celle que l’auteur dépenserait chez Copy Média. On se demande pourquoi une telle différence de coût.

Chez The Book-Edition, l’auteur  fixe lui-même le prix de vente.  Son livre sera en vente sur le site uniquement, l’auteur pouvant faire sa pub via un blog.

Tout cela n’est pas hyper exaltant comparé à la publication d’un livre chez un éditeur traditionnel, mais si l’on prend en compte le fait que beaucoup d’auteurs publiés aujourd’hui ne vendent guère plus de 400 ex, on se dit:  pourquoi pas ?

 

Liliane, François-Marie, Eric et les autres

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais désormais,  Liliane Bettencourt,  personnage sur lequel, avant « L’affaire » des 993 millions d’euros donnés par la milliardaire au photographe François-Marie Banier,  je ne m’étais jamais arrêtée plus de trois secondes, me fascine. J’adore ce genre de vieille dame indigne qui n’en fait qu’à sa tête:  « C’est comme ça et pas autrement »;  « C’est mon fric et j’en fais ce que je veux »; « Si je m’entiche d’un homosexuel mondain et raffiné, c’est mon choix »; « ma fille , n’est pas contente ? Elle est ennuyeuse avec ses pleurnicheries, il lui en restera bien assez après ma mort » etc…

Quel personnage de roman ! Franchement,  depuis  Jackie Kennedy,  on n’avait pas eu droit aux aventures d’une pareille pointure. Elle a tout,  Liliane: naissance, éducation, fortune, caractère, élégance…Et en plus,  c’est une garce magnifique, j’adore.

 

Liliane, François-Marie, Eric et les autres B
Voilà une femme qui,  après une vie de milliardaire d’une discrétion étonnante,  nous produit d’un coup d’un seul, THE feuilleton de l’été. Quand on pense aux années où il a fallu se contenter de l’affaire « PPDA et les paparazzis » ou pire,  celle de « Jean-Pierre Pernaut trompé par une ex miss France ».  Là,  on  a la totale: des riches (très riches), le favori aussi rapace que sulfureux, des centaines de milliers d’euros « peut-être » (présomption d’innocence, petit rappel pour qu’on ne m’accuse pas de diffamation) distribués à une flopée d’hommes politiques de tous bords, la fille mal aimée et trahie par sa propre mère,  et enfin les domestiques,  excédés que leur patronne soit considérée par une partie de son entourage comme un distributeur de billets de banque,  qui déballent tout façon kamikazes.

Malheureusement l’affaire Bettencourt n’est pas une fiction, on n’ en verra jamais la fin, on ne saura sans doute jamais qui étaient les bons et les méchants; tout cela laissera un goût amer. On aura l’impression d’avoir vu un film de Claude Chabrol auquel on aurait enlevé les quinze dernières minutes du dénouement.

attente épisode 3

Chers amis, j’aurais aimé vous fournir un épisode plus alléchant dans ma série « attente » mais voilà, rien de nouveau sous le soleil, qui du côté de Bordeaux rayonne avec force ces jours ci.

Résumé,  pour ceux qui n’ont pas tout suivi:  en mars j’envoie un manuscrit à un éminent membre d’une non moins éminente maison d’édition. Dix jours plus tard,  je reçois un mail disant que les avis sont très partagés, mais que mon texte étant « un coup de coeur » pour certains lecteurs (je cite), le texte sera ré-examiné au prochain comité se tenant à la fin du mois suivant. Un mois passe, j’attends une dizaine de jours, demande des nouvelles et l’éminent membre me répond laconiquement « je me renseigne ». C’était le 11 mai. Depuis: RIEN; pas un mot, pas une lettre de refus type, non… le silence.  Alors que depuis mars,  il a dû se tenir au mois deux autres réunions entre membres éminents du comité de lecture.

Certains me disent:  » c’est râpé et ils n’ont pas le courage de te le dire »;  il faut pourtant moins de courage me semble-t-il,  pour dire à un auteur « non », que pour partir interviewer des soldats en Irak, mais visiblement, sont pas très courageux, certains membres de comité de lecture. D’autres proches gardent espoir:  » Attends, on ne sait pas;  c’est peut-être bon signe qu’ils n’aient encore rien répondu… »  Inutile,  j’imagine,  de vous préciser que je suis très en phase avec ceux qui émettent la première supposition.

Je n’aime pas citer des noms, jouer les balances; mais bon, un indice: mon éminent contact du comité de lecture est une grande bourgeoise qui aime bien organiser chaque année la remise d’un prix littéraire.  A la rentrée, en l’absence de nouvelles de leur part, vous aurez droit à un nouvel indice.

WAIT AND SEE

Rions un peu

Pour les filles qui ne connaissent pas bien les joueurs du Cirqu…,  euh,  pardon, de l’Equipe de France de football. Pour certains garçons aussi, ceux qui préfèrent en rire,  car il y a de quoi se gausser du feuilleton joué depuis quelques jours:

Un  ARTICLE HILARANT paru dans Libération le 18 juin 2010.
Des portraits croquignolets,  notamment des inimitables « Pipo et Gros Lulu » !

 

 

sortez les briquets, sortez les briquets

http://www.dailymotion.com/video/x1bez

la femme qui valait 200 KF

Une fois n’est pas coutume, je vais rendre compte d’un bouquin qui n’a rien de littéraire, mais qui a tout de même un intérêt certain. Je viens de terminer en effet la lecture de  » Vous êtes trop qualifiée pour ce poste » publié par Martine Legall chez Albin Michel.

La narratrice relate ses tribulations à la recherche d’un emploi de cadre dans la finance. Comme elle postule pour un poste nécessitant un  haut niveau d’études et beaucoup d’expérience, la plupart des emplois qu’elle brigue lui sont donc proposés par des consultants en recrutement. Qu’elle se présente pour un premier contact avec le consultant, ou pour un entretien avec un sbire de son éventuel futur et « prestigieux » employeur, elle se doit d’avoir la panoplie du cadre haut de gamme: tailleur chic et sombre, hauts talons, maquillage discret, sacoche en cuir de marque. Le moins qu’on puisse dire est que le monde de la finance n’est pas le royaume des Bisounours:  entre ceux qui tentent une approche « promotion canapé », ceux qui l’humilient inutilement avec un interrogatoire très serré alors qu’ils savent déjà quel candidat sera choisi au final (on apprend que les appels à candidatures servent souvent à masquer l’embauche par piston ou népotisme d’une personne à laquelle  le big boss rend service ) et ceux qui tiennent des propos misogynes (« avec les femmes on a que des problèmes elles tombent toutes enceintes un jour ou l’autre »),  on a droit à une chouette galerie de portraits de requins en tout genre.

Au final,  elle mettra un an et demi à retrouver un job. Un petit détail qui a son importance: tous les postes qui lui sont proposés sont rémunérés entre 200 000 et 300 000 euros par an. En net,  cela nous fait un salaire mensuel moyen entre 13 000 et 19 000 euros. A ce prix, on peut se permettre d’attendre dix-huit mois, non ?  Autre remarque: imaginons la même femme pareillement diplômée qui aurait eu comme beaucoup de françaises, 2 ou 3 gamins; en serait-elle au même niveau professionnel ? Certainement pas: pour ces emplois de cadre surpayé,  il faut une disponibilité à toute épreuve totalement incompatible avec une vie familiale normale.  A moins d’avoir un mari qui accepte de faire « homme au foyer » et de suivre madame chaque fois qu’elle change de poste….

Brèves notes de lecture 2

Le temps passe, rien ne se décide, les lecteurs du comité X sont des gens visiblement très très très occupés….Toujours pas de réponse, donc, mais la vie continue, et j’ai  (entre autres) lu quelques livres. Pas de quoi faire un article dithyrambique sur le roman de la décennie, mais de « brèves notes ». Heureusement qu’il y a des bibliothèques, pour se tenir au courant de l’actualité littéraire, soit-dit en passant, car il est bien rare de dénicher une perle dans ce qu’il est convenu d’appeler les « crus de l’année »;

Commençons par le plus mauvais, le livre que je vous déconseille formellement:

UN TRES GRAND AMOUR  de Franz Olivier Giesbert
F. O Giesbert ne se cache pas d’avoir parlé de lui et rien que de lui, dans ce roman: confessions intimes, auto-fiction, leçon de vie, auto-analyse, « Un très grand amour »  se veut tout cela à la fois, et au final on obtient….pas grand chose. F.O Giesbert a eu beaucoup de femmes et beaucoup  d’enfants:  chaque fois qu’il tombe amoureux, il fait un enfant à l’aimée du moment;  chacune de ces femmes finit par être délaissée pour la suivante dont le narrateur, très sentimental et versatile, tombe raide in love comme un djeune. Mais le bonhomme vieillit et son dernier grand amour se dissout lamentablement parce qu’il est tombé sur une femme moins douce et moins docile que les autres, cette compagne beaucoup plus jeune que lui,  qui ne supporte pas qu’il soit atteint d’un cancer;  peu importe, notre héros souffre mille morts d’être abandonné avant de ressusciter de ses cendres ; ce qui doit arriver arrive: il tombe amoureux de son infirmière, la vie reprend, on se dit que là, c’est dommage, il ne pourra plus faire d’enfants.

Ecrite par un Philippe Roth,  cette histoire donnerait  un roman fort , émouvant, très bien écrit; là on est face à l’exhibitionnisme d’un vieil adolescent de 60 ans,  un gloubi boulga sans style, sans âme. Et dire que c’est publié chez Gallimard.

 

ROMANCE NERVEUSE de Camille Laurens

Camille Laurens n’a jamais caché son goût pour l’auto-fiction; son dernier roman paru n’échappe pas à son habitude d’utiliser des fragments de sa vie pour faire oeuvre littéraire.  Dans « Romance nerveuse », elle relate une relation amoureuse qu’elle a vécue pendant quelques mois, peu de temps après avoir été « limogée » des Editions POL.  Je ne vais pas revenir longuement sur cette affaire de plagiat qui l’a opposée à Marie Darrieussecq au moment de la sortie de « Tom est mort ». Ce qui est le plus intéressant n’est pas de savoir s’il y a eu ou non « plagiat »; non, ce qui est étonnant,  c’est de constater comment un écrivain se voit renvoyer du jour au lendemain par un éditeur qui le publie depuis  15 ans:  dans son livre,  Camille Laurens explique que son éditeur n’a pas supporté qu’elle attaque un auteur « maison » à travers la presse. Il a donné sa préférence à l’une, alors qu’il aurait pu se fâcher, dire haut et fort son mécontentement quant à cette querelle,  sans se comporter comme un employeur blessé de voir écorner l’image de sa boîte.  Anéantie par cette trahison, Laurens dit être restée plusieurs mois sans écrire avant de se mettre à l’ouvrage pour « Romance nerveuse ».  Sort de cette triste affaire,  un roman aussi agaçant qu’émouvant.  La narratrice, quarantenaire divorcée, rencontre lors des vacances d’été un paparazzi.  Il a dix ans de moins qu’elle, il est beau, musclé et beau parleur, mais il  regarde surtout la soeur de l’écrivain (qui reste indifférente à ses avances).  Alors qu’elle pensait ne jamais le revoir, Luc la contacte à Paris, alors qu’il l’a totalement ignorée quand ils étaient à Djerba,  sous le prétexte de jouer une partie de tennis.  Ils entament dès le premier rendez-vous une liaison,  d’autant plus cahotique que le photographe se révèle être à la limite de la psychopathie.  D’emblée,  alors qu’il viennent de faire l’amour pour la première fois, il dit à sa conquête qu’il l’aime, tout en la traitant avec ironie et désinvolture. Elle est sous le charme parce qu’il est jeune, hyperactif, sensuel, et (au début) salaud juste ce qu’il faut pour intriguer cette femme dont on devine qu’elle est assez  seule et fragilisée par sa position d’auteur renié par son éditeur.

Une longue « romance » à tendance sado-masochiste lie pendant des mois les deux personnages : Luc fait l’amour avec passion, réclame de l’amour, jure qu’il est amoureux fou, et dans le même temps il insulte, fuit, revient, fuit à nouveau et se complait dans un rôle de sale gosse victime de son passé (il dit avoir été violé par son frère pendant des années).  La narratrice perd pied et s’éloigne quand elle s’aperçoit qu’il est beaucoup plus attiré par les hommes, et la trompe sans arrêt avec des types rencontrés sur internet.

On est irrité par cette histoire pathétique et en même temps captivé par ce qui se révèle un étonnant portrait d’homme du troisième millénaire, ce paparrazi déjanté à la fois lamentable et flamboyant.

Je recommande ce roman à ceux qui apprécient les histoires d’amour qui finissent mal…Ce sont souvent celles qui donnent les meilleurs livres.

EXTRAIT:

« Pour l’instant, il dit qu’il arrive et il rentre chez lui, il se penche vers moi pour m’embrasser et bâille à plein gosier, il grille un feu devant les CRS alors qu’il m’accompagne à l’aéroport où je dois prendre un avion, il me laisse un message graveleux pendant les obsèques d’un de mes amis, il prend un étron en photo et me l’envoie en mms, il veut que j’achète un iPhone pour remplacer mon vieux mobile out of fashion, et devant mon refus obstiné demande au vendeur qui s’approche aimablement ce qu’il a comme modèle pour femmes mûres, il traite de dondon une copine d’Alice qui est anorexique, il hurle « fais-moi un café sale pute » au matin d’une nuit très tendre ou bien il me conseille de faire des exercices du périnée, parce que bon, après deux enfants…, sur une belle édition de Baudelaire, il pose un verre de punch qui laisse un cerne, il passe au téléphone la moitié du dîner dans le restaurant feutré où je l’ai invité pour son anniversaire, il cherche la scène qui déploiera le malentendu, le geste qui fera déborder le vase, la crise qui justifiera la rupture, avant l’excuse qui permettra de revenir, le cadeau d’attendrir, la parole d’émouvoir, il cherche sans discontinuer l’offense et le pardon. »

Attente…la suite

Je n’ai pas le moindre début de commencement de réponse à mon attente, ou si peu.  J’ai cru comprendre que mon texte n’ était pas passé au comité de lecture du mois d’avril,  il me faut donc attendre la fin mai pour espérer que peut-être,  au prochain comité, mon texte sera débattu à nouveau.  Histoire de patienter,  je vous confie  le récit par ordre chronologique de mes tribulations éditoriales.

Tout commence il y a à peu près un an; je viens de finir « Solo ma non troppo » et l’envoie à 4 éditeurs. Pourquoi 4 ? Parce que je vois ma démarche comme un test, et sais par ouïe dire et par expérience que cela ne sert à rien d’arroser tout Paris avec des dizaines de tapuscrits.  Je mets un rien de malice (et de masochisme) à placer  la barre assez haut:  POL, Gallimard (au sujet duquel certains rares commentateurs de chez Wrath répètent régulièrement que c’est là qu’un primo-romancier a le plus de « chances » d’être lu),  Stock,  Minuit.  Pour Minuit, je sais pertinemment que mes chances sont en dessous de zéro, mais je ne leur ai jamais rien envoyé, une lettre de refus de chez eux manque à ma collection.

Quelques semaines plus tard,  j’ai mes 4 lettres de refus, celle de POL valant son pesant d’humiliation débonnaire:

« Nous vous remercions d’avoir à nouveau pensé à notre maison et de nous avoir confié votre manuscrit.

Malheureusement, cette fois encore, nous ne pouvons pas vous proposer de publication. Sans doute votre démarche est-elle trop éloignée de nos préoccupations, de nos options. 

Avec nos regrets etc….. »

Admirez la concision du « cette fois encore ».  Avec quelle économie de mots monsieur P.O.L me signifie:  « Merci à l’avenir de ne plus m’importuner avec vos écrits miteux. » (Je lui avais envoyé trois ans auparavant un recueil de nouvelles).  Enfin, au moins,  on a la preuve qu’il suivent un minimum leur stock de manuscrits chez POL,  puisqu’ils  se sont  souvenu de mon nom…

Je décide alors d’arrêter les frais, et dépose le premier chapitre de mon texte sur le site d’un éditeur qui a créé une plateforme pour les wannabes. Peu de réactions, mais tout de même quelques lecteurs qui m’encouragent.  Au passage,  merci à Manuel Montero et à  Gaël Brunet qui ont été les plus « positifs »^^Au mois de juillet,  je mets mon texte en lecture sur mon blog;  les réactions ici et sont intéressantes.  Je laisse passer un peu de temps,  puis me décide à améliorer le manuscrit.  Une fois qu’il est modifié,  je ne sais pas à qui l’envoyer, me doutant  que pour les big maisons,  ce n’est pas vraiment la peine de faire des frais:  elles croulent déjà sous les tapuscrits et  la crise économique les rend encore plus frileuses.

Ayant toutefois obtenu par un de ces hasards qui se produisent parfois (ou jamais, la chance sourit à qui elle veut, cette garce) l’adresse e-mail d’un membre du comité de lecture d’une maison  que j’appelle X par discrétion, maison renommée sur la place de Paris,  je  lui transmets sans grande illusion mon texte par mail  (la personne concernée accepte les manuscrits par mail, autre hasard heureux,  cela m’a évité un fastidieux envoi par la Poste);  mon contact m’accuse réception très vite et j’ai la surprise, dix jours plus tard,  de recevoir  un mail m’avertissant que mon texte a déjà été lu et examiné au comité du mois de mars de la maison X.  Hélas, les avis sont très partagés;  certains lecteurs adorent, d’autres trouvent le récit trop plat.  Mais justement,  comme certains ont été enthousiastes,  le manuscrit va être relu et re-débattu….

Depuis j’attends patiemment….Partagée entre la joie que des pros aient pu avoir envie de me lire et de donner un avis très positif sur mon travail, et la crainte que cet espoir de publication ne retombe comme un soufflé dans quelques temps.

Parallèlement à ces tractations,  j’ai eu un échange de mails avec un éditeur que j’appellerai Y car il est très susceptible…Et  n’est pas homme à admettre que parfois,  il ne se comporte pas toujours avec franchise, bonté et respect envers ceux qui n’ont pas le pouvoir que lui confère son petit empire éditorial.  Se danse alors une valse hésitation tout à fait agaçante et énigmatique (pour moi, évidemment, mon interlocuteur sait très bien lui, où il veut en venir): « Oui, je veux lire votre texte…Jusqu’à présent je ne m’étais jamais intéressé à aucun de vos écrits ? Mais cela ne veut rien dire très chère….Oui, je vais le faire lire à Vanessa, et à Sabine…. »    (Je n’aurai jamais le moindre compte rendu de ce qu’ont pensé ses deux demoiselles de mon texte)…  « Ah, vous n’avez toujours pas de réponse de chez X ?… Oui,  je vois;  et vous,  comment voyez-vous les choses ?… »

Et pour finir,  le jour où j’essaie d’obtenir une réponse un poil plus concrète: « Votre manuscrit n’aurait probablement pas sa place dans mon catalogue…Il serait beaucoup mieux chez X… » m’écrit Y.  Pourquoi mon texte ferait l’effet d’une pâquerette dans un vase orné d’orchidées au sein de son catalogue maison?  Eh bien je ne le saurai jamais.  Reste l’impression qu’on a joué de moi avec une légèreté un rien sadique. Est-ce grave: non ? Est-ce fâcheux ? Pour moi, oui…Cela ne fait jamais plaisir d’être « menée en bateau ».

Voilà où j’en suis de mes tribulations éditoriales….Jusqu’au prochain épisode !

 

ATTENTE

Certains ont pu constater que j’étais moins bavarde ces derniers temps. Je remarque que je ne suis pas la seule: pas mal d’amis blogueurs mis en lien ici ne sont pas très prolixes non plus. Peut-être s’essouffle -t-on au bout d’un certain temps, variable, selon les internautes. Peut-être faut-il être totalement inconscient et/ou idéaliste pour se coller à la tâche avec une opiniâtreté et une régularité de métronome.

Pour ma part,  j’entrevois une raison à mon « essoufflement »: j’attends une réponse depuis des semaines. Et je constate une fois de plus (la vie est une longue attente presque toujours déçue diront les plus schopenhaueriens),  je constate, donc,  qu’attendre une réponse constitue une des tortures psychologiques les plus éprouvantes qui soient. On veut savoir si c’est « OUI » ou « NON ». On veut être « fixé » comme on dit, parce que l’espoir du « OUI » espéré rend très douloureuse la crainte du « NON » redouté.

J’ai beau me répéter que je suis très loin de vivre  la même situation qu’un chômeur en fin de droits après son 28ème entretien d’embauche aboutissant à un échec;  j’ai beau me dire encore et toujours que l’endroit que l’on souhaite atteindre na guère d’importance, que c’est le chemin pour s’y rendre qui rend la vie plus belle….Non décidément, je n’aime pas attendre.

« On désespère alors qu’on espère toujours… » Ce vers de Molière me vient en tête tous les jours. Un vers écrit pour ridiculiser le personnage qui le déclame, et pourtant, il n’est pas dénué de sens. L’attente fait osciller de l’espoir au désespoir et lycée de Versailles….Mais sans attente, la vie n’aurait aucun intérêt:  je suis convaincue qu’attendre c’est vivre….Et tant pis si c’est NON cette fois-ci; il y aura d’autres chemins à parcourir.

Video kitsch 2

Pas vraiment le temps et encore moins l’inspiration pour écrire un billet vaguement consistant (certains vont dire « mais quand,  ma poule,  as-tu écrit un billet consistant ? »);  aussi,  je cède à la facilité en faisant partager mon goût prononcé pour les tubes « de quand j’étais très très jeune »: nostalgie quand tu nous tiens…Là, avec les Shocking Blue, on aborde carrément la pré-adolescence de bibi, l’époque où elle portait des  couettes et un uniforme bleu marine.

http://www.dailymotion.com/video/x360gk

Olympio et Juliette

 

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Il y a quelques semaines,  j’ai visité à Paris la « Maison de Victor Hugo »,  appartement du 6 place des Vosges,  où vécut l’écrivain pendant une quinzaine d’années. Cette visite m’a donné très envie de lire sa biographie.  J’ai donc lu avec attention « Olympio ou la vie de Victor Hugo », très beau texte de 560 pages écrit par un André Maurois  érudit et inspiré.  Je ne vous infligerai pas le résumé de la vie d’ Hugo dont tout le monde connait les grands évènements: le génie précoce du poète qui à 14 ans veut être « Chateaubriand ou rien », la bataille d’Hernani, la mort tragique par noyade de sa fille Léopoldine et de son gendre, son élection comme député de Paris en 1848, l’exil à Jersey et Guernesey . En revanche, la liaison qui l’a lié pendant une cinquantaine d’années à Juliette Drouet est assez fascinante pour être évoquée  sur ce modeste blog.

Juliette Drouet, voilà une amoureuse exceptionnelle, une femme d’un autre temps, l’époque n’étant plus à l’abnégation et à la passion inconditionnelle d’une amante qui, par amour et admiration, a voué sa vie entière à un seul homme.

Quand il rencontre Juliette en 1833, Victor Hugo est marié depuis 11 ans à Adèle Foucher,  une amie d’enfance dont il est très amoureux; une passion contrariée, car peu de temps après leur union, la jeune femme s’éprend du critique Sainte-Beuve: grand admirateur  et ami de l’écrivain,  Sainte-Beuve se comporte bientôt comme un coucou;  après avoir mis en confiance le maître de maison,  il s’enhardit, n’hésitant pas  à venir tous les après midi tenir compagnie à la femme de Victor Hugo.  Après moult chastes tête à tête,  rendez-vous dans des églises,  lettres échangées sous le manteau,  Adèle et Sainte- Beuve ont une liaison plus sentimentale que charnelle,  Adèle n’étant pas d’une grande sensualité.

C’est lors des répétitions de « Lucrèce Borgia » que Victor et Juliette Drouet font connaissance. Actrice médiocre, contrainte à la courtisanerie pour vivre décemment,  Juliette a pour elle,  la jeunesse, la beauté,  et l’intelligence d’une femme qui montrera beaucoup de goût littéraire et se révèlera très bonne conseillère; elle a par dessus tout,  une incommensurable bonté.  La nuit de mardi gras de l’année 1833, les amants passent leur première nuit ensemble; Victor, habitué à la froideur des ébats conjugaux, est ébloui par la fougue de sa jeune maîtresse. La belle étant folle amoureuse, d’un caractère exquis et fort capable de comprendre son oeuvre et de lui écrire d’adorables lettres (il y aura en tout 17 000 lettres d’amour en 50 ans), Victor est conquis; sans doute n’imagine-t-il pas encore qu’ils ne se quitteront quasiment plus jusqu’à la mort de Juliette.

Par amour pour Victor,  Juliette va tour à tour renoncer à sa carrière de comédienne, accepter de rompre avec ses généreux amants, et pour finir, accepter de vivre en recluse dans un tout petit appartement où son grand homme lui rend visite et travaille à l’occasion. Victor Hugo lui alloue une modeste pension de huit cent francs. Il est tout à fait fascinant de voir à travers cet extrait d’un carnet de comptes, la docilité de Juliette qui rend compte de chaque sou dépensé:

Dates                                                      Francs               Sous
Ier     argent gagné par mon adoré…..  400

4        argent gagné par mon adoré…..   53

6        argent de la nourriture de mon Toto…  50

10      argent gagné par mon petit homme…  100

14      argent de la bourse de mon adoré…..    6             4

 

Le plus souvent, malgré cet esprit économe, elle n’a pas assez d’argent pour se chauffer, se nourrit d’oeufs, de lait, de fromage. En ses heures libres, elle copie les manuscrits ou ravaude les vêtements de son amant. Elle n’a pas le droit de sortir, même pour respirer l’air de sa rue, sauf accompagnée de Victor. Cette situation dure des années, tandis que l’écrivain mène une vie bourgeoise et confortable auprès de sa femme et de ses enfants.  Les seuls moments de joie pour Juliette sont les quelques semaines d’été durant lesquelles Hugo l’emmène voyager.  Bientôt il lui trouvera aussi une chambre dans une ferme près de la propriété des Roches où les Hugo passent une partie des grandes vacances: Juliette chaque jour et quel que soit le temps, se rend dans un bois, espérant une lettre (cachée au creux d’un chataîgner), ou plus rarement une visite de son aimé.  Adèle ferme les yeux: elle est toujours proche de Sainte Beuve, et aime désormais très fraternellement son mari qu’elle laisse libre de passer du bon temps avec sa maîtresse.

Une dizaine d’années plus tard, Victor Hugo ne peut toujours pas se passer de Juliette, mais il ne la désire plus. Cela fait longtemps déjà qu’il la trompe en recevant des maîtresses chez lui,  mais la tristesse de Juliette s’accroît quand elle comprend qu’ il n’y aura jamais plus de sensualité passionnée entre eux. Juliette souffrira horriblement quand elle recevra en juin 1851, un paquet de lettres envoyées par Victor à sa maîtresse Léonie d’Aunet. Cette femme se venge car Hugo refuse de lui sacrifier Juliette. Pauvre Juliette qui apprend en parcourant cette correspondance, que la liaison entre les deux amants dure depuis sept ans ! Elle sort de chez elle dans un état proche de la folie, erre toute la journée dans Paris. Hugo la supplie de lui accorder son pardon, elle finit par se résoudre à accepter l’inacceptable, écrivant le 30 juin :  »

« Je remercie cette femme d’avoir été impitoyable dans les preuves de ta trahison. Elle m’a bien hardiment enfoncé jusqu’à la garde dans le coeur cette adoration que tu lui as donnée pendant sept ans. C’était cynique et féroce, mais c’était honnête. Cette femme était digne d’être mon bourreau. Tous les coups ont bien porté… »
Après la mort d’ Adèle, elle pourra enfin vivre auprès de son grand amour.  Atteinte d’un cancer, elle lui écrit une dernière lettre, le 1er janvier 1883:

« Cher adoré, je ne sais pas où je serai l’année prochaine à pareille époque, mais je suis heureuse et fière de te signer mon certificat de vie pour celle-ci par ce seul mot: je t’aime. »

 

Certains ont dit que Juliette était une pauvre folle naïve et asservie; d’autres ont pensé,  sans doute à juste titre, qu’à un homme exceptionnel, un amour exceptionnel était dû;  André Maurois commente ainsi la mort de Juliette Drouet: « De ce sacrifice avait-il été digne ? Si le désir avait fléchi, l’attachement ne s’était jamais relâché. En associant Juliette à son oeuvre,  il lui avait donné une vie inimitable. On a beaucoup parlé de son monstrueux hugoïsme; mais pour inspirer de tels sentiments, il faut avoir outre le génie, des qualités humaines. »

cesars 2010

Pourquoi faut-il que chaque fois je regarde la Cérémonie des Césars du cinéma français, je me dise immanquablement que c’était mieux avant. Quand j’étais gamine, il y avait toujours au moins une actrice sublime en robe Saint-Laurent: Catherine Deneuve, Isabelle Adjani, Romy Schneider; au moins l’une des trois illuminait la soirée. Hier,  il y avait Adjani, mais l’excès d’acide hyaluronique gâte quelque peu ses traits magnifiques…Las ! On ne peut être et avoir été !

Marion Cotillard…L’énigme du paysage audiovisuel français. Il faudra qu’on m’explique comment une fille qui a des poches sous les yeux, les oreilles du Docteur Spock et un sourire niais (voir ici) a pu devenir une star aux USA…Franchement, pourquoi pas Sylvie Testud ou Emmanuelle Devos tant qu’on y est ? Et Vanessa Paradis, elle n’a pas les moyens de se payer un bon coiffeur, elle pourrait pas éviter de venir avec les cheveux gras à la racine ? Non, décidément, le glamour français n’est plus ce qu’il était.

Me manquent aussi les pitreries de Michel Serrault, ou  de Coluche…Parce que Gad Elmaleh, il fait ce qu’il peut, mais bon…Très déçue ai-je été également de voir que Cluzet n’avait pas le César du meilleur acteur. C’est un de nos meilleurs comédiens, mais non, les jurés ont préféré le jeune Tahar Rahim qui a fait un doublé en obtenant aussi le César du meilleur espoir.

Et la tête pétrifiée d’Harrison Ford. Hallucinant.  Le pompon a tout de même été la chanson interprétée par Jeanne Balibar: voix de Castafiore, et grognements de cochon entre les couplets.

Pour effacer ce souvenir télévisuel désastreux, j’ai regardé une fois de plus ce merveilleux clip, rempli de paillettes, de plumes d’autruche, de swing, de rêve, voir ICI.

l’air et la chanson 2: écorchée vive, par diam’s

Le moins qu’on puisse dire est que je n’aime pas le rap, pourtant je suis très sensible à la force d’« Ecorchée vive »,  chanson de Diam’s découverte par hasard sur la toile:

Extraits:

….J’ suis écorchée, bien sûr, comment vivre autrement, quand les rêves ne servent à rien à part mentir aux enfants,

écorchée vive, quand j’ai bâti tant bien que mal une vie meilleure que celle des autres, et qu’on m’a juste dit c’est normal,

écorchée vive, parce que Maman je t’aime à mort, parce que je n’ peux pas supporter qu’un jour on parte dans le remords,

j’ suis écorchée, parce que j’ tai confié un secret, parce que j’ai appris par les autres que la langue était une traître,

écorchée vive, malgré moi, malgré la vie, car on me parle d’avenir quand tu ne me parles que d’archives,

écorchée vive, car on fait semblant de me croire, parce que je voulais faire de ma passion la plus belle de vos histoires

écorchée vive, dans ce grand théâtre en feu, j’affronte les flammes du mieux que j’ peux, écorchée vive, quand les crétins se croient

des rois, quand les adultes ne savent rien faire à part nous montrer du doigt, écorchée vive quand on me force à faire semblant, 

écorchée par tous ces poings, alors que c’est mes mains que je vous tends, écorchée vive d’en vouloir toujours un peu plus, 

de vouloir toujours être celle qui écrit sous l’abribus…

 

 


 

saint-valentin

                                                                                                                        Paris, le 14 février 2010

 

 Françoise,

 

Je te vois lever un sourcil en lisant ce sobre « Françoise ». Je t’ai habituée à tant de surnoms doux comme des loukoums: mon ange, mon amour, objet de mon désir, ma perle, mon aimée, ma préférence…Tu n’as jamais beaucoup aimé ton prénom, et tu l’aimes de moins en moins car il trahit ton âge. Tes parents t’appellent Fanfan, tes plus récents amis t’appellent Fanny. Moi, je préfère choisir au gré de mes humeurs. Et mon humeur est aujourd’hui  coléreuse, nostalgique, mélancolique et dans le même temps, joyeuse et optimiste.

Françoise, c’est la dernière fois que je t’écris. Cette lettre écrite le jour de la Saint-Valentin est une lettre de rupture. On ne peut choisir meilleur jour, pour rompre, que celui de la fête des amoureux: pourquoi en ferait-on exclusivement la fête de ceux qui s’aiment éperdument ?  L’amour a tant de formes y compris celle fatale du désamour; j’ai enfin compris que mon amour pour toi était moribond, autant l’achever aujourd’hui, ainsi nous n’aurons pas de mal à situer dans le temps la fin de notre liaison. Là, je te vois sourire: il y en a tant eu, des ersatz de rupture, des simulacres, des répétitions avant la finale, des coups de fils se terminant rageusement ou froidement, toujours pour cette lancinante demande de ma part, assez pitoyable, j’en conviens, de plus de temps, plus de présence, plus de TOI.

On parle souvent d’élément déclenchant pour les catastrophes, les maladies mentales, les crimes. Dans mon envie irrépressible de ne plus jamais  te revoir, de ne plus te prendre au téléphone, l’élément déclenchant a été ton dernier affront, Françoise, ta dernière incorrection, étonnante chez une femme comme toi, si soucieuse de paraître civilisée, au dessus des ploucs (un de tes mots favoris). Je m’étais souvent aperçu que tu ne m’écoutais pas quand je te confiais mes soucis, mes peines, ces petits et grands chagrins auxquels personne n’échappe. Souviens-toi, il y a trois jours, je t’ai parlé de mon père, de mon inquiétude parce qu’il va subir une IRM pour vérifier qu’il ne souffre pas d’un cancer de la vessie. Tu m’as à peine écouté, tu te rhabillais et tu as dit « Ah oui,  c’est embêtant », d’une voix distraite. Me doutant que tu allais parler vite d’autre chose, comprenant que je t’ennuyais avec ce problème qui ne te concerne pas, j’ai relancé, pour voir: « Cela m’angoisse, mon père n’a jamais été malade, j’aurais du mal à supporter qu’il soit atteint d’une maladie grave ». « On ne devrait pas vieillir, que veux-tu » as-tu lancé négligemment avant de boutonner ton chemisier. « Désolée, il faut vraiment que je me sauve, je suis déjà en retard. » Ce soir là tu te réjouissais d’accompagner une amie qui avait deux places pour une représentation à l’Opéra Garnier.

S’il n’y avait eu que cela; souviens-toi, quand j’ai eu ce lumbago qui m’a cloué au lit pendant dix jours. Tu es passée une fois en coup de vent, et tu as attendu pour me revoir que je sois parfaitement rétabli, et de nouveau performant sexuellement. Et ce cadeau que j’avais pris tant de soin à choisir pour ton anniversaire, ce châle en cachemire bleu, assorti à la couleur de tes yeux, d’une qualité exceptionnelle, qui m’a coûté aussi cher que l’ensemble des cadeaux offerts à ma famille pour Noël. Tu t’es exclamée « C’est adorable », mais j’ai bien vu que tu le regardais à peine. Et une heure plus tard, tu n’as pu te retenir de dire que tu avais reçu un manteau Rykiel dont tu rêvais. Tu m’as prévenu dès le début de notre liaison que tu étais très attachée à ton mari, que tu ne le quitterais jamais, qu’il était impensable que tout ce que vous avez construit soit anéanti fût-ce pour un amoureux auquel  tu dis tenir énormément; soit…. mais est-ce bien venu  de me parler de lui pour un oui ou pour un non, comme s’il était mon ami, comme s’il était entendu que je n’avais pas à être jaloux puisque que vous ne couchez plus ensemble depuis dix ans. Cela fait quatre ans que j’entends parler de cet homme, quatre ans que j’accepte la clandestinité, l’ambiguïté. Pendant longtemps, j’avoue avoir été séduit et même excité par l’idée de vivre un amour caché.  Tu me connais, la vie quotidienne m’ennuie, et je ne suis pas de ceux qui ont un besoin vital d’une compagne à demeure. Mais le charme de ce jeu a fini par s’étioler, non pas que tu me plaises moins (je te trouve toujours belle, drôle, désirable), mais vois-tu, comprendre enfin que tu ne m’aimes pas, a fini par me rebuter; je ne peux plus t’écouter, te toucher, sans avoir l’impression  un peu répugnante d’avoir à commercer avec une créature qui ne me veut pas que du bien, ou du moins, qui ne prend guère de précaution avec mes sentiments.  Tu ne m’aimes pas, Françoise: tu aimes mon visage, mon corps, ma façon de faire l’amour, ma jeunesse,  mon statut social de journaliste « qui a réussi à faire son trou dans l’équipe d’un grand hebdomadaire »; tu aimes mon humour, ma disponibilité, mon mépris pour les histoires d’amour banales et la médiocrité du conformisme. Oui, tu aimes tout cela, probablement passionnément, mais tu ne m’aimes pas MOI. Quatre ans, Françoise, cela fait quatre ans que je n’ai pas passé une journée sans penser à toi au moins deux ou trois fois par heure; même la nuit, je rêve souvent de toi, même au cinéma, je ne peux pas voir un film sans que ma pensée me ramène à toi. Tout ce temps consacré à une femme qui ne m’aime pas, qui n’aime qu’une image, des moments de plaisir, la vanité d’être aimée par un homme qui a vingt ans de moins, quoi de plus chic et de plus excitant n’est-ce pas, qu’un jeune amant, beaucoup plus exaltant qu’un sac Hermès ou un nouveau cabriolet et pourtant, Dieu sait si tu aimes le luxe. 

Je m’arrête là Françoise, nous ne sommes pas au tribunal, et je n’ai pas à t’accabler.  Ce soir, je vais dîner seul mais je serai heureux, car je vais fêter ma liberté retrouvée. Hier, chez des amis, j’ai rencontré une femme qui m’a plu; pourtant je n’ai pas pris son numéro de téléphone.  Si le hasard nous remet en présence, il se passera peut-être quelque chose, mais je ne suis pas pressé. Je veux prendre le temps de regarder les femmes, au café, dans la rue, partout…Toutes ces femmes que je ne voyais plus tant ton image m’obsédait.

Je ne t’oublierai pas Françoise, c’est mon seul cadeau d’Adieu: je ne t’oublierai pas.

 

                                                                                                                  SIMON

 

 

Freaks, film héroïque

Sorti en 1932, réalisé par l’américain Tod Browning, et traduit en France sous le titre « La monstrueuse parade » FREAKS est un des films les plus célèbres de l’histoire du cinéma, même s’il a été beaucoup moins vu que d’autres films mythiques comme « Gone with the wind ».

Devenu culte pour de nombreux cinéphiles, Freaks doit ce statut à l’extrême  originalité de son thème, et au fait que c’est le seul film à avoir choisi pour acteurs de vrais monstres, des gens qui longtemps ont été cachés (dans le secret des familles ou dans des instituts pour handicapés), ou au contraire,  à une époque désormais révolue, « montrés » dans des cirques  à des fins commerciales.

Freaks, film héroïque freaks-triangle_amoureux

FREAKS, conçu à l’origine pour être un film d’horreur, est plutôt un conte moral, même si la fin respecte les codes du film fantastique. La première scène annonce la couleur, où l’on écoute le bonimenteur du cirque Tratellini prévenir les spectateurs, qu’ils vont voir la créature la plus monstrueuse de tous les temps, créature qui a été autrefois une très belle femme. « Les monstres », dit-il « ont leurs codes et leurs lois; offenser l’un des leurs, c’est les offenser tous. »

Suit un long flashback où l’on voit se dérouler l’histoire de Cléopâtre la trapéziste, grande et belle femme blonde prête à tout pour attirer à elle les hommages masculins et l’argent. Récemment arrivée dans le cirque,  elle séduit immédiatement Hans, le lilliputien pourtant déjà fiancé à Frieda, sa « consoeur » lilliputienne. Dans le cirque,  il y a les « normaux » (acrobates et clowns) qui cohabitent avec les « freaks », tous de vrais monstres dans la vie: les soeurs siamoises, les hommes troncs, les femmes sans bras, et les « hommes têtes d’épingles », hallucinantes personnes à tête ovoides, mesurant à peine un mètre trente, et d’un âge mental très bas, ricanant sans arrêt naïvement, sous la houlette d’une gouvernante très maternelle, dont on admire la tendresse et la patience.

Hans va devenir la proie de Cléopâtre qui mène en parallèle une liaison clandestine avec Hercule, « l’homme fort » du cirque, brute épaisse sans intérêt sinon l’attrait sexuel puissant qu’il exerce sur certaines femmes. Après avoir appris que son soupirant avait hérité d’une jolie fortune, la trapéziste accepte la demande en mariage d’Hans, union qui donne lieu à l’une des scènes les plus cruelles du film: le repas de noces durant lequel Cléopâtre, grisée par le champagne,  perd toute retenue, se moque ouvertement de son « petit mari », embrasse fougueusement son amant et finit par insulter tous les monstres après que ceux-ci, avec une certaine perversité, lui aient chanté que désormais « elle était des leurs ». Ce qui choque le plus dans ce film, hormis le fait que certains acteurs sont effrayants physiquement, ce sont les rires cruels et quasi incessants. Le rire est ce qu’il y a de plus humiliant. C’est ce qu’exprime Frieda, le jour où elle ose affronter sa rivale, insistant sur ces rires, sur le fait terrible que beaucoup de membres du cirque passent leur temps à se moquer de Hans.  Le ridicule ne tue pas, mais il fait souffrir atrocement, ses victimes et ceux qui les aiment et voudraient les protéger. On est aussi « dérangé » par le constat que les monstres vivent presque tous « normalement », ont pour certains une vie sexuelle, comme les siamoises qui chacune à leur tour trouvent un mari: on n’ose pas imaginer la vie sexuelle très scabreuse du quatuor.
Le film a une morale, puisque la « méchante » sera punie au delà de ses craintes, les monstres faisant front pour venger l’un des leurs.

FREAKS a un peu vieilli ( presque 80 ans ont passé depuis), l’histoire peut paraître simpliste, et cependant ce film a un pouvoir intact de fascination, surtout quand on le voit pour la première fois. Pourtant des scènes ont été coupées, sans doute afin que l’ensemble soit un peu moins choquant et provocateur. Quand on est totalement bilingue, on peut le visionner gratuitement en version originale grâce à ce LIEN.

D’accord Monsieur je sors ! Par Valy-Christine Oceany

Chose promise, chose dûe; enfin, je livre mes impressions sur « D’accord monsieur je sors » de Valy Christine Oceany. 

D'accord Monsieur je sors ! Par Valy-Christine Oceany 25324442_5449665

Ce roman  relate sept jours de la vie de Violeta, fillette de dix ans vivant dans un pays qu’on devine, bien qu’il ne soit jamais nommé, être la Roumanie, le pays où est née l’auteur. Violeta est une enfant gentille, calme et appliquée, prête à tout pour être aimée des adultes. Pourtant, elle se heurte en permanence à des murs: mur de sévérité excessive des « camarades professeurs », mur de froideur et de violence de son père et de sa belle mère, mur de silence des voisins qui « ne veulent pas voir » la vie terrifiante subie par cette très jeune fille. Valy décrit une succession de scènes où Violeta passe de l’école où, bien que très bonne élève, elle n’est pas aimée des femmes qui sont chargées de son éducation, et où elle n’a pas d’amies, à son domicile où vivent un père autoritaire, froid et parfois même violent, et une belle mère qui n’est pas plus aimante que le père biologique. Certaines séquences sont presque insoutenables, on est plus proche du fait divers de maltraitance que de Poil de Carotte. Pour survivre et ne pas se sentir seule au monde, Violeta s’est inventée une amie, une poupée qu’elle reconstitue chaque jour avec des bouts de tissu (en cachette car même cela, même jouer avec des bouts de tissus ne lui est pas permis); elle a aussi découvert qu’en écrivant de petites fictions sur des pages de cahiers, elle se sent mieux, elle a enfin quelque chose qui lui permet de s’évader. Une injustice de trop va contraindre l’enfant à se révolter, je ne peux pas dévoiler comment,  pour ne pas raconter tout le roman.

Ce qui m’a le plus impressionnée, c’est la distance placée entre la narratrice et son sujet. Valy Christine évite les bavardages, les complaisances qu’on pourrait attendre dans ce style d’histoire. Les scènes se succèdent, portées par une écriture sobre; la violence est montrée, jamais commentée, comme si cette enfant était là sous nos yeux, et que l’on suivait ce qu’elle endure, tout en ressentant la sidération que provoque la souffrance parfois extrême qui l’atteint. On ne dira jamais assez que les enfants aiment leurs parents inconditionnellement au point de ne rien dire, d’espérer que demain sera meilleur, que demain Papa sera de bonne humeur, et manifestera enfin son amour. A la fin du récit, on ne sait pas vraiment si bien des années plus tard, l’enfant qui est devenue femme a pardonné. C’est là mon seul regret, après cette lecture: on ne sait pas ce qui se passe entre la fin des sept jours relatés dans le roman, et le moment où Violeta est une femme adulte en âge de comprendre et analyser ce qui s’est passé. Peut-être l’auteur a -t-elle en cours un autre récit où elle raconte l’adolescence et la vie d’étudiante de cette si attachante héroïne ?

 Valy-Christine a un grand talent, une écriture où ceux qui comme moi aime le style slave, à travers des auteurs comme Nina Berberova, trouvent beaucoup de plaisir de lecture. Je suivrai avec plaisir son travail d’écrivain. Voici, pour compléter cette critique, un résumé biographique:

Valentina Ciobanu, alias Valy-Christine océany, est née à Lugoj, en Roumanie. Ses parents étant séparés, elle vit son enfance entre Lugoj et Bucarest, la ville de son père. Orléanaise depuis 1991, elle a déjà publié aux éditions Demeter un recueil de nouvelles, Quelque part en Roumanie, et un roman D’un pays l’autre sélectionné par les bibliothécaires de la ville de Paris comme « coup de coeur » dans la catégorie « Premiers romans 2008″.

Mon après-midi avec Manuel Montero

La semaine dernière,  j’étais de passage à Paris, et  j’ai pu faire  cette expérience étonnante de rencontrer un internaute avec lequel j’ai lié une amitié depuis un an. J’imagine que dans ce type de situation, on se demande immanquablement si la réalité ne va pas être décevante, si le personnage qui nous paraît éminemment sympathique ne va pas nous sembler très différent de ce qu’on « imaginait ». Avec MANUEL MONTERO, j’ai eu l’heureuse surprise de découvrir exactement la même personne que celle avec laquelle je dialogue régulièrement. Il m’a gentiment autorisée à faire un portrait avec mon petit appareil numérique:

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Me voilà donc un clair et joyeux après-midi de janvier, marchant dans le XXème arrondissement de Paris jusqu’à l’impasse où Manuel loue son atelier d’artiste. Quand j’arrive, il est dans son jardinet, discutant avec un voisin. On se dit bonjour rapidement,  et il m’invite à m’asseoir sur le canapé blanc. Immédiatement, je souris intérieurement, découvrant l’ambiance savamment foutraque des lieux, une atmosphère à la fois culturelle et intime: plein de livres posés par terre, des clémentines sur un rebord du canapé, des toiles achevées ou en cours de réalisation sur les murs. Pas de TV, pas de radio, ni de PC portable; juste une bouilloire et de quoi faire du thé et du café, un cendrier, des paquets de cigarettes.  Je suis dans la bulle de Manuel, ce fameux atelier où il passe des nuits blanches, peignant, buvant du café, fumant, attrapant un livre au hasard…

Nous parlons de tout et de rien, comme deux amis qui ne se sont pas vus depuis quelque temps. On parle de nos enfants, des blogs où nous nous sommes connus; on casse au passage du sucre sur un ou deux trolls qui nous sont particulièrement antipathiques, on dit du bien de D….. et C….., qu’il a déjà rencontrées. Nous buvons du thé noir, mangeons de la brioche, fumons des cigarettes (j’essaie d’arrêter en ce moment mais comment ne pas avoir envie de fumer avec Manuel qui enchaîne les clopes  avec une gourmande application). Manuel me dit qu’il faut continuer d’écrire,  que je ne dois pas me décourager. Le temps passe,  je prends des photos, et on se dit au revoir.

Photo souvenir:
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Brèves

Je vous l’avoue d’emblée: je n’ai guère de temps à consacrer à ce blog en ce moment, accaparée cette semaine par ma fille qui passe le concours de médecine (une sorte de chemin de croix, il faut le vivre pour comprendre…), et le travail de réécriture de « Solo ma non troppo ». Il se trouve que j’aurais pu être publiée chez un petit éditeur mais que celui ci ne me propose pas un vrai compte d’éditeur; ce n’est pas un margoulin comme Thélès ou Amalthée,  puisqu’il ne publie que 5% des manuscrits qui lui sont soumis et qu’il est diffusé en librairie, mais il ne peut financer entièrement le tirage des 500 premiers ex;  il faudrait que j’achète à peu près 200 ex pour les vendre moi même. Cette solution ne me satisfait pas, même si l’idée de voir mon livre sur papier et distribué dans certaines librairies était très tentante. Bref, du coup, j’ai décidé de retravailler ce texte et de l’envoyer à nouveau à quelques éditeurs, histoire de ne pas avoir de regrets, quand bien même je ne me fais guère d’illusion sur mes « chances » d’être publiée à compte d’éditeur.

En passant, un avis succint sur « Trois femmes puissantes » couronné par le prix Goncourt: Marie Ndiaye y confirme son talent d’écriture, sa capacité exceptionnelle à analyser des caractères avec une finesse quasi proustienne, ainsi que son talent pour créer un univers à la fois très réaliste et onirique (comme dans « Rosie Carpe » et « Mon coeur à l’étroit »). Un bémol: il ne s’agit pas d’un roman mais de trois histoires, avec pour seul point commun un personnage central féminin originaire d’Afrique.  Du coup,  l’ensemble manque de cohérence. Personnellement, j’estime que la deuxième histoire, celle de Fanta et de son mari Rudy, aurait pu faire à elle seule un roman publié tel quel,  sans l’adjonction des deux autres nouvelles plus courtes. Avec Rudy, ancien professeur blanc humilié et déchu (je ne veux pas dire pourquoi, car c’est tout l’intérêt du récit de découvrir progressivement l’histoire de cet homme), Marie Ndiaye dresse un portrait saisissant et bouleversant d’un homme qui vit à la fois une déchéance sociale et la destruction de l’amour de sa vie, cette Fanta,  jeune femme noire,  belle et érudite, cette femme presque idéale qu’il va perdre par sa faute (selon son point de vue), alors qu’il est juste victime de son passé familial. Un très bon Goncourt, donc, pour une fois.

Rock the casbah

Quoi de meilleur et de plus roboratif pour ce début d’année, que d’écouter un des meilleurs titres des CLASH,  illustré par un clip déjanté, le genre de video que plus personne n’oserait réaliser aujourd’hui. Dans cette chanson, les CLASH évoquent sous une forme burlesque et très irrévérencieuse, l’interdiction d’écouter du rock en Iran au temps de l’inénarrable ayatollah Khomeiny. La chanson parle en effet de rock interdit par le « Shareef »,  de son ordre de bombarder les lieux où des rebelles transgressent la loi, et le clip montre un arabe et un juif orthodoxe s’entendre comme larrons en foire, boire de l’alcool et danser, tandis que le groupe de rock chante devant un puits de pétrole, le tout ponctué par  de brèves scènes où l’on voit gambader un tatou;  il fallait oser, les Clash l’ont fait !

Pour voir et écouter ce souvenir grandiose des années 80 cliquer ici:

 Dailymotion – The Clash-Rock the Casbah – une vidéo Musique

Rock the casbah the-clash-10661

 

 

TRES BONNE ANNEE A TOUS !

 

 

trêve des confiseurs

Le mauvais exemple de Marc Séfaris étant contagieux, j’éprouve une envie irrépressible de laisser ce blog en « vacance » jusqu’aux fêtes:

trêve des confiseurs Chatdor_a

 

A bientôt, donc…J’irai prendre régulièrement de vos nouvelles sur les sites habituels;)

« Les enfants du plastique » le premier roman d’un blogueur/auteur sorti en livre de poche

On ne dira jamais assez à quel point Wrath rend parfois service aux romanciers sur lesquels elle rédige ses billets vachards. Il a suffi en effet qu’elle parle du roman « Les enfants du plastique » sorti très récemment dans le livre de poche,  à travers un Post sobrement intitulé « People, Paillettes et Pognon, les trois P de Thomas Clément », pour que j’ai envie d’acheter et de lire le roman en question.

Je suis de temps à autre les posts de Thomas Clément. Avant d’être publié au Diable Vauvert, ce publicitaire-blogueur devenu célèbre sur la toile, a relaté ses tribulations éditoriales, dont il a fait une amusante compilation que vous pouvez lire ici.
Le résumé des « Enfants du plastique » écrit en 4ème de couverture, donne une bonne idée de l’intrigue:

   Tout semble réussir à Franck Matalo,  puissant P-DG d’Unique Musique France.  Alors pourquoi décide-t-il,  à la surprise générale, de lancer Intestin, un groupe de punk-rock déjanté et incontrôlable, véritable pavé dans l’univers culturel aseptisé de l’année 2010 ?

Sans écrire un chef d’oeuvre à portée universelle, pas plus qu’un de ces livres remarquables par un style très personnel ou une écriture recherchée, Thomas Clément a réussi un roman moderne tout à fait bien ficelé. On suit avec amusement les aventures de Franck,  PDG devenu cynique et désabusé (on comprend pourquoi au fil du livre), qui a choisi de saborder l’entreprise pour laquelle il travaille depuis des années. Et quelle meilleure façon de saborder une Major (ressemblant à s’y méprendre à Universal Music) que de produire un groupe composé de types dégénérés, incontrôlables et tout à fait nuls tant dans la composition musicale que dans l’écriture de textes. Contre toute attente,  la machination destinée à mettre en danger l’équilibre financier d’Unique Musique produit l’effet inverse: le groupe a un succès fou, la provocation et la vulgarité de ces quatre zozos pires que les pires punks jamais produits dans l’histoire du rock,  plaisent énormément aux jeunes.

Le récit de cette aventure burlesque est ponctué de passages beaucoup plus graves, où le narrateur s’adresse à Mila, une petite fille qui ne fait plus partie de sa vie. Je ne peux pas en dire plus, sans dévoiler le secret du roman.

On pourrait reprocher à Thomas Clément de surfer sur la vague de 99f de Beigbeder, en dénonçant le système tout en en profitant, mais qui mieux qu’un publicitaire peut connaître et caricaturer l’économie mondialisée, la bêtise, l’absence totale de scrupules et le mercantilisme de ceux qui formatent les goûts du public?

Quoiqu’il en soit, voilà un bon moment de lecture, et cela fait du bien de lire une tragi-comédie rondement menée, tout comme il est agréable parfois,  de voir un film sans prétention intellectuelle démesurée;  je m’étonne au vu du côté actuel et bien observé de son intrigue, que Thomas Clément ait dû pas mal galérer avant de trouver un éditeur. Les voies du monde de l’édition sont décidément impénétrables (ou presque).

Extraits:

« Pendant l’écoute de Désordre, le titre phare de leur « album en préparation », les quatre rockers autoproclamés miment le jeu de leur instrument et Freddy, le chanteur, exécute un superbe play-back en se roulant par terre.

Consternant! Une parodie de rock’n roll, bête et basique. Furieusement mauvais. J’ai eu le nez creux, Mila. Les dégâts vont être énormes. Nous allons produire du gros son alors que le marché n’a même plus de chaîne hi-fi. La musique est faite par et pour les ordinateurs, qu’ils soient portables ou de salon, baladeurs ou TéléPod….

François-Xavier est à 100% dans sa mission. Il me croit enfin. C’est donc du sérieux. Il va produire le groupe en appliquant le strict mode d’emploi qu’il a appris chez nous. Peu importe le produit. Les gens qui vendent du PQ ne sont pas dans la merde pour autant. François-Xavier attaque déjà la pré-prod. Il commence par les paroles selon une méthode bien connue. Lisser, lisser, et encore lisser. Raboter les échardes pour que plus rien ne pique, lubrifier les mots pour que les phrases glissent bien. Un bon produit ne doit pas être original, c’est son marketing qui doit l’être. »…

 Nos invités sont très impressionnés. Le Costes, ils n’ont pas les moyens d’y dormir, mais tous l’ont visité au moins une fois, le temps d’une interview ou d’un café-frisson à quinze euros. Ils connaissent bien les serveurs en noir qui gagnent plus qu’eux et surtout les serveuses mannequins qui les ignorent. Dieu qu’ils aiment se faire maltraiter dans cette ambiance cosy ! Le Costes est la croix de Saint-André des aspirants branchés. On s’y attache et on prend sa claque. La soirée commence donc bien. Au milieu de la chambre, un détail intrigue toutefois: une batterie cinq fûts, un mur d’amplis Marshall et un micro sur pied. Pas très Napoléon III tout ça ! Mais qu’importent les détails, l’essentiel est là, on applaudit à s’en luxer les paumes. Les petits fours de luxe donnent la niaque et le champagne hydrate les bravos.

 Soudain les premiers accords de Désordre se font entendre. Freddy apparaît, suivi de ses compères. Le leader d’Intestin est moulé dans un pantalon en cuir qui accentue sa maigreur. Il est torse nu et porte trois rangées de fer barbelé en bandoulière…. »

 

La suite à découvrir si vous achetez le roman; à conseiller pour offrir en cadeau à des ados, et à ceux de tous âges qui s’intéressent un tant soit peu à l’univers impitoyable du show-biz version 3ème millénaire.

 

le ruban blanc « ein film von michael haneke »

J’ai tellement aimé La Pianiste et Funny Games de Michael Haneke, que je ne pouvais louper la sortie en salles du « Ruban blanc« .

Pour son dernier long métrage, Haneke a choisi la forme du récit en voix off: le narrateur se souvient de l’année 1913 qui a marqué sa jeunesse d’instituteur dans une campagne allemande, quelques mois avant le début de la guerre 14/18.  Le film séduit d’emblée par sa très grande beauté formelle:  images en noir et blanc aussi fortes parfois que des tableaux de maître, casting irréprochable, dialogues percutants. A travers les souvenirs du vieil instituteur, on suit la chronique d’un village et de la vie quotidienne de plusieurs familles dominées par un patriarche:  le châtelain qui fait vivre la communauté en offrant des dizaines d’emplois, le docteur, veuf présumé inconsolable, froid et hautain, le régisseur, une brute épaisse, et enfin le pasteur,  père de famille nombreuse austère et ennuyeux comme un jour sans pain. Tout est en place pour que se perpétue une vie tranquille basée sur le respect de la hiérarchie sociale et les valeurs traditionnelles;  pourtant,  des évènements inquiétants, des agressions sadiques  sur des enfants vont semer le désordre et le doute dans la petite communauté. On découvre en parallèle à quel point le puritanisme associé à l’ultra capitalisme oppriment les plus faibles, c’est à dire les femmes et les enfants:  les gosses sont battus sous prétexte d’éducation (pour leur bien,  disent les pères), une adolescente est violentée par son père, les femmes se taisent obéissantes et presque résignées. Une des scènes les plus fortes est celle où l’infirmière et maîtresse du médecin se voit humiliée avec une violence verbale inouïe « tu ne me fais plus d’effet, j’ai beau essayer d’imaginer une autre femme, je n’y arrive plus, tu es laide, ton haleine est fétide, même une vache pourrait te remplacer;  je me contenterais bien de voir des prostituées, mais deux fois par mois, ça ne me suffit pas, etc… »

 

le ruban blanc

A la brutalité et au tempérament dépressif des adultes,  Michael Haneke oppose la vitalité des enfants, leurs yeux agrandis par l’étonnement devant une perversité qu’ils ne comprennent pas. Images terribles que celles d’un pré-adolescent contraint de dormir les mains attachées, d’une jeune fille assise sur la table d’auscultation de son père médecin, condamnée à subir l’insupportable; dans ce film,  comme dans « Funny Games »,  Haneke montre très peu la violence par les images, préférant suggérer celle ci par les mots et les cris. C’est terrible mais pas complaisant. Ce cinéaste est obsédé par la violence, on pourrait objecter qu’il s’y complait; personnellement je vois plutôt dans sa démarche une volonté de dénoncer le mal qu’on pourrait éviter, d’avertir le spectateur des conséquences monstrueuses d’une vision rigide et obscurantiste des rapports familiaux et sociaux.

Beaucoup ont vu dans ce film une démonstration du côté inévitable du nazisme; il y a de cela, mais ce serait réducteur de limiter le propos à la seule société allemande du début du XXème siècle. On peut hélas observer au troisième millénaire autant de perversité et de crimes que dans « le Ruban blanc »: il suffit de s’intéresser à l’actualité tant en France qu’à l’étranger.

 

Julien par Martin Rappeneau

Il y a deux ans,  j’ai eu le coup de foudre pour cette chanson de Martin  Rappeneau:

http://www.dailymotion.com/video/x3fgm5

 

On pourra m’objecter qu’en matière de chanson,  j’ai des goûts de midinette, mais ça fait tellement de bien les chansons d’amour;  je me souviens que quand Guy Carlier animait la tranche midi /treize heures sur France inter, l’été, il terminait toujours par la diffusion de « la chanson qui rend amoureux ». Et ce que je ressens en entendant « Julien », c’est de l’amour, de l’amour, de l’amour….

Les chansons d’amour donnent envie d’être amoureux à ceux qui ne le sont pas, donnent envie d’aimer mieux à ceux qui le sont déjà, elles embellissent la vie, elles sont là  pour nous réveiller le coeur et les sens.

Promis, la prochaine fois, je diffuse une chanson punk bien pessimiste pour les grincheux;)

« les derniers indiens » par Marie hélène lafon

Les livres découverts par hasard sont souvent les plus belles surprises de lecture. Attirée par le post it posé sur le  dernier roman de Marie-Hélène Lafon placé sur l’étal « coups de coeur  » de Mollat,  j’ai hésité, ai humé l’objet puis l’ai reposé. Ne connaissant pas l’auteur, j’ai acheté un de ses romans paru chez folio:  « Les derniers indiens » (Buschet Chastel 2008)

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un chef d’oeuvre, mais voilà un roman qui me restera longtemps en mémoire et me donne très envie de lire les autres parutions de son auteur. Car l’écriture est là: sobre, très travaillée, sans être prétentieuse.  Et le propos est dense, presque lourd, en dépit de la sobriété.  Il n’y a pourtant pas d’histoire,  juste un secret très douloureux, qu’on découvrira presque par inadvertance;  pas d’intrigue destinée à appâter le lecteur, non,  juste le tableau peint avec minutie de  paysans qui vivent dans leur ferme du Cantal comme dans un caveau;  deux handicapés de la vie,  Jean et Marie Santoire-Combes, le frère et la soeur, qui forment un couple improbable. Deux personnages ancrés dans leur terre auvergnate, qui vieillissent chichement, tristement, alors que leurs comptes en banque sont si remplis qu’ils ne savent pas vraiment à combien s’élève le montant de  leurs biens.  Ils sont figés à la fois dans leur morne passé et l’immobilisme du présent, maintenant que « la mère » est morte. Deux êtres qui n’auront jamais eu de fiancé(ée),  jamais eu d’amis,  juste des camarades quand ils étaient à l’école et au collège;  la maison est le symbole du corps maternel, dont ils n’osent occuper qu’une petite partie, les chambres des disparus étant devenues des mausolées qu’on n’ouvre que pour y passer un coup de balai. La mère, même morte,  est omniprésente; c’est elle qui dicte encore par sa mémoire ce qu’on doit faire, acheter, penser. « La mère » était une femme rigide, autoritaire et frigide probablement, qui n’aimait pas son mari comme on aime d’amour un époux,  à tel point qu’elle s’est toujours sentie une « Santoire » et pas une « Combes ».  Elle a préféré toute sa vie le nom de son père, et n’a aimé d’amour que Pierre, l’enfant chéri, l’enfant prodigue qui est parti travailler à l’usine et s’est mis un jour en ménage avec une divorcée….qu’on ne rencontrera jamais;  chez les Santoire,  une divorcée de la ville est une femme infréquentable. Pierre est tombé malade, est venu agoniser dans sa famille,  laissant une mère inconsolable. Marie et Jean, les mal aimés, n’ont pas vécu, écrasés par une mère omnipotente et un frère qui vivait pour quatre et qui, comme par un fait exprès, meurt avant les autres.

Terrifiant de constater dès le début du roman, qu’un des rares « rêves » de Marie serait de remplacer les bancs de la cuisine par des chaises:

« Elle voudrait des chaises, il ne veut pas, il résiste, il ne la conduirait pas à Riom où elle achèterait quatre chaises solides, et même six, on pourrait, on ne dépense pas, ou rien, c’est rare. On vivote….Elle voit ces chaises qui seraient pratiques, elle poserait des gilets sur les dossiers, on se croirait dans un salon, ou une salle à manger, on s’appuierait, après le repas, ou dans la journée, quand on s’assied, parfois on s’assied, on peut le faire maintenant, on a le temps, personne ne dira rien. »

Désespérant de voir cette femme regarder ses voisins au point de littéralement vivre par procuration en scrutant leurs faits et gestes, en essayant de deviner leur intérieur quand les fenêtres sont ouvertes: ils sont vulgaires, gros, incultes mais terriblement vivants. Chez les voisins auxquels on n’adresse jamais ma parole, il y a des chiens mal élevés, des gosses mal élevés, des voitures et des tracteurs qu’on conduit à toute allure, mais ça crie, ça rit, ça vit, dans un incessant remue ménage.

« Elle comprenait que les voisins ne les voyaient pas, eux le frère et la soeur, parce qu’ils étaient vieux, lents et minuscules. Les voisins allaient vite, ils savaient qu’ils auraient les terres, en fermage d’abord, ensuite elles se vendraient, ils les achèteraient, et la maison aussi, un couple de jeunes l’habiterait, ou la transformerait en gîte pour les touristes. Les voisins auraient tout, ils feraient fructifier. Le temps passait pour eux. Elle se sentait à côté d’eux comme un insecte. Elle ne leur disait pas bonjour, elle n’en avait pas envie, et elle ne se cachait pas pour les regarder, ils servaient à ça, au spectacle. »
Ce roman m’a beaucoup émue car j’en ai vu enfant, des personnes qui ressemblaient aux Santoire: des paysans ou des petits bourgeois économes, coincés par le qu’en dira-t-on, des gens qui ne vivent plus à force de s’interdire à peu près tout.

La fin est glaçante, inattendue. Quand on parvient aux derniers mots de la dernière page, on laisse les « Santoire » avec tristesse, mais aussi avec la joie d’avoir lu un très beau livre.

 

Brèves notes de lecture

Trois livres qui ne m’ont pas laissée indifférente mais qui ne « méritent » pas un billet spécifique:

MES ILLUSIONS DONNENT SUR LA COUR  de Sacha Sperling

Le premier roman de Sacha Sperling, fils de Diane Kurys et Alexandre Arcady, réalisateurs de cinéma,  a été boudé par la blogosphère pour cause de favoritisme éditorial supposé.  Je n’avais pas l’intention d’acheter ni même de lire ce bouquin avant sa sortie en poche,  mais ma fille se l’est vu offrir par une copine, donc je l’ai lu pour me faire une idée.

« Mes illusions… » est ce qu’il est convenu d’appeler un roman d’apprentissage. Le narrateur a 14 ans au début du récit, on va suivre ses tribulations scolaires, familiales, sexuelles et sentimentales pendant quelques mois. Notre héros vit seul avec sa mère dans un bel appartement. Ses parents l’ont conçu alors qu’ils étaient séparés: la mère voulait un enfant, mais seulement si son ex acceptait de lui en faire un. L’enfant voit peu son père, il lui en veut d’être accaparé par son autre vie,  se sent mal à l’aise quand il rencontre sa tribu et le lui fait payer en boudant, en étant désagréable et provocant. Il adore sa mère, avec laquelle il a une relation ambigüe;  il l’aime, l’admire, la trouve adorable mais lui en veut d’être sa mère. C’est assez classique, ce genre de sentiment de rejet au moment de l’adolescence.

Il s’ennuie énormément; classique là aussi de s’ennuyer à l’adolescence mais dans ce récit,  l’ennui prend des proportions pathologiques. Qu’il s’ennuie en classe au point de devenir un cancre, ou avec ses rares amis, on comprend (un peu) ; qu’il s’ennuie quand sa mère l’emmène aux Seychelles, ou quand son père l’emmène à la Mamounia qui est un des plus beaux palaces du monde, c’est plus problématique, en général dans ce genre de vacances les gosses sont sympa. Même lorsqu’il  sort en boîte,  et drague une fille, il s’emmerde un brin;  il faut dire que sa conquête n’est pas très causante, et tellement « bourrée » qu’elle tente de lui faire une fellation (il s’en passe des choses dans les naïtecleubs) ; dans un sursaut de dignité il refuse. Parallèlement à cette première expérience sexuelle avortée, il noue un lien assez fort avec un ado encore plus paumé que lui:  Augustin qui boit, fume des joints, finit par tâter de la coke sous l’oeil surpris et finalement admiratif de Sacha. Tous deux deviennent inséparables, il couchent ensemble, se droguent ensemble, sans que rien ou presque ne soit dit: Sacha se laisse faire comme un objet et c’est cela finalement le sujet principal du roman; le « héros »  subit sa vie, s’en veut de se laisser maltraiter par son copain qui ne lui veut pas du bien, d’être incapable de se rebeller,et d’envoyer promener ses parents, ses professeurs; il se console et passe le temps en faisant n’importe quoi.

Ce roman est bien écrit, même s’il y a quelques phrases clichés, et je suis persuadée qu’il aurait suscité l’intérêt d’éditeurs indépendamment du nom des géniteurs de Sperling. Et pourtant il me laisse une impression mitigée de pitié et de lassitude. A mon avis il a dû avoir et aura encore pas mal de succès chez les moins de vingt ans, car le vécu douloureux de l’adolescent est bien rendu et les djeunes adorent lire des livres un rien provocateurs.

(Editions Fayard.2009)

 

LE CHOEUR DES FEMMES de  Martin Wrinckler

Voilà un roman étonnant, presque aussi surprenant que « La maladie de Sachs » publié en  1999 . En effet, il n’est question que de médecine et plus précisément de gynécologie médicale, dans ce récit à plusieurs voix. Une interne major de sa promo et se destinant à la chirurgie se voit contrainte d’effectuer un stage de fin d’études dans le service de Karma, un médecin passionné par la médecine féminine au point de faire son métier en militant. Il lutte avec un zèle jugé louche par nombre de ses confrères, contre tous les manques, les souffrances, les humiliations que subissent trop souvent les femmes au moment des accouchements, des IVG et même des examens de routine.  Jean Atwood, une arriviste un rien brutale, misogyne et prétentieuse, se demande ce qu’elle fout là: ce médecin passe un temps fou  à écouter les « bonnes femmes » raconter  des problèmes qui lui semblent mineurs. Un médecin est fait pour prescrire, opérer, guérir ou prévenir le mal, point barre. Très vite pourtant,  elle va comprendre que s’occuper de l’intimité du corps d’une femme ce n’est pas simple comme une appendicectomie, que le le facteur psychologique est essentiel. Pour être tombée lors de ma première grossesse sur un « mandarin » qui m’expédiait en trois minutes à chaque visite mensuelle, je ne peux qu’acquiescer. Les corps méritent le respect, et trop de médecins se comportent comme des malotrus quels que soit leur spécialité. Le propos du livre alternant récits de l’interne qui bien évidemment finit par être acquise à la cause de son patron, monologues de patientes, extraits de carnets de consultations sur un fil d’intrigue à suspense, est intéressant, et parfois assez passionnant. J’ai appris des tas d’informations médicales que j’ignorais et certaines « histoires » sont hallucinantes, ne donnant pas franchement confiance dans le corps médical. Pourtant le roman ne m’a pas entièrement convaincue. Il y a un côté moralisateur agaçant chez Wrinckler qui s’exprime à travers le personnage du médecin vedette de son livre. On a l’impression qu’il est le seul médecin français à respecter ses patientes, le seul mec à soigner des femmes défavorisées.  Jai tendance à me méfier des gens qui crient sur les toits qu’ils se battent pour le bien de l’humanité (Winckler tient un blog militant). D’autre part, le personnage féminin est très caricatural. Enfin, si ma fille réussit le concours de médecine, dans peu de temps j’en saurai plus sur les coulisses des hôpitaux;)

(Editions POL 2009)

 

L’HOMME QUI NE SAVAIT PAS DIRE NON de Serge Joncour

L’idée de départ est un rien surréaliste: un homme (enquêteur dans un institut de sondage), s’aperçoit qu’il ne peut plus dire « non ». Le mot lui échappe, même quand le besoin de refuser se fait impérieux. Ce handicap l’entraîne dans des situations absurdes: le matin, ne pouvant dire non à chaque collègue qui lui propose de prendre un café, il enchaîne les gobelets de boissons caféinées, puis finit par prendre un ou deux potages à la tomate. Quand il drague une collègue, il est coincé, et s’emberlificote, comme dans cet échange:  -Dites-moi, ça vous ennuie si je fume ? -Oui.  – Ca lui avait littéralement échappé. -Ah bon, mais même là en marchant, ça vous gêne? -Marie-Line, comment vous dire ? …Quel revers, il s’était fait surprendre.

Pire, quand il effectue des sondages, incapable de prononcer « non », il obtient des résultats absurdes: les personnes interrogées répondent toutes par « oui » ou « ne sait pas ».

Mon problème a été dès le début de ne pas entrer dans cette fable. Le héros pourrait bien souvent s’en tirer en répondant « je ne préfère pas » ou « peut-être une autre fois » par exemple, et une partie de ses mésaventures devient du coup invraisemblable ou du moins très artificielle.  Afin de retrouver le « non », il s’inscrit à un atelier d’écriture. Au terme d’un long travail sur son passé, il finira bien évidemment par être guéri.

Je n’ai pas été captée par ce roman; je me suis même un peu ennuyée, comme quand je regarde un film avec des quiproquos répétitifs. Dommage, car Serge Joncour écrit avec beaucoup de soin et d’humour.

(Editions Flammarion. 2009)

 

le dernier pour la route

Le film « Le dernier pour la route » a été directement adapté du livre autobiographique de Hervé Chabalier.  Pour avoir lu ce témoignage, je dirais que ce film réalisé par Philippe Godeau est fidèle au bouquin tout en donnant au final un « rendu » très différent. L’interprétation de François Cluzet est si forte, si inspirée, qu’on oublie le médiatique patron de l’agence CAPA, pour suivre Hervé, le personnage du film, dans sa cure de désintox.

Le film alterne récit et rewinds, dans une mise en scène ultra classique. Le propos n’est pas nouveau, même s’il a été traité,  le plus souvent ces dernières années, sous forme de docu-réalité pour la TV. On s’est habitué à voir des personnes dites « dépendantes » tenter de se sevrer en clinique ou en institut,  du produit qui est devenu « plus fort qu’eux ».

Dans « Le dernier pour la route », on voit Hervé arriver au centre de soins (très belle demeure dans la forêt)  et se heurter à l’envie de  fuir,  car au début il ne voit dans ses compagnons de « route »,  lui le brillant patron de presse, que des looseurs,  voire des freaks: une nympho, un petit bonhomme à la Sempé tout timide, une bourgeoise complètement paumée, un fort en gueule, et l’inévitable post ado sexy qui fait la gueule en permanence. Il va rester,  pourtant: il comprend qu’il n’ a pas le choix, qu’il risque une maladie mortelle et surtout il s’aperçoit,  une fois à jeun,  que sa femme et son fils ne sont pas loin de le quitter.

 

Le Dernier pour la route

Ce film aurait pu être une sorte de téléfilm vaguement plus accrocheur que la moyenne du genre, et pourtant force est de constater qu’au bout de peu de minutes on se laisse embarquer. On a l’impression d’y être dans le groupe d’alcoolos qui se réunissent tous les jours pour une sorte de thérapie de groupe. Ils ressemblent tellement, malgré leur côté caricatural,  à certains de nos voisins, de nos parents et tiens,  ils nous ressemblent un peu, soyons francs, nous qui avons tous au moins une addiction (télé, tabac, internet, bouffe, médicaments, le monde moderne occidental est riche en possibilités de dépendance).  La seule différence étant que le toxico finit par se laisser envahir par le produit qu’il affectionne au point de risquer d’y perdre la vie prématurément, ou de perdre la raison; bien souvent en premier lieu,  de perdre ses proches qui ne supportent plus le spectacle d’une lassante « déchéance ».

Un bémol: l’interprétation un rien surjouée de Mélanie Thierry, les décors un peu trop élégants pour être réalistes. Sinon, j’avoue avoir pleuré plusieurs fois, avoir été dégoûtée aussi (c’est le but, un alcoolique qui boit seul à deux heures du matin dans sa cuisine, un type qui vomit du sang avant de crever dans une ambulance, ce n’est pas plaisant à voir).

Un bon film donc, dominé par l’interprétation inoubliable de Cluzet.

la littérature policière, cette belle dame trop souvent méprisée

Je suis étonnée de constater que les blogs n’évoquent que rarement la littérature dite policière. Je parle bien évidemment des blogs littéraires généralistes, car j’imagine qu’il y a de nombreux blogueurs que je ne connais pas, qui en parlent avec intelligence et passion.

Je suis aussi un peu navrée de constater que les auteurs dits « policiers » soient classés à part, alors que certains sont de grands écrivains, souvent même très supérieurs à ceux qui reçoivent des compliments dithyrambiques des critiques. On a bien créé des prix littéraires spécialisés dans le genre, mais après tout, pourquoi un sublime polar ne recevrait-il pas le Goncourt ? Aujourd’hui c’est le grand jour, pour les goncourables, même si tout le monde est presque certain que la grande gagnante sera Marie N’Diaye, il peut y avoir une surprise de dernière minute.

Je me suis amusée à chercher dans ma bibliothèque tous les titres de littérature « noire » ou « policière » qui m’ont donné l’impression grisante de lire un « grand » livre:

La dame en blanc de Wilkie Collins

L’inconnu du Nord Express, Ces gens qui frappent à la porte, Le meurtrier, Eaux profondes, Ce mal étrange, de Patricia Highsmith.

La maison aux escaliers, L’été de Trappelune de Ruth Rendell.

La mort de Belle, Le testament Donadieu de Georges Simenon.

Un certain goût pour la mort, de P.D James.

La femme en vert, La voix d’Arnaldur Indridason.

Les rivières pourpres, l’Empire des Loups de Jean-Christophe Grangé.

Je ne cite que ces quelques exemples, d’autres auraient cité Ed Mc Bain, William Irish, Raymond Chandler, l’irremplaçable Agatha Christie, Fred Vargas.

En termes de qualité littéraire et de puissance narrative, la littérature policière dépasse bien souvent de nos jours la littérature « traditionnelle » dont on nous rebat les oreilles au moment des prix et c’est très agaçant. Il suffit de compter le nombre de grands films adaptés de grands romans policiers, pour constater à quel point les auteurs de ces livres ont un don pour les histoires marquantes, les scénarii diaboliquement ficelés. Et on oublie souvent de dire que « Crime et châtiment » peut se lire au premier degré comme une intrigue policière, cela expliquant sans doute qu’il soit le roman de Dostoievski le plus lu et le plus accessible.

Je n’achèterai pas le Goncourt, on résiste comme on peut;)

 

Gaël Brunet dans « décapage »

 Deville me rappelle judicieusement que j’avais parlé déjà sur ce blog de Gaël Brunet. J’ai connu cet auteur grâce aux textes qu’il a déposés sur le site des ELS. On va dire « encore les ELS », oui, je sais, mais je ne fréquente que très peu de sites et sur celui là, il y a beaucoup d’auteurs en herbe, dont  Gaël, que je suis depuis un an.

Dans le numéro 40 de la revue Décapage (un peu chère, soit dit en passant, mais j’imagine que c’est un problème de rapport coût de fabrication/diffusion) on peut lire « Rêve », une courte nouvelle qui est très bien écrite, mais qui n’est pas le texte que je préfère de cet écrivain en herbe;  je suis en fait très impressionnée par le roman qu’on peut lire encore actuellement en ligne. Je ne comprends pas qu’il ne soit pas encore publié. Mais ça ne saurait tarder, c’est tout le mal que je lui souhaite.

le pourquoi du comment

Il se murmure que depuis quelques temps notre PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE est d’humeur ombrageuse. Les lèvres pincées,  le regard courroucé, il tape encore plus rageusement que d’ordinaire sur les touches de ses « mobile phones »,  peste, gronde, ne dort plus que d’un oeil,  paraphe ce qu’on lui donne à signer sans réfléchir, bref,  il ne décolère pas à tel point que même le chien Clara peine à lui arracher un sourire.

Et contrairement à ce que vous croyez, ce n’est pas de  la faute de  Frédéric Mitterrand, dont il a oublié les frasques depuis longtemps, ni de la faute de Junior.  Non, pas du tout….

C’est la faute de ….CARLA, son épouse bien aimée.

 

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© Angeli

 

CARLA BRUNI a en effet échoué lamentablement au concours d’élégance le plus hype de l’année. Le 14/10/09, le site du FIGARO effectuait un sondage pour élire « La française qui incarne le mieux le chic parisien » et la grande gagnante a été Inès de la Fressange:

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Carla arrive cinquième, derrière Inès de la Fressange, Chiara Mastroianni, Emma de Caunes et Valérie Lemercier.

Ce n’est pourtant pas faute d’être habillée par les meilleurs couturiers français, (Dior, Chanel), ni d’en connaître un rayon sur l’art et la manière d’être la plus belle: Carla Bruni a été top model,  elle a revêtu les plus beaux atours imaginés par des doigts d’or et des coiffeurs de génie (oui, oui, il y a des coiffeurs de génie!) à Londres, Milan,  New-York et Paris.  Mais alors, que se passe-t-il, pourquoi ne parvient-elle pas à fasciner les femmes de goût que sont les lectrices du Figaro ?

Je lui suggèrerais personnellement de se faire couper les cheveux, sa coiffure faisant beaucoup trop vieille jeune fille, de s’habiller de façon moins « reine d’Angleterre » lors des voyages et dîners officiels, de se faire moins injecter de botox, elle y gagnera en charme ce qu’elle perdra en jeunesse, de toute façon c’est foutu on ne pourra plus jamais croire qu’elle a trente-deux ans,  et surtout de fréquenter à nouveau des gens pas très recommandables, des rockeurs, des acteurs, des hommes d’affaires de la Jet set.

Allez courage, Carla, tu vas y arriver…

Nicolaï Lo Russo, l’interview

 

The medium is the message

 

 

Nicolaï Lo Russo, l'interview the-strange-exhibition

Nicolaï Lo Russo)

 

Nicolaï Lo Russo, photographe, dont vous pouvez découvrir le talent ici  a vu son premier roman  publié le 7 octobre 2009 dans la collection m@nuscrits de Léo Scheer. J’avais lu l’intégrale d’ « HYROK » au mois de novembre 2008,  lorsque le manuscrit avait été publié en ligne sur le blog de l’éditeur.  Nous sommes nombreux parmi ceux qui suivent cette expérience,  à être ravis de pouvoir lire la version définitive sur papier.

Le « résumé » d’HYROK de la 4ème de couverture est particulièrement bien écrit, et donne  un excellent aperçu de ce long et très beau roman:

« Voici l’histoire du destin édifiant et tragique de Louison Rascoli, photographe talentueux, artiste naïf, écorché vif et amant malheureux, dont on suivra les trois dernières années – mises en forme et commentées par son fils Hope en 2044 -, au terme desquelles il finira bien malgré lui par produire la photographie la plus chère du monde et se retrouver à l’origine d’un terrifiant mouvement artisitique.

Roman des illusions perdues, en ce début de XXIème siècle caractérisé par les réseaux, le simulacre et par ce que d’aucuns appellent déjà l’hypermonde, HYROK est aussi un état des lieux sur l’image dans une société en mutation, ainsi qu’un constat lucide, parfois drolatique, sur le désenchantement de la chair et l’éclatement des relations humaines. »

Voici l’histoire du destin édifia

On peut consulter une intéressante vidéo dans laquelle Nicolaï répond aux questions de Florent Georgesco et Julia Curiel, directeurs littéraires aux ELS.

Je suis toujours très curieuse de savoir comment les auteurs travaillent,  et j’ai envie de comprendre ce qui les a poussé à consacrer des centaines d’heures de leur vie à « tricoter » un texte, à faire en sorte que d’un labeur dont on n’imagine pas la difficulté, quand on ne s’est jamais lancé dans « l’arène »,  sorte un livre abouti,  digne d’être publié. Nicolaï a bien voulu répondre aux questions que je me posais  sur l’écriture d’HYROK,  sans se départir de son humour décapant (voir la Brosse Gherta, son blog).  Je l’en remercie infiniment. Je suis certaine que ses réponses apporteront beaucoup à ceux qui lisent ce blog, à tous ceux qui s’interrogent sur cette activité à la fois si « simple » et si insaisissable qu’est l’écriture d’un roman.

 

1. Vous dites avoir commencé l’écriture de HYROK en 2006. Avant de vous lancer dans cet ambitieux projet (500 pages pour un premier roman c’est gonflé),  écriviez-vous des nouvelles ou des textes courts destinés à rester (ou pas) dans un tiroir ? J’imagine que comme beaucoup d’auteurs, vous ne vous êtes pas mis à avoir envie d’écrire du jour au lendemain ?

Je n’écrivais rien, avant… Rien… C’est tombé sur moi comme ça… Le Doigt de Dieu m’a désigné vous savez… Un jour j’étais en train d’éplucher des patates dans ma sombre cuisine, pour me faire une petite purée avec un peu de jambon d’hier… et voilà que j’entends une voix, Marie !… Une de ces voix cristallines comme celles que vous n’entendez qu’une fois ou deux dans votre vie !… Et là, après quelque inquiétude, j’ai compris… J’ai compris qu’il fallait que je me mette à table, avec des piles de dictionnaires, tout le barda…  Que j’obéisse à la Voix… Ça a pas été facile au début, moi qu’avais jamais rien écrit…  oui enfin juste des petits trucs à des copines… à ma maman pour son anniversaire… ou la Fête des Mères… des tout petits trucs de rien du tout… pas très ambitieux… Alors oui… j’ai commencé à écrire ce drôle de roman… J’avais très peur… Chaque fois que j’écrivais une connerie, un truc qui sonnait mal, j’avais la Voix, derrière, qui me disait « mais non, pas comme ça, Nico…  t’es pas très bon pour les descriptions, fait simple, vivant… Et pense à la musique… » Elle me tenait la main cette voix… Ah sans elle !… J’ai eu de la chance de l’avoir. Une chance de spermatozoïde. Allez savoir si ça se reproduira…

 

2. Qu’avez-vous trouvé le plus ardu dans l’écriture de ce roman ? Faites-vous partie de la catégorie d’écrivains qui angoissent devant la page blanche et commencent à trouver du plaisir quand ils sont enfin arrivés au bout du premier jet, ou de celle des auteurs qui adorent écrire sous le coup d’une inspiration débridée, mais détestent le travail de réécriture (essentiel pour obtenir un texte qui tient la route) ?

Le plus ardu ? De trouver les bonnes piles longue durée pour mon clavier sans fil. Non, plus sérieusement, allez… Ok ok. Le plus difficile c’est d’écrire avec discipline je crois… D’entrer vraiment dans la haute chapelle, avec son petit stylo en plastique…  Se mettre à l’établi et rester collé sans débander pendant trois heures ; ou pendant mille mots/jour. Se fixer des objectifs. Faire un plan au milieu des bougies. Faire des schémas. La structure du roman m’a pris un temps certain. Savoir ce que je voulais dire, comment le dire, avec quelles astuces narratives. Je suis quelqu’un qui prépare beaucoup. Pour faciliter ensuite. (Rendre moins difficile en tout cas.) Savoir à peu près où je vais. Même si la trajectoire se modifie en cours de route, il faut avoir un horizon dessiné. Un clocher au loin, où accrocher ses yeux ; essayer de le rejoindre. Autrement c’est l’océan. Remarquez, écrire sans boussole et sans plan, ça peut marcher pour des romans courts, qui parlent d’un truc, qui approfondissent un sentiment, un pan précis de l’histoire d’une vie, que sais-je… Mais HYROK est polymorphe, traite de plusieurs thèmes – ce qui semble dérouter un peu au premier abord, les deux cents premières pages –, mais qui finissent par tisser un réseau de correspondances, donner la cohérence. En cinq cents pages, ça commence par dix fils, ça se tresse, et ça termine par une terrible corde. Schématiquement. Et ça, sans boussole, sans guide, c’est juste impossible. Quant à la réécriture, oui, j’ai fait dix versions pour HYROK. Scie, puis sécateur, ciseau, ensuite papier de verre grossier, moyen, puis fin, extra fin. Ecrire c’est un peu comme ébéniste, à mon sens. (C’est vrai, je le concède volontiers, il y a des petits meubles IKEA qui sont formidables, qui fonctionnent très bien et très longtemps ; mais c’est rare.)

 

3. J’ai eu l’impression de lire un roman sur l’échec. Louison Rascoli,  photographe de mode qui tente de devenir un professionnel reconnu et correctement payé, donne l’image désespérante de quelqu’un qui passe une bonne partie de sa vie d’adulte à se heurter à d’insurmontables obstacles, malgré son talent et des efforts démesurés. Votre vision de l’existence est-elle aussi noire quand elle n’est pas couchée sur du papier ?

J’ai une grande tendresse pour les ratés magnifiques. Ceux-qui-avaient-tout-pour-plaire-mais-la-vie-a-fait-que. Louison Rascoli est un personnage brillant, très seul, plein de volonté, d’envies, mais comme il le dit lui-même, « très pote avec le désastre »… Par ailleurs, la réussite, sur le plan romanesque et dramaturgique, me semble beaucoup moins riche que l’échec. Le bonheur n’intéresse que peu (ou alors pour la plage). Suscite mal l’empathie. Voyez ce qu’ont écrit Céline, Balzac, Maupassant, Houellebecq, tant d’autres. On aime le drame, le ratage, le manque, ce qui ne va pas. Ce qui pose problème. Comme vous le savez, et si vous prenez dix personnes au hasard, une « réussit » – tant mieux pour elle –, alors que neuf « passent à côté », s’échinent, souffrent, n’en peuvent plus. Vacillent. Crèvent. Est-ce une vision « noire », dans HYROK ? Un peu, sans doute, mais pas noircie, pas tant que ça. C’est, j’en ai bien peur,  une part de réalité crue, aphone, de ce monde difficile. On fait mine ; On surmonte en serrant les dents. On donne une bonne image. « Ça va vous ? – Oui, ça va super bien. (Mon oeil…) ». Comme le dit je ne sais plus quel fameux chef de guerre asiatique « de défaites en défaites, jusqu’à la victoire ». C’est ce qui m’intéresse. Et que j’ai envie de (faire) dire.

 
4. Même en amour, Louison se plante royalement. Pensez-vous qu’avec Violette, il ait choisi inconsciemment la mauvaise personne, celle qui allait lui en faire baver un maximum ?

Inconsciemment certainement pas. Il est, je crois, tout à fait lucide sur la difficulté de l’entreprise, même si parfois il fait montre d’une certaine naïveté. Ils ont, elle et lui, plus de vingt ans de différence. Violette c’est la fraîcheur, la jeunesse frivole, l’espièglerie – quoi qu’elle porte en elle un vrai drame de vie, mais ça Louison ne l’apprend que tard. Ne perdons pas de vue que le désir c’est la distance. Ce sont les contraires, l’inconnaissance de l’autre qui attirent, excitent ; rarement pour le meilleur, souvent pour le pire. Autrement c’est de l’attachement, inhibiteur du désir (comme on l’oublie trop souvent). Violette a son monde, ses « potes », ses lubies de gamine, ses coins obscurs. Un monde que Louison trouve fascinant, bien révolu (pour lui), et dans lequel il tombe non sans avidité. Pour Louison, Violette figure le fantasme – fantasme de chair –, presque l’interdit, l’impossible. Comment ne pas sombrer ? Bien sûr qu’il en bave, qu’il en crève d’amour, mais il vit des heures résolument passionnantes. Donc destructrices.

 
5. Vous abordez longuement dans HYROK, la question du sexe sur Internet. Est-ce finalement si différent comme phénomène de compensation à la frustration sexuelle, comparé à l’époque où les cinémas porno étaient très fréquentés, où la presse hard se vendait énormément ?

Gros chapitre ça, en effet. Très préoccupant. C’est très différent oui, beaucoup plus dangereux qu’avant. Pourquoi ? Parce que c’est là. « A un clic de souris blanche », comme dit Louison. Et en quantité astronomique. Terrible venin, satanée drogue, pour qui « aime ça » et n’a pas forcément le temps ni les moyens de faire autrement. On commence à peine, aujourd’hui, à estimer les ravages que ça produit chez une partie de plus en plus importante de la population. La cyberaddiction sexuelle. Hommes comme femmes, bien entendu (eh oui, vous n’êtes plus du tout à l’abri, mesdames…). Je suis ravi d’aborder dans HYROK ce sujet dont on ne parle que peu, de peur de sembler inconvenant. Gros tabou ça, encore, la « branlette sur internet »… Ça fait pas très chic dans les dîners, c’est sûr (où l’on préfère parler du dernier gode de Sonya Rykiel) Mais attendons d’avoir quelques lecteurs pour évoquer la chose avec plus de profondeur, plus de franchise aussi, pourquoi pas. C’est bien de parler de ces images aussi, d’autant que j’ai imaginé, dans le roman, le pourquoi de leur présence obsédante, de leur facilité d’accès… Il y a toujours une raison.

 

6. Envisagez-vous de consacrer à nouveau beaucoup de temps à l’écriture d’un second roman ?

Comme je l’ai dit dans la vidéo sur le blog des éditions Léo Scheer, HYROK, quoi que tout à fait autonome et clos au plan de l’histoire, est en mesure d’attendre une suite, qui se passerait, pour le coup, autour de 2050 (à ce titre, j’entr’ouvre quelques voies possibles, à la fin du roman). Mais comme je n’écris que lorsque je sens en moi un mûrissement sincère, naturel, outre une vraie nécessité – ce qui peut prendre des années –, ça risque, en effet, de mettre un « certain temps » comme disait l’autre en touchant son canon. Bien sûr, entre deux, je ne m’interdirai pas de commettre des lignes plus simples, plus modestes en taille, expérimentales ou ludiques. Faire du meuble IKEA (ça se vend fort bien). Pour faire vivre un peu mon blog, peut-être pour un petit livre compilatoire à l’occasion, et parce que j’aime écrire. Pour répondre plus globalement  à votre question, je ne me vois pas comme un véritable « romancier », un type qui « ne fait que ça », qui a devant lui une dizaine de bouquins de prévus. Non, ça, c’est pas moi. La machine à écrire. Et puis bon, ce n’est pas toujours nous les auteurs qui décidons vous savez. On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, c’est bien pour ça qu’on l’aime, cet avenir incertain. Il faut croire au vent, aux forces qui poussent, décident parfois pour nous. Etre souple, aussi, s’accommoder des myriades de photons solaires.

7. Donnez-moi votre définition de ce qu’est un écrivain ?

Voyez, Marie… c’est cette silhouette, là-bas dans la brume… assise sur le banc au milieu des oiseaux et des enfants qui jouent… Qui observe, immobile… Qui réfléchit, sans doute beaucoup… Homme ? Femme ?… Difficile à dire, on voit mal son visage… Elle se fond  un peu dans le paysage cette silhouette, avec son manteau sans couleur… Approchez-vous, Marie… Voyez sa main… sa main droite…  Regardez bien comme elle est nerveuse cette main… On dirait une pieuvre qui va se jeter sur un poisson-stylo… »

 

Voilà, maintenant que vous savez tout ou presque sur les origines d’HYROK,  vous savez ce qui vous reste à faire: acheter ce roman, et le lire… je m’engage à rembourser ceux qui trouveraient le rapport qualité/ prix insatisfaisant. Je ne pense pas prendre beaucoup de risques;)

« le voyage d’hiver » d’Amélie Nothomb: un cru moyen

Il est de bon ton de dénigrer Amélie Nothomb, de la rabaisser au même niveau que Musso & co, alors qu’elle a tout de même écrit de nombreux livres qui sont,  sinon de « GRANDS » livres, du moins des oeuvres pleines d’esprit et d’originalité:  « Hygiène de l’assassin », « Les catilinaires », « Stupeurs et tremblements », « Attentat »,  « Métaphysique des tubes », « Autobiographie de la faim », « Ni d’Eve ni d’adam ».  A l’évidence, ces dernières années, pour des  raisons que je ne m’explique pas ou que je soupçonne d’être de  « mauvaises » raisons (manque de discernement, lâcheté de l’éditeur, besoin d’argent pour payer les impôts d’une année l’autre) Amélie nous a servi quelques gros « nanars »: « Peplum », « Robert des noms propres », « Journal d’Hirondelle », « Acide sulfurique »,  entre autres.

Cette année encore,  comme chaque automne,  le Nothomb nouveau est apparu dans les librairies. C’est un cru moyen. Moins bâclé que le cru 2008, plein d’humour, assez attachant malgré la fin en queue de poisson. Il faudrait vraiment qu’Amélie Nothomb apprenne à terminer un roman de façon cohérente.

Pour « Le voyage d’hiver », la romancière a privilégié comme bien souvent, une trame romanesque à la limite de l’abracadabrantesque, avec des personnages portant des prénoms improbables. C’est sa marque de fabrique et cela explique son succès; chaque année, on se demande « Qu’est-ce-qu’elle a bien pu encore inventer? ».  Cette fois ci, elle nous raconte l’histoire de Zoïle, employé à l’EDF comme agent chargé d’ aider les « défavorisés » à trouver des solutions pour améliorer leur habitat de façon à consommer le moins d’énergie possible; un jour,  il rend visite à Alénior et Astrolabe (sic) deux jeunes femmes vivant dans un petit logement sans confort qu’elles ne chauffent pas par économie.  Astrolabe, « la belle », consacre 100% de son temps à assister Aliénor « la laide », dans sa vie quotidienne; Aliénor est en effet une autiste dont la seule qualité est de pondre des romans d’un talent fou; cette créature monstrueuse qui ne s’exprime que par borborygmes et baffre toute nourriture lui tombant sous la main est tout à fait répugnante, tandis que sa protectrice et secrétaire Astrolabe est intelligente, charmante, d’une beauté supérieure et d’un dévouement hors du commun.  Zoïle tombe fou amoureux, inutile de préciser de laquelle de ces deux créatures; il va s’apercevoir qu’il lui sera impossible de ravir complètement sa belle à « la neuneu » dont il vient à souhaiter en vain la disparition. Bien qu’amoureuse, Astrolabe n’abandonnera jamais la cinglée dont elle admire le talent d’écrivain plus que tout.  Révolté de voir le destin lui refuser l’accomplissement de son voeu le plus cher- vivre son amour en toute liberté- Zoïle décide de se saborder en accomplissant un acte de terrorisme kamikaze. Résumé ainsi, cela paraît ridicule et pourtant Nothomb parvient à ficeler un roman enlevé, très drôle et rempli du genre d’aphorismes et de bons mots qu’elle affectionne. Florilège:

« J’avoue ma sidération face à ces gens innombrables qui,  s’il faut les en croire, souffrent du peu de sens de leur existence. Ils m’évoquent ces élégantes qui s’écrient, devant une garde- robe fabuleuse, qu’elles n’ont rien à se mettre. Le simple fait de vivre a un sens. »
« On ne détourne pas un avion pour le plaisir, mais pour occuper la Une. Supprimez les médias et tous les terroristes se retrouveront au chômage. »

« J’ignore ce qu’est la réussite d’une histoire d’amour,  mais je sais ceci: il n’y a pas d’ échec amoureux. Eprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi on veut davantage. »

« L’hiver et l’amour ont ceci de commun qu’ils inspirent le désir d’être réconforté d’une telle épreuve; la coïncidence de ces deux saisons exclut le réconfort. Soulager le froid par la chaleur écoeure l’amour d’une impression d’obscénité, soulager la passion en ouvrant la fenêtre sur l’air vif envoie au tombeau en un temps record. »

« Ce que l’on nomme bad trip consiste à voir clair. Mon premier bad trip, c’était dans le métro. Soudain j’ai vu la laideur qui m’entourait. Or je ne l’avais pas inventée, elle était là auparavant. »

 

Lire « Le voyage d’hiver » c’est un peu comme déguster un Rocher Suchard: moins bon qu’une boîte de chocolats mitonnés par un Maître meilleur ouvrier de France, mais bien agréable à consommer.

des nouvelles de michel houellebecq

Grâce au Magazine des livres, les « amis » de Michel Houellebecq ont quelques bribes  de pensée houellebecquienne à se mettre sous les yeux, l’écrivain ayant accepté de répondre à quelques questions. L’article n’est pas lisible en ligne, aussi je mets ici les passages qui m’ont paru les plus intéressants.

« En tant que lecteur, les livres ont-ils un impact sur vous?

De tous les livres importants de ma vie, « Les pensées » de Pascal est peut-être le seul que je n’ai pas compris immédiatement- alors que par exemple, je me suis tout de suite senti proche de Schopenhauer- et mes lectures ultérieures n’ont été que des approfondissements. Mais peut-être ai-je lu Pascal un peu jeune. Sans doute aussi les Pensées de Pascal sont-elles un livre particulier parce que mal fichu, inachevé. J’ai l’impression d’un piège caché, sans qu’on sache qui est piégé au bout du compte, du lecteur ou de l’auteur. J’ai relu ce livre de nombreuses fois. à chaque lecture, le christianisme apparaît comme une entreprise un peu plus désespérée. Ce n’était pas le but poursuivi par Pascal.

Vous dites qu’il y a des choses intéressantes dans le christianisme. A quoi pensez-vous en particulier?

Le culte des saints est intéressant. Il fournit des images semi-humaines, semi-divines. On n’est pas confronté à l’idée d’un Dieu créateur, qui est immédiatement absurde. Les saints, personnages héroïques, permettent de noyer le poisson. Je pense qu’une religion peut se maintenir en étant un peu floue, en détournant l’attention des questions immédiatement désespérantes telles que l’origine de l’univers, de l’homme.

Le mot « mystère » revient régulièrement dans le christianisme.

Parler de mystères est également dangereux.  Je me souviens d’une phrase fréquemment employée dans les messes auxquelles j’assistais plus jeune: « Il est grand le mystère de la foi ». Il aurait mieux valu ne rien dire en effet, c’est un mystère beaucoup trop grand pour que ce ne soit pas une imposture pure et simple.  En revanche, le fait de multiplier les entités peut provoquer une légère déroute de la raison,  ce qui permet à pas mal de gens de croire vaguement en quelque chose: un principe d’harmonie, ou un futur optimiste.

On dit de vous que vous êtes un professeur de désespoir. Ne serait-ce pas plutôt de la clairvoyance?

« Désespoir » a une connotation un peu trop négative. « Absence d’espoir » est plus neutre. On peut vivre sans espoir particulier. La notion d’espoir- croire que les choses vont aller mieux- est une idée assez récente, relativement absente de l’univers classique. « Le bonheur est une idée neuve en Europe », d’accord; mais est-ce une bonne idée? L’idée normale est que le monde est comme il est et qu’il doit continuer à être pareil,  ni pire ni meilleur.  L’idée d’espoir est contestable, ou du moins pas très justifiée. Je n’ai jamais eu, à proprement parler, cette idée d’un progrès,  d’un avenir meilleur.

….

Croyez-vous au destin?

Ce n’est pas un thème auquel je crois beaucoup généralement, mais ma propre histoire serait effectivement facilement interprétable en forme de destin. Un homme de l’antiquité se dirait « tel est mon destin » sans se poser de questions.  Si l’on se met à penser comme ça, tout se tient. Mais le destin est une idée que plus personne ne peut vraiment accepter. Pour autant,  elle reste convaincante dès qu’elle est exposée.

Sauf si l’on accepte l’idée que Dieu tire les ficelles des destins des hommes.

Mais ce n’est pas l’idée que l’on a de Dieu.  L’idée que l’on s’en fait est celle de quelqu’un qui a globalement de bonnes intentions. L’idée de dieu héraclitéenne, c’est à dire que les dieux font joujou avec nous et regardent en s’amusant nos convulsions de souffrance, est très crédible mais pas très à la mode.  A l’heure actuelle, il me semble que personne ne croit cela. Soit les gens sont profondément athées, soit ils croient en un Dieu globalement bienveillant, contrairement aux apparences. Mais c’est intéressant de penser qu’il y a des êtres humains et intelligents qui ont réellement vu le monde comme ça, sérieusement, qui ont vu des entités puissantes qui s’amusaient de leur malheur.

…..

Pourriez-vous arrêter d’écrire?

Je pense que oui. Mon énergie diminuera forcément. Il est aussi possible que je n’écrive pas la même chose. Ce que j’écris demande de l’énergie.

Etes-vous en phase de création, de réflexion?

Ni l’un ni l’autre. Je ne fais remarquablement rien. Pour présenter ça de manière positive, disons que je suis en phase de lecture.

Peut-être vaudrait-il mieux travailler tout le temps. Le seul inconvénient lorsqu’on écrit tout le temps, c’est qu’il y a plus à jeter.  Alors que si l’on attend suffisamment longtemps, il est rare que l’on produise des trucs mauvais. »

 

Si vous souhaitez lire d’autres réflexions de l’écrivain sur ses rapports avec la presse,  sa conception de la construction d’un roman,  son regard sur ses romans, achetez le Magazine des livres. Dans ce numéro,  il y a aussi des entretiens avec Alain Fleischer, Hubert Haddad, Sylvie Germain, Emmanuel Pierrat et Hadrien Laroche, un dossier sur Beigbeder, et les « bonnes feuilles » de plusieurs romans. Cette revue est plus dynamique que LIRE qui a tendance à ronronner.

questionnaire (2)

Je n’avais pas trop envie de répondre au questionnaire envoyé par Valentina, sur une initiative de Daniel Fattore, car je ne veux pas tomber dans la facilité, ce blog est très sérieux, que diable Mecontent, mais 24hcolo a joué le jeu, aussi je m’y colle à mon tour.

1. A quel livre dois-tu ton premier souvenir de lecture?

L’oeuvre complète de La comtesse de Ségur. Ca m’est arrivé de relire les meilleurs: « Les deux nigauds », notamment, un pur chef d’oeuvre.

2. Quel est le chef-d’œuvre “officiel” qui te gonfle ?

« Ulysse » de Joyce. Un pensum.  A se demander si ce n’et pas UNIQUEMENT par snobisme que certains affirment l’avoir lu sans sauter une page.

  3. Quel classique absolu n’as-tu jamais lu?

« Si c’est un homme » de Primo Levi.

4. Quel est le livre, unanimement jugé mauvais, que tu as “honte” d’aimer ?

« Rendez-vous » de Christine Angot.

5. Quel est le livre que tu as le sentiment d’être la seule à aimer ?

Les petites annonces de Catherine Rihoit.  J’ai beaucoup aimé cet auteur, dans les années 70/80. Je n’avais jamais lu « les petites annonces ».  Je l’ai acheté sur chapitre.com, car il est épuisé depuis longtemps. Dommage, c’est son meilleur roman.

6. Quel livre aimerais-tu faire découvrir au monde entier ?

Aucun. Les grands livres s’imposent d’eux-mêmes. Ils n’ont pas besoin de moi.

7. Quel livre ferais-tu lire à ton pire ennemi pour le torturer ?

« La consolante » d’Anna Gavalda. Certains passages m’exaspéraient tellement par leur niaiserie, que je m’énervais toute seule.

8.Quel livre pourrais-tu lire et relire ?

Je relis tous les deux ans environ,  depuis 20 ans, « Belle du seigneur » (Koala, museau!)

Je relis aussi de temps en temps,  « La femme rompue » de Simone de Beauvoir, « Extension du domaine de la lutte » de Houellebecq, « L’ivresse de la métamorphose » de Zweig,  ces romans me touchant profondément pour des raisons personnelles.


9. Quel livre faut-il lire pour y découvrir un aspect essentiel de ta personnalité ?

« Claudine à Paris » de Colette. Parce que la personnalité de l’héroïne est à la fois très gaie et très mélancolique.

10. Quel livre t’a fait verser tes plus grosses larmes ?

Le passage de « La recherche » où Proust relate la mort de sa grand-mère.

11. Quel livre t’a procuré ta plus forte émotion érotique?

« Plateforme » de Houellebecq. C’est un des rares auteurs à décrire la sexualité avec une authenticité stupéfiante.

12. Quel livre emporterais-tu sur une île déserte ?

La bible. Je ne suis pas pratiquante et pourtant c’est le seul livre qui me serait secourable si je me retrouvais seule, isolée du monde et de mes semblables.

13. De quel livre attends-tu la parution avec la plus grande impatience ?

Le prochain Houellebecq. Mais je crains qu’il n’y en ait pas.

14. Quel est selon toi le film adapté d’un livre le plus réussi ? 

« Orange mécanique » de Stanley Kubrick (adapté de « L’orange mécanique » d’ Anthony Burgess).

 

 

l’atelier d’écriture, roman (chepdeville)

En flânant dans les rayons d »une de mes librairies préférées,  j’ai trouvé une perle. Pas un chef d’oeuvre, pas le livre qui va révolutionner l’histoire du roman français, mais un bouquin très bien ficelé et souvent très drôle, sur un sujet qui ne manquera pas d’intéresser ceux parmi mes chers lecteurs qui se torturent les méninges pour savoir quoi écrire, comment l’écrire, et toutes autres questions agitant ceux que Wrath appelle les  « wannabes »:

« L’atelier d’écriture » publié au Dilettante par Chepdeville.

Dans ce roman,  le narrateur qui s’appelle Chepdeville (comme l’auteur),  est un écrivain raté:  il a publié un polar qui n’a pas marché,  et pendant les quinze ans qui ont suivi, plus rien. On ne saura jamais exactement ce qui s’est passé pour que cet écrivain ne publie plus un seul livre après cette première incursion dans le monde éditorial: peur de l’échec,  manque d’inspiration, dépression? On sait juste qu’il survit en touchant le RMI et en accumulant les stages proposés par l’ANPE. Alors qu’il rêvasse dans son modeste appartement, un représentant du Conseil général l’appelle pour solliciter ses compétences afin d’animer un atelier d’écriture dans un collège voisin. Malgré sa répugnance à retrouver un semblant de légitimité en se voyant confier cette mission, Chepdeville accepte. Et le voilà embarqué dans diverses aventures car d’autres propositions d’animation d’atelier d’écriture suivront,  qui le mèneront dans des établissements où chaque fois,  il se transformera en éducateur, en pion, en confident, en témoin à la fois amusé et exaspéré du mal de vivre des uns, de l’inculture navrante des autres. Il aura même la surprise d’être le bourreau des coeurs (ou des corps plutôt) de ces dames. Au passage,  il retrouvera un amour de jeunesse: la maman de Babacar, un de ses élèves les plus patibulaires.

Chepdeville a un évident talent de conteur; on tourne les pages sans s’ennuyer une seconde, on rit beaucoup, son livre est un bonheur de lecture. Il livre aussi quelques réflexions pertinentes (et parfois désespérantes) sur ce qu’est devenu « le monde de l’édition ».

Extraits:

« Ah ouais! Alors tu t’inspires de nous pour nous mettre dans tes bouquins? On te sert de cobayes, quoi! s’exclama Sophie.

 Qu’est-ce qu’elle racontait, l’infirmière, elle se prenait pour Sophia Loren ou quoi? Et puis ils allaient m’emmerder longtemps avec leurs questions à la noix? Ils n’étaient pas venus pour écrire des nouvelles policières?

-Non, ce n’est pas systématique. C’est vrai que certaines personnalités dans la vie peuvent m’inspirer,  mais c’est tout aussi valable dans la rue ou dans mon quotidien. J’utilise tout ce que je vois et entends,  je suis une véritable éponge,  comme Bob.

-Et tu t’inspires des faits divers dans les journaux? lança Véro.

  C’était bien une question de future douanière, ça. Dommage, elle était mignonne.

-Non, je ne pompe jamais dans les journaux. J’ai la chance d’avoir un bon imaginaire. Mes idées d’histoires se bousculent suffisamment dans ma tête pour que je n’aie pas besoin d’aller chercher ailleurs dans la réalité.

Le menteur, l’immonde menteur, j’avais un imaginaire en peau de zob, j’avais toujours ramé comme un malade pour trouver ne serait-ce qu’un début d’embryon d’histoire. Mais qu’est-ce que c’était que ce boulot où l’on était payé pour raconter des conneries. C’était là tout le problème d’auteur, cette envie irrépressible d’écrire, de raconter, mais je n’avais rien à raconter. La seule chose que la nature avait daigné me filer, c’était le style. Mais qu’est-ce que je faisais avec ce truc, si le reste ne suivait pas? Tout le monde ne s’appelait pas Nabokov. »

… »Je pense que ceux qui écrivent sur le sujet (l’édition), ne lisent pas. Ce sont des journalistes, des comptables, des statisticiens. Ils devraient moins en parler et lire plus, lire mieux, découvrir, au lieu de s’obliger à bouffer du formaté pour pouvoir argumenter leur papier. C’est un jeu de dupes. Le paradoxe dans ce milieu, c’est que ce sont les gens qui fabriquent les livres qui lisent le moins. Les auteurs eux mêmes, pour la grande majorité, ne lisent pas. Ils ne s’intéressent qu’à leurs livres, et ils s’étonnent toujours que les autres écrivains ne s’intéressent pas à leur travail. Ce sont souvent des gens prétentieux et nombrilistes, pas autant que les théatreux, ça c’est impossible, mais ils en tiennent tout de même une sacrée couche. S’ils s’intéressaient un peu plus aux autres, au lieu de se  palucher uniquement sur leur prose, peut-être qu’on ferait un peu plus de cas de leurs écrits.  Mais tout ça,  c’est un faux problème. Le livre est avant tout une industrie, à l’instar du cinéma, une histoire de marchands de papier. »

Bon courage pour écrire après ça! Merci,  Monsieur Chepdeville;)

filles/garçons du troisième millénaire

Quand j’observe ma fille aînée et ses amis, je constate qu’il y a (en gros) trois catégories chez les « djeunes » qui accèdent à un niveau d’études supérieures:

1.les prudents: parce qu’ils n’ont pas été poussés par leurs parents ou parce que leur niveau au sortir du cursus scolaire était passable, ils font des choix raisonnables et ambitionnent d’être fonctionnaires après des études d’AES ou en tentant les concours des IUFM. Ceux qui n’ont pas eu un bac général optent pour des BTS de vente, d’informatique ou de tourisme, des formations artisanales ou médico-sociales. Souvent, ils se mettent en couple très vite, et suivent le même schéma que leurs parents en donnant la priorité à l’équilibre  entre vie privée et vie sociale

2.les hédonistes ( la plupart favorisés économiquement parce qu’entièrement assistés par leurs parents) qui multiplient les relations sentimentalo-sexuelles, font beaucoup la fête et vivent au jour le jour, menant leurs études en dilettante. Beaucoup finissent par trouver un travail agréable grâce à leurs parents. Les plus chanceux deviennent artistes, d’autres bossent dans l’entreprise familiale, d’autres encore trouveront une planque par relation.

3.les ambitieux prévoyants (ils étaient déjà les meilleurs au lycée), le plus souvent issus d’un milieu favorisé, qui travaillent énormément, et bien souvent, repoussent un attachement sentimental sérieux pour le jour où ils seront stabilisés dans une case professionnelle. C’est dans les ambitieux prévoyants qu’on trouve ceux qui grimperont le plus haut ( ils font droit jusqu’au niveau DESS, Sciences po, médecine ou de prestigieuses écoles d’ingénieur ou de commerce, le nec plus ultra étant de compléter son cursus par un an d’études aux USA).

Il y a bien sûr des catégories hybrides ou marginales: les roots qui font arts plastiques à la fac, ou architecture pour les plus doués, les toxicos qui ont tellement fumé de joints dès l’âge de 14 ans qu’ils ne parviennent pas  à suivre aucune étude sérieuse et s’insèrent tant bien que mal dans des petits boulots, ceux qui plus fragiles ont déjà quitté la route (je connais hélas deux cas proches de jeunes ayant basculé dans la maladie psychiatrique avant d’avoir atteint leur majorité).

Ces catégories se mélangent très peu, selon la règle du « qui se ressemble s’assemble », alors qu’au collège les clivages étaient moins marqués. Ma fille avait à l’époque des amis très différents les uns des autres.

Une chose est certaine, c’est que les portes sont de plus en plus étroites, la compétition de plus en plus dure, et que les garçons et les filles sont beaucoup plus en rivalité qu’il y a vingt ans. On en arrive même à des situations un peu ennuyeuses, comme de constater que 80% des élèves de l’Ecole de la Magistrature sont de sexe féminin.

J’ai lu récemment dans l’EXPRESS un article sur les difficultés sociales et sentimentales des jeunes japonais. Je vous en cite quelques extraits qui donnent à réfléchir. On voit se profiler un monde qui fait un peu froid dans le dos. J’espère qu’en France, les « ambitieux » notamment auront moins de difficultés que les jeunes japonais décrits dans l’Express,  à construire une vie affective épanouissante.

« Les jeunes gens ont plus de difficultés que par le passé pour trouver leur compagnon ou leur compagne. Une journaliste, Toko Shirakawa, et une sociologue, Masahiro Yamada, ont publié l’an dernier un livre sur ce qu’elles appellent le konkatsu, « la course au mariage ». L’ouvrage est aujourd’hui best seller.  « Jusque dans les années 1970, explique Toko Shirakawa, la plupart des mariages étaient arrangés par les familles. Puis les entreprises ont pris le relais. C’était, bien souvent, les chefs de service qui se chargeaient de trouver les épouses de leurs subordonnés. Elles étaient généralement choisies parmi les employées de la société, dont certaines avaient été embauchées dans cette perspective. La crise économique du milieu des années 90 a mis fin à ce système. Depuis les hommes et les femmes sont livrés à eux mêmes, et ils ont du mal à s’en sortir. Les jeunes femmes attendent le dernier moment. Lorsqu’elles se rendent compte qu’il ne leur reste plus beaucoup de temps si elles veulent enfanter, elles se mettent en chasse d’un mari ».

« Toute menue dans sa robe d’été, Atsuko, à 31 ans, vit seule à Tokyo où elle est secrétaire de direction. « Avant, j’avais des petits amis pour le plaisir, je ne pensais pas au mariage. Mais maintenant que j’ai passé la trentaine, il est temps.  » L’homme de ses rêves? »  Un partenaire qui aime la vie de famille mais travaille à plein temps et dispose d’un revenu stable. Dans l’idéal, il faudrait qu’il gagne 500 000 yens par mois (3750 euros) peut-être un peu moins s’il est fonctionnaire. Atsuko reconnaît qu’elle est exigeante, surtout si l’on sait que le salaire moyen d’un jeune diplômé ne dépasse pas 1700 euros, et celui d’un cadre d’une grande entreprise, 2800 euros. Pour trouver l’oiseau rare, la jeune femme comptait un peu, au début, sur les Gokon, des soirées organisées entre amis pour favoriser les rencontres. Mais elle s’est vite rendu compte que les garçons qui les fréquentaient n’avaient aucune envie de convoler…Les garçons sont moins pressés. Les responsabilités les effraient,  ils se sentent libres et n’ont pas envie de changer de vie. »

On voit effectivement une catégorie nouvelle de jeunes hommes émerger, « les herbivores »: « C’est une journaliste,  Maki Fukasawa, qui a inventé le terme il y a trois ans déjà: nombre de jeunes hommes seraient des « soushoku danshi », littéralement des « mangeurs d’herbe ». Ces célibataires d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années,  n’ont que peu d’appétit sexuel. Ils refusent le modèle japonais du mâle dominateur, n’aiment pas la compétition, font rarement le premier pas avec les femmes, répugnent à s’engager. Journaux et émissions de télévision se sont emparés du phénomène, plusieurs ouvrages lui ont été consacrés. Beaucoup voient dans ce mouvement un contre coup de la crise des années 90. Certains évoquent la loi sur l’égalité des sexes de 1985, le comportement « carnivore » des femmes ou encore des problèmes relationnels liés à la vogue des jeux vidéo. »

Pour conclure, l’article de l’Express nous cite un livre qui vient de paraître à Tokyo: « Pourquoi il est plus facile d’élever des enfants en France ».  Son auteur, Masuo Yokota, est un journaliste qui a passé quelques années à Paris. Le taux de fécondité des françaises, 2,02, l’un des plus élevés d’Europe, fascine les japonais.

Mais cette situation jugée idyllique par les japonais est-elle si rose que cela, et surtout va t-elle durer?

Aparté: clin d’oeil à gaël brunet

Un petit post rapide dédicacé à Gaël Brunet. J’avais beaucoup aimé son texte « Cahin Chaos » mis en ligne dans les m@nuscrits du blog des ELS. J’ai appris avec plaisir que la Revue des ressources publiait en juin une de ses nouvelles.

Aujourd’hui il annonce sa participation à la revue « Décapage » du mois d’octobre. J’en suis ravie pour lui.

Quand la revue « Décapage » sortira en librairie, je ferai un post à ce sujet.

non ma fille, tu n’iras pas danser

Je me suis laissée convaincre par une de mes filles d’aller au cinéma voir « Non ma fille, tu n’iras pas danser« , le nouveau long métrage de Christophe Honoré .  Je n’avais été pas été emballée par « Chansons d’amour » et avais carrément détesté « La belle personne », aussi ce film dont le scénario est co-signé par la romancière Geneviève Brisach  a été une heureuse surprise. Pour la première fois depuis un bon moment,  j’ai pu rester assise dans une salle de cinéma sans regarder ma montre toutes les dix minutes.

 

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Ce film raconte une histoire simple, s’attachant à livrer la chronique d’un moment dans la vie de Léna (jouée par Chiara Mastroianni, belle et bouleversante dans ce film), et de ses proches. Léna vient de divorcer, et de plaquer son boulot de médecin dans la foulée; elle  tente de passer quelques jours de vacances en famille avec ses deux jeunes enfants; le problème est que la  famille en question n’est pas de tout repos: une mère autoritaire, préférant Frédérique la cadette,  tout en ne voulant pas lâcher son emprise sur Léna, un père bougon et vieux jeu,  efficace matériellement mais maladroit avec ses enfants, en retrait de sa femme qui a pris le pouvoir au sein de son clan , une soeur partagée entre tendresse et rivalité, et enfin le frère « à l’ouest » et gentiment cynique, qui tente d’imposer sa copine baba-cool dans une famille qui préfère rester entre soi à se déchirer avec masochisme. Il faut voir les deux soeurs fumer clope sur clope (la soeur jouée par Marina Foïs est enceinte jusqu’au cou), être complices cinq minutes avant de se disputer comme des gamines; la scène où elles rejettent avec mépris l’annonce de leur frère de son désir de se marier est à la fois comique et atroce.

Léna et Frédérique  réclament de l’amour, trop d’amour,  et cherchent à se satisfaire d’un quotidien forcément décevant, tout en manifestant une volonté désespérée d’échapper aux leçons de morale et à la possessivité des uns et des autres: on rit souvent, mais on a souvent aussi le coeur serré, parce que ça remue forcément nos propres névroses familiales.

Le film gai et loufoque dans sa première partie devient vite assez dramatique. Léna déprime et  entraîne ses enfants dans une vie trop pénible à supporter psychologiquement. Difficile de rester de marbre devant la scène où l’héroïne et son ex-mari se disputent avec rage et cruauté , sous le regard pétrifié des deux enfants. Têtue et idéaliste, encore nostalgique de l’amour qu’elle a vécu avec le père de ses enfants, elle refuse le bonheur et l’apaisement que lui apporterait l’amour charnel et tendre que lui propose son jeune soupirant, interprété par Louis Garrel.

Le film évoque le cinéma de Desplechin, mais un Desplechin qui n’aurait pas oublié d’être affectueux et bienveillant avec des personnages  ambivalents, ces êtres ordinaires et touchants qui se débattent dans une réalité trop petite pour leurs espoirs de bonheur. On pense aussi parfois à Ingmar Bergman , qui savait montrer avec esthétisme et intelligence, tout ce qu’il y a de capricieux et d’imprévisible chez les femmes, cette part insaisissable qui rend fous les hommes qui croient les posséder en les enfermant ou en les infantilisant.

 

 

solo ma non troppo (ter)

Gaël Brunet m’a autorisé à copier ici la critique qu’il m’a envoyée de « Solo ma non troppo ». Comme elle est très positive, pour faire bonne mesure,  je copie aussi dans le même post la critique bienveillante mais plus sévère de 24hcolo.

C’est particulièrement intéressant d’avoir des retours de lecture d’amis blogueurs et je remercie au passage Cassiopée et Yola qui ont elles aussi pris la peine de me lire. Message perso à Koala: j’attends toujours le verdict définitif;)

Critique de Gaël:

« Votre texte transpire la vérité et la sensibilité. Je ne vous cache pas que j’ai pris un réel plaisir à découvrir ce personnage, La narratrice est touchante, pleine de charme. Il y a en elle quelque chose de subtilement fragile. Je me suis bien volontiers intéressé à l’écheveau de toutes ses pensées intimes débordantes de féminité, pétrie de doutes et assaillie de la crainte de passer à côté de sa vie, de devoir sans cesse envier celle des autres et revoir à la baisse ses ambitions de jeune fille, de n’être au mieux que « cette fille bien » mais cernée de solitude.

Les passages introspectifs (dont je suis assez friand sont bien amenés). Je crois me souvenir de vous avoir conseillé un jour d’améliorer le style, faire plus simple. Après lecture, je retire le conseil car, au final, votre texte se lit bien. Très bien même. L’écriture est fluide et agréable. On se laisse prendre au jeu des sentiments et pensées de cette femme. On la suit volontiers dans ses rêves, dans cette quête constante de l’Amour. On comprend ses peurs. On partage ses souffrances. Antoine…Tout au long du récit, vous décrivez admirablement ce besoin viscéral qu’a la narratrice d’être aimée, être attendue le soir et se presser de quitter le Ministère pour retrouver des bras rassurants. Constater qu’elle est enfin entrée dans « une case » comme tant d’autres.

Il y a de très bons passages. J’ai particulièrement apprécié celui du second mariage de sa mère qui est très bien amené ainsi que celui de sa rencontre avec la famille de Philippe. Le scellement de la rencontre entre les deux femmes autour du portrait en peinture est une très belle image.
Je note aussi que l’une des forces de votre texte est la constance dans l’écriture. L’ensemble se tient rigoureusement. La structure est parfaitement équilibrée. Il n’y a pas de « baisse de régime » ou d’essoufflement. Des respirations existent évidemment comme lorsque la narratrice évoque certains souvenirs ou anecdotes mais celles-ci arrivent toujours à bon escient et sans jamais desservir le rythme du texte. J’insiste sur ce point car il me semble que les éditeurs relèvent souvent cette problématique de l’essoufflement et du déséquilibre du texte dans la plupart des manuscrits qu’ils reçoivent. La plupart des « manuscrivants » ne tiennent malheureusement pas la distance !

Un tout petit conseil (mais ce n’est que mon avis) : je verrais bien une fin davantage peaufinée. Je me suis repris à deux fois pour vérifier s’il s’agissait bien de la fin du texte. J’avoue, à la dernière page, être resté un peu sur ma faim ou bien était-ce le souhait de ne pas quitter cette histoire ?  Alors, Antoine ? Philippe? l’Amour ou la Raison ?….A chacun de voir… »

 

Critique de 24hcolo:

« Bon, Marie, comme promis, je vous livre ici ma petite contribution à Solo, un résumé de tout ce que je vous ai déjà écrit par mail. Ce genre d’histoire n’est effectivement pas ma tasse de thé, mais je l’ai lue jusqu’au bout (c’est déjà pas si mal).
“Solo…”, ou l’histoire des affres sentimentales de Claire qui cherche l’amour et se rabat sur une agence matrimoniale. A la fin du bouquin, je suis perplexe, n’ayant pas été charmé par cette héroïne, cette “loseuse” invétérée. Ni écoeuré d’ailleurs. Le tout se lit sans déplaisir, mais l”histoire manque un peu :
1) de hauts et de bas : les péripéties sont rares, convenues, parfois prévisibles (dont la fin d’ailleurs qui nous ramène au même point qu’au départ : à quoi a servi toute l’histoire ? Claire a-t-elle évolué ?). Pour une histoire sentimentale, je trouve que l’héroïne n’est pas assez torturée. Son premier orgasme est vite expédié, dommage.
2) d’émotions et de rythme : la faute à des descriptions trop descriptives (peu importe la marque du vin ou des clopes !!!), peu de pensées intimes (”faites penser” vos personnages !), des dialogues plats qui ne “boostent” pas l’histoire. Pensez à “couper” de temps en temps, à faire des phrases courtes sans groupe verbal, etc. (Tous ces temps du passé, imparfait, plus-que-parfait…, sont très “lourds” à lire, à force) pour “accélérer” ou “freiner” la narration.
3) De scènes originales : Il y a beaucoup de répétitions de situations trop classiques (en particulier les éternels restos suivis de la baise au lit !), on en confond les personnages masculins et on a l’impression que vous cherchez surtout à “caser” quelques personnages de l’époque, livres édités, chanteurs populaires, bref vos connaissances contemporaines… Demandez-vous si cela fait avancer l’histoire ou pas…
Bref, le gros des ingrédients est là, mais il manque les épices, le piment, le miel,… Au final je n’ai pas eu de vraie empathie avec ces personnages… Mais il est vrai que ce genre d’histoire n’est pas ma tasse de thé…
Bon courage pour la suite ! « 

Marc Lévy en vitrine, la littérature qu’on assassine?

Marc Lévy en vitrine, la littérature qu'on assassine? marc-levy-10550

Récemment, je me suis retrouvée à errer dans le terminal 2 de Roissy. J’étais arrivée en avance, il fallait tuer le temps en essayant de trouver quelque chose d’intéressant à voir. Sinistre,  Roissy, comme 99% des aéroports de la planète, j’imagine. A l’étage, on trouve comme dans les halls de gare, une boutique fourre-tout où on peut acheter magazines, livres et cadeaux souvenirs. Et bien figurez-vous que cette boutique a consacré dans sa vitrine une étagère entière à Marc Lévy. L’étagère qui lui faisait pendant était dédiée pour moitié seulement à Michael Jackson.

Je n’ai pu m’empêcher d’avoir un sentiment d’admiration pour Marc Lévy. Devenir une sorte de rockstar en vendant des bouquins à l’eau de rose, voilà qui relève de la performance. Si Marc Lévy avait été moins beau, moins charmeur, serait-il devenu aussi célèbre, aurait-il vendu autant de livres? Et ses livres sont-ils aussi mauvais qu’on le dit, n’est-il pas victime d’une cabale montée par les envieux, les frustrés qui ne seront jamais classés dans le top ten des ventes de la Fnac?  Difficile de répondre avec certitude à ces questions.

Pourtant, les espèces d’intellos dans mon genre qui se piquent d’aimer la vraie littérature se demandent immanquablement si on n’assassine pas la littérature en mettant en avant dans une vitrine un auteur qui fait tout sauf de la littérature. L’argument souvent renvoyé à ceux que le succès de gens comme Musso et Lévy chagrine est le suivant: ils permettent aux éditeurs de publier d’autres auteurs, ils font survivre les maisons d’éditions. Quand on voit qu’Anne Carrière est en difficulté financière depuis que Paulo Coehlo l’a lâchée pour Flammarion (alors qu’elle l’a fait connaître en France, les écrivains sont vraiment de vieux enfants ingrats), on se dit qu’il y sans doute du vrai dans cette assertion:L’ancien éditeur de Paulo Coelho au bord de la faillite – Les éditions Anne Carrière en redressement judiciaire

l’air et la chanson

Longtemps,  je n’ai pas vraiment prêté attention aux paroles des chansons. Bien sûr, quand j’écoutais du Barbara, du Ferré,  pour ne citer qu’eux,  j’écoutais et savourais ce qu’on peut appeler au sens propre de la poésie. Mais dès que la musique swinguait, je me laissais bien souvent porter par  la mélodie et j’entendais les paroles sans les écouter attentivement.

Récemment,  je me suis mise à réécouter beaucoup de vieux albums, et me suis dit (peut-être à tort, je n’ai pas le corps de la littérature en moi comme ceux de la zôôône), qu’il y a de littérature (et de la bonne,  pas du gloubi boulga), dans certains  textes. J’irais  même jusqu’à dire, comme Fabrice Luchini,  « C’est énorme » tout ce qu’une chanson peut condenser comme réflexions sur ce que nous sommes et vivons, petits hommes perdus dans un monde souvent incompréhensible.

Je recopie un texte « pas dégueu » comme aurait dit Gainsbourg, et pour tenter de démontrer qu’une bonne chanson peut se lire, et montrer sa force, même sans la musique,  je supprime les séparations entre les couplets:

« Les aventures extraordinaires d’un billet de banque » de Bernard Lavilliers….Quand il n’était pas encore ramolli par le succès;)

« J’ ai débuté ma carrière, dans un hold-up audacieux, y avait d’la cervelle par terre, les flics étaient très nerveux; continué dans un boxon, dans le slip d’une souris, puis passé dans le ceinturon d’un marchand de paradis, qui s’fit désinguer plus tard, mais ça c’est une autre histoire; c’était un tueur à gages qu’arrondissait ses fins de mois, c’est pas qu’ dans ce boulot là on soit souvent au chomage, surtout que par les temps qui courent,  la liberté et l’amour travaillent pour la République, comité d’action civique.

Je me suis multiplié chez un type assez bizarre qui travaillait tard le soir, à la plume et au pochoir; voyagé dans des mallettes, dans des fourgons, des tablettes, dans des jeans et de la soie, en Jaguar et en Matra. J’suis même passé dans vos poches,  grippé par vos doigts crochus, très crochus; j’étais même au PSU,  au parti et à Minute, avant de faire la culbute dans les poches de Lavilliers, ouais,  mais ça n’a pas duré…J’ai dormi chez des prélats, entre deux doigts d’arnica, trois bons mots,  une caresse, au vicaire et sur les fesses.

Je suis le pouvoir d’achat,  je suis celui qui décomplexe, je suis le dernier réflexe, qu’on n’est pas prêt d’oublier: essayez d’ me supprimer dans un coin sur la planète,  y’ en a qui feraient une drôle de tête,  y’ en a même qui en sont morts,  Allende dans le décor. Je suis passé sous des tables, j’ai glissé sur des tapis, dans des poches confortables j’ai pris un peu de répit; dans les mains d’un mercenaire, puis dans la révolution, j’ai participé mon frère,  à des tas de combinaisons, si tu savais c’que je sais, dans quelles mains je suis passé, tu t’en ferais pas beaucoup pour ta p’tite éternité…

J’ai voulu me racheter, mais voilà, j’étais trop cher, depuis que les financiers mettent mes vertus aux enchères, depuis que les poètes maudits comptent leurs économies, j’suis une pute aux nerfs d’acier, je sais tout mais j’dirai rien, c’est peut-être préférable…pour l’idéal républicain…J’aimerais crever,  tu sais,  j’aimerais qu’on me foute  la paix. »

 

La version en musique:
YouTube – Bernard LAVILLIERS l’*histoire extraordinaire d’un

 

 

Lecture d’été: le bûcher des vanités

Un seul livre vraiment remarquable lu cet été: LE BUCHER DES VANITES de Tom Wolfe; j’imagine que parmi mes très lettrés habitués, nombreux ont déjà lu ce roman qui vingt ans après sa parution, est déjà un classique.

On a coutume de dire que ce roman est l’illustration de l’absurdité et de la fragilité de la réussite sociale. Effectivement, le personnage principal est Sherman McCoy,  un trader issu d’une famille de Wasps fortunés. Il  n’est pas foncièrement heureux, stressé par son job à Wall Street et par sa liaison avec une femme mariée,  mais il mène une vie plus que confortable:  sa femme est décoratrice pour des gens très friqués, ils élèvent une fillette adorable, et possèdent un appartement de 3 millions de dollars sur Park avenue, ainsi qu’une résidence secondaire à Long Island. Ce qui fait le plus vibrer Sherman, c’est  la certitude qu’en jonglant chaque jour avec les millions des autres sur le marché mondial des obligations, il est devenu un des « maîtres de l’univers »; la société financière Pierce & Pierce qui l’emploie est le paradis des financiers qui se grisent d’opérations juteuses, de coups réussis, grâce auxquels ils vivent comme des milliardaires dans ce New York où seuls quelques élus dominent une société bigarrée d’irlandais arrivistes, de juifs qu’on admire pour leur fortune mais qu’on méprise parce qu’ils ne font pas partie du gratin social protestant, de petits bourgeois survivant dans des appartements minables, de journalistes peu scrupuleux, prêts à toutes les bassesses pour satisfaire leur boss, de pauvres qui travaillent au service des élus. On sait aussi que le Bronx est là, tout proche, peuplé de « blacks » et de « latinos » presque tous délinquants. On le sait, mais on est sûr et certain, quand on fait partie des « happy few »,  de ne jamais avoir à côtoyer ces gens là.

Sherman McCoy voit sa vie basculer le jour où par mégarde, il met les pieds dans un monde qui n’est pas le sien.  Un soir où il est allé chercher sa maîtresse à l’aéroport de la Guardia, il rate la bonne sortie de l’autoroute. Le couple se perd dans le Bronx, tombe sur un piège, des pneus et des poubelles barrant la route. Deux jeunes noirs surgissent, Maria et Sherman terrorisés parviennent à s’enfuir mais heurtent au passage le plus jeune avec la mercédès décapotable. Ils ne savent pas si le gosse est blessé, mais  démarrent en trombe, car leur instinct est de  fuir ce cauchemar de quartier pourri, ces blacks menaçants. Bien évidemment le copain du blessé a eu le temps de repérer les premières lettres de la plaque d’immatriculation et Sherman fait bientôt connaissance avec les flics et les juges du Bronx et doit faire face à sa soudaine « célébrité » dans la presse new yorkaise.

Etonnant personnage que ce Sherman qui découvre qu’il doit se justifier pour la première fois de sa vie, faire face à sa responsabilité, affronter l’opprobre dans un climat de luttes raciales très tendues: dans les années 80, il aurait été encore impensable de porter un homme comme Barack Obama à la présidence.  McCoy est lâche, maladroit, parfois touchant. Il découvre, un peu tard, que la vie n’est pas une ligne droite et que presque tout le monde le lâche, y compris sa maîtresse: quand le bateau coule, les rats quittent le navire, c’est bien connu.

Ce qui est remarquable dans ce roman de 900 pages , c’est la description minutieuse et saisissante de scènes par lesquelles Tom Wolfe dresse un portrait époustouflant de cynisme et de réalisme de la société new yorkaise des années 80: un ennuyeux dîner mondain, une matinée au tribunal du Bronx, les diatribes d’un révérend noir peu soucieux de bonne foi pour mener son combat contre les capitalistes blancs et racistes, une garde à vue dantesque parmi des blacks et des latinos, la vie quotidienne à la fois routinière et ubuesque des traders qui passent leur temps à hurler au téléphone des ordres de rachat ou de vente, une scène de lynchage verbal par une meute de journalistes, un type qui meurt dans un restau hyper chic et se fait évacuer par la fenêtre des toilettes pour dames, afin que la vision indécente de son cadavre ne perturbe pas davantage la clientèle, une conversation d’une froideur insensée au cours de laquelle le « héros » apprend que sa femme ne l’aime plus et ne lui apportera aucun secours: autant de scènes jubilatoires, impitoyables de lucidité. On pense évidemment à Balzac, à Proust, à Albert Cohen car les écrivains qui ont du souffle pour tenir 900 pages en étant brillants de la première à la dernière ligne ne sont pas légions.

Un extrait:

Le lendemain matin, Sherman McCoy fit l’expérience de quelque chose d’entièrement nouveau pour lui depuis huit ans qu’il était chez Pierce &Pierce. Il était incapable de se concentrer. D’ordinaire, dès qu’il entrait dans la salle des obligations, et que les lueurs des panneaux vitrés le frappaient tandis qu’une légion d’hommes jeunes et affolés par le gain et l’ambition l’emportait dans son flux, tout le reste de son existence s’effaçait et le monde se réduisait enfin à ces petits symboles verts qui couraient sur les écrans d’ordinateurs. Même le matin le plus stupide de sa vie, le main où il s’était demandé si sa femme allait le quitter et lui prendre la chose la plus précieuse de sa vie, c’est à dire Campbell- même ce matin là, il était entré dans la salle des obligations et juste comme ça, l’existence humaine s’était réduite aux obligations françaises indexées sur l’or et les bons sur vingt ans des Etats Unis…


_C’est salement désolant de voir comme ça va vite quand ça s’effondre, dit-il à Killian._Et il ne voulait pas en dire tant, mais il ne pouvait pas s’en empêcher:_Tous ces liens, tous ces gens avec qui tu as été à l’école, les gens des mêmes clubs, les gens avec qui tu sortais dîner_c’est comme des fils, Tommy, des fils qui tissent ta vie, et quand les fils cassent…C’est fini!…C’est tout…Je suis si triste pour ma petite fille. Elle va porter mon deuil, elle portera le deuil de son père, du papa dont elle se souvient, sans savoir qu’il est déjà mort.

statistiques

Je pars dans quelques jours en vacances et je manque d’envie et d’inspiration pour faire une critique de livre ou de film. Depuis longtemps,  j’ai constaté que l’été, je me sens régresser à l’état d’esprit de l’écolier en grandes vacances: besoin de flemmarder et fuite devant la perspective de commencer quelque chose de sérieux.

Pour ce dernier post du mois de juillet, je préfère donc livrer les constatations amusées que j’ai pu faire en suivant les statistiques de mon blog. Voici le TOP 4 des articles les plus consultés depuis le début de POSTSCRIPTUM:

1. Irréversible

2. Le questionnaire de Valentina

3. Unplugged, premier roman d’Alex

4. Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

 

Faut pas s’étonner que les magazines qui se lisent le plus soient Paris match, Voici,  Elle et autres publications dites « de salle d’attente ». Parce qu’ Irréversible (le film) en no 1 sur ce blog sensé être à orientation littéraire,  c’est assez surprenant: dois-je en déduire que la violence, le sexe et le scandale liés à un film réputé irregardable sont plus attirants pour le lecteur moyen de Postscriptum dont j’imagine pourtant qu’il est cultivé, sensible, attiré par le beau et le bien, que les romans de Tanguy Viel et d’ Emmanuel Carrère? Je ne peux toutefois pas lui jeter la pierre à ce cher lecteur. Moi même, je suis plus souvent chez Wrath, pour découvrir les nouveaux ragots du monde de l’édition,  que chez Anne Sophie Demonchy ou Pierre Assouline qui font des critiques assez bien foutues et ne donnent pas dans la gaudriole.  La paresse intellectuelle, c’est terrible…Et le questionnaire de Valentina, en seconde  position,  est-ce-bien raisonnable? Un truc que j’ai fait en m’amusant mais qui ne plane pas bien haut, soyons francs.

Bonne surprise heureusement,  que la troisième position pour le roman d’Alex: elle a bénéficié du fait que cet article a été visible sur  blog des ELS, mais j’avais noté un net engouement pour cet article avant sa mise en ligne chez Léo scheer.

Que Dahlia ne soit pas inquiète ou contrariée, le billet concernant « Adore » arrive cette semaine en troisième position, devançant celui d’Alex, devançant aussi « Irréversible »qui se maintient dans le top 4.

Il va sans dire que je suis un rien déçue que le post sur « Le cercle littéraire… » ait été autant lu alors que ce n’est vraiment pas mon article préféré. Ca m’apprendra à parler d’un best-seller. A la rentrée,  je ne ferai que des billets sur des auteurs oubliés, et sur des chanteurs et des films des années 70 puisque c’est comme ça!

Solo ma non troppo (bis)

Comme prévu, j’ai supprimé au bout de deux semaines,  le billet où je mettais en ligne mon manuscrit « Solo ma non troppo ». Je fais ce post pour que les retardataires puissent, s’ils le souhaitent, déposer un commentaire.

Pour ceux qui n’auraient pas téléchargé le texte, je peux le leur envoyer par mail.

lise-marie et léo sont sur un blog: ma réponse à Marco

Pour comprendre ce billet,  il faut au préalable lire celui de Marc Séfaris en cliquant ici. Avertissement: si les guerres inter-blogs et les états d’âme des écrivains non publiés vous font bailler d’ennui, n’allez pas plus loin.

J’ai eu envie de répondre à Marco car,  comme lui, je fréquente assidûment les deux blogs concernés.  Je précise d’ailleurs que si je n’avais pas découvert le blog de Wrath,  je ne connaîtrais pas celui de Léo Scheer, ni ceux de Thomas Clément,  Marco,  Anne Sophie Demonchy, Pierre Assouline,  Stalker,  et tous les autres.  Je ne connaîtrais d’ailleurs pas grand chose à la blogosphère littéraire que je ne fréquente que depuis ce jour où j’ai tapé sur google « manuscrit refusé ».  Sans le savoir, ce jour là,  j’entrais dans la confrérie des wannabes. La différence entre nous deux: j’ai eu l’occasion de déposer des textes sur le blog des ELS, lui non. Enfin pas vraiment, car j’imagine que  » Aux portes du palais  » n’était pas destiné au départ à être un m@nuscrit.

Point no1: Wrath

Wrath est une peste qui écrit à « l’arrache » des billets polémiques contre les éditeurs et les écrivains corrompus,  sans vraiment réfléchir ni soigner sa prose, mais c’est une peste utile: exact. Sans elle,  je ne connaîtrais quasiment rien au monde hostile de l’édition et me sentirais seule, me demandant pourquoi mes manuscrits reviennent de chez les éditeurs avec un NON plus ou moins poli.  A  ce jour,  les plus « polies » ont été Martine Boutang de Grasset et Karina Hocine de Lattès mais ce serait trop long à expliquer, ceux qui me connaissent un peu comprendront.

Ce que je pourrais reprocher à Wrathy, c’est de s’acharner toujours sur les mêmes, par exemple sur Jaenada qui me plait bien dans le genre écrivain qui ne la ramène pas, qui sait très bien qu’ il est border ligne entre l’écrivain très reconnu et l’écrivain qui galère,  et qui a un humour assez génial et une intelligence très fine. Pourquoi ne pas taper autant sur des gens vraiment très énervants:  Amanda Sthers, Marion Ruggieri, Pascale Clark, Leslie Bedos, Sylvie Testud, Mazarine Pingeot,  toutes ces nanas qui n’auraient JAMAIS été publiées sans relation, enfin plutôt sans un nom bankable. On va me dire que je ne tape que sur les filles, mais le seul « fils de » que j’ai trouvé est Alexandre Jardin et il est moins mauvais que ces dames. A ce moment de mon billet, j’entends ce que vous pensez, chers lecteurs: elle se wrathise, la Marie, elle devient fielleuse et je répondrai: oui, c’est vrai, et qu’est-ce que ça fait du bien:-D

Point no 2: Léo Scheer
Comme le dit Marco, Leo Scheer s’est fait une place remarquée dans la blogosphère en étant le seul éditeur à tenir un blog (avec  Gilles Cohen Solal des éditions d’Ormesson) mais surtout le seul à dialoguer avec ses habitués et à proposer la mise en ligne de manuscrits sans aucun tri ni censure. Ce serait trop long de refaire l’historique des m@nuscrits. En résumé: au début, beaucoup ont cru comme moi, que chacun avait sa chance , que ce serait une chouette aventure à tenter; certains comme moi ont pas mal lu, beaucoup commenté et espéré faire partie des élus, c’est à dire de ceux qui, bénéficiant de retours élogieux,  finiraient par voir leur prose sur du papier avec le très recherché label « édité à compte d’éditeur ».  Admirez ma franchise: oui, j’ai été naïve, ou j’y ai cru un peu,  surtout quand des gens aussi « people » que Manuel Montero ou Nicolaï Lo Russo m’ont fait l’honneur de critiques assez flatteuses. Au bout de quelques mois,  force est de constater que non, il ne suffit pas d’avoir beaucoup de commentaires, ou beaucoup de votes (comme Gaël, ou Carole Fives, les plus plébiscités, deux personnes que je trouve talentueuses, soit dit en passant).  Non: il faut plaire au maître des lieux; éventuellement grâce aussi à Angie David qui aime beaucoup Dahlia, par exemple, mais il faut d’abord et avant tout plaire à Léo. Et c’est là que le serpent se mord la queue: Léo Scheer est éditeur, il finance les publications, et c’est donc normal et légitime (et n’importe quel autre éditeur agirait de même), qu’il choisisse « au coup de coeur ». Oui, mais alors, pourquoi laisser croire que les m@nuscrits d’inconnus talentueux, mais qui n’ont pas l’heur d’être exactement conformes à ce qu’attend Léo d’un « rétropublié » ont une chance?  Pourquoi continuer à faire voter, à donner des notes? Pourquoi Ludivine/ Karl qui a martyrisé et humilié pas mal d’auteurs ( auteurs qui pensaient avoir affaire à une huile du monde des lettres, alors que c’était un wannabe comme eux^^^) a -t-elle « le droit » d’être rétropubliée pour un texte qui n’a jamais été mis en ligne? Toutes ces questions sont agaçantes et même lassantes.  Au point que certains finissent comme moi par mettre en ligne leur texte sur leur blog; parce qu’on ne croit plus à la rétropublication mais qu’on a tout de même envie d’être lu par quelques personnes. Parce que c’est finalement assez humiliant de servir de faire valoir à ceux qui sont « choisis d’avance » et dont la publication est annoncée de façon « grosse ficelle » par un billet spécial ou un petit mot sympa du maître.

Cela étant dit, je ne regrette pas d’avoir déposé quatre textes aux m@nuscrits. Cela m’a permis d’avoir des retours de gens désintéressés et bienveillants: Pseudo, Ouam-chotte, Rossman, Une fille qui passe, Jean-Luc Manet. Je ne suis pas sûre que j’aurais écrit « Solo ma non troppo » aussi vite si je n’avais pas été soutenue ainsi. En cela, les m@nuscrits peuvent représenter une sorte d’atelier d’écriture d’une grande qualité, car la plupart des gens qui déposent leurs textes ne sont pas, pour la plupart, comme certains aiment à le dire, des écrivaillons sans avenir. J’aurais aimé la même attention de certains rétropubliables. A part Nicolaï et Ludivine/Karl, personne ne m’a lue: à se demander si ce n’est pas humain, trop humain,  d’oublier les autres dès qu’on a obtenu ce qu’on souhaitait.

Quand vous dites que « Léo est un sadique débonnaire », je trouve que vous allez un peu loin, Marco.  Certes, Léo n’est pas un ange, il est un rien manipulateur,  mais il a une générosité et une ouverture d’esprit rare chez un ex homme d’affaires. On sent qu’il ne pourrait vivre sans être entouré, aimé par ses habitués: malgré tous ses défauts, ça le rend attachant.

Point no 3: le manuscrit de Wrath qui, finalement ne sera pas (encore que, allez savoir) publié dans la collection m@nuscrits.

J’ai vraiment eu la conviction que Léo Scheer avait envie de publier Wrath. Suis je naïve, était-ce un piège tendu à la vilaine peste pour l’obliger à dire non, parce qu’il savait que comme Stalker, elle refuserait de donner sa notoriété et son texte dans les mêmes conditions qu’un vulgaire wannabe sans blog tendance ? Franchement, je ne le pense pas. Léo scheer a voulu tenter un coup de poker, il a perdu, mais pas complètement car Wrath qui ne manque jamais une occasion d’insinuer que léo ne publie que des bouses écrites par des pouffes, est une fois de plus  ridicule dans la situation de l’écrivain un peu raté qui préfère continuer à rêver d’un destin à la Houellebecq ou même à la Marc lévy, (pour elle, l’important est de vendre des best-sellers), plutôt que de se confronter à la réalité en entrant dans le monde de l’édition par la petite porte.

Wrath va continuer à conspuer de plus belle Léo Scheer, la maison H. D’Ormesson, Lolita Pille, Chloé Delaume, Philippe Jaenada. Elle n’a pas eu le courage de répondre au barracuda Stalker quand il l’a attaquée dans sa zone. Dommage, ça aurait été amusant.

 

Epilogue:

Il n’y aura pas d’épilogue, avant quelques années. Et si Wrath est un jour publiée, espérons qu’une autre harpie prendra sa succession,  car sans scandales et complots, la blogosphère littéraire n’existerait pas.

désir impossible, désir absurde, absurdité du désir impossible

Ma fille Caroline a passé avant-hier l’épreuve de philo du bac S. Elle a choisi de disserter sur le sujet:

« Est-il absurde de désirer l’impossible? »

Elle a adoré le sujet, en a rempli plein de pages sur « Oui, c’est absurde, car désirer l’irréalisable conduit à l’insatisfaction, à une croyance absurde en l’irrationnel, mais en même temps impossible hier devient possible grâce à la science,  et si on ne tend pas vers l’impossible, on n’est pas humain, on reste la bête instinctive, le désir est le moteur de l’âme,  etc, etc… » Je suis sûre qu’elle aura une bonne note, normal, son père est un génie et sa mère est une maman exceptionnelle de courage, de bonté, d’écoute, d’humour complice, de subtilité et j’en passe^^^:-D

Moi qui suis beaucoup plus proche des thèses nihilistes et ultra pessimistes de Schopenhauer que de la volonté de puissance de Nietzsche, j’aurais tendance à répondre: oui, c’est absurde de désirer l’impossible, puisque désirer l’impossible c’est souffrir de manque en permanence. Pour ne pas être malheureux, mieux vaut vivre comme Bouddha que comme Obama avec son désormais légendaire « Yes we can! »

Un exemple au hasard: mon rêve d’enfant était jusqu’à douze-treize ans d’être danseuse étoile. Sauf que j’avais les pieds plats (sans pied cambré,  impossible de faire correctement des pointes), que mes parents vivaient en province et ne m’auraient jamais inscrite au concours d’entrée à l’Opéra, et que de toute façon, je n’aurais pas eu la résistance physique et le mental d’acier qu’il faut pour éliminer toutes mes rivales. Quand j’ai compris que mon désir le plus fort ne se réaliserait jamais, j’ai SU que la vie était décevante.  J’ai bien assimilé la notion d’impossibilité. Du coup les phrases du genre « Yes we can » ou « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort », et autres absurdités, ça glisse sur moi comme la pluie sur les plumes d’un colvert.

Bon, j’espère ne pas trop plomber votre moral., en vous confrontant avec ce thème ô combien torturant.  Le premier qui parviendra à me convaincre que j’ai tort,  gagnera une caisse de Cristal Roederer.

pourquoi écrivez-vous?

En rangeant ma bibliothèque je suis tombée sur un livre acheté voilà quelques années: « Un été d’écrivains », compilation d’entretiens radiophoniques entre Brigitte Kernel écrivain et journaliste,  et des écrivains reconnus, ou du moins suffisamment connus pour intéresser le public de France Inter.

Dans chaque entretien, la journaliste pose la question: « Pourquoi écrivez-vous » ou « Que représente pour vous l’écriture ».

Parmi toutes les réponses, les trois qui m’ont paru les plus sincères, et donc les plus intéressantes:

Maud Tabachnik:

« Parce que j’aime ça et que ça me rapporte ».

Voilà une réponse franche et sans détour. L’auteur de romans policiers (pas mauvais d’ailleurs, surtout les premiers ) dit tout haut ce que beaucoup d’écrivains abonnés aux best-sellers n’avouent pas: quand on vend bien, l’écriture est un bon plan. Passer plusieurs heures par jour assis confortablement chez soi à travailler un roman vous permettant de gagner de quoi écrire le suivant sans travailler à côté, on imagine qu’il y a pire comme quotidien.

Et puis surtout elle fait ce qu’elle aime: un jour elle a commencé à écrire une histoire et n’a plus pu s’arrêter; et hop, c’était parti. Une sorte de Simenon au féminin, la Tabachnik.

Andrea H.Japp

J’avoue que je n’ai rien lu d’elle,  mais je vais m’y mettre car sa réponse était la plus étonnante et la plus approfondie:

« L’écriture est la meilleure solution pour vivre enfin. Je veux dire: vraiment. Parler pour dire quelque chose n’est pas naturel pour moi. Les mots vont trop vite, on les choisit mal, ou pas assez scrupuleusement, bref, je ressens l’oral comme une version approximative de la pensée. C’est un truc qui sert à renseigner, alerter, bavarder, certainement pas à dire. Ecrire c’est dire, avec toute la permanence des choses importantes, c’est se mouiller au travers de ses mots. C’est aller chercher au fond de soi des mots et les raisons de ces mots. C’est aussi accepter la modification. Je ne garde pas trop le souvenir des conversations que j’ai pu avoir, et m’ont peu modifiée. Je sais exactement ce que j’ai écrit, pourquoi, et combien le fait de ne pas trouver les mots m’indiquait que j’avais tort, pas compris, pas senti, pas vu. Cette prise de réalité, de vérité, s’étend à la lecture parce que je me souviens aussi très précisément de ce que j’ai lu. J’ai appris à vivre dans les livres. J’ai compris ce qu’étaient  les émotions, la rage, l’amour, les faux-semblants dans les lignes des autres. La vie n’a été qu’une confirmation expérimentale. »

Définition à la fois terrifiante et bouleversante: l’écriture permettrait de dire ce qu’on arrive pas à dire et de vivre pleinement ce qu’on ne parvient pas à vivre dans la réalité. Vision extrême de l’écrivain, considéré comme un handicapé existentiel qui ne vit complètement que dans les livres, ceux qu’il écrit, ceux qu’il lit.

 

Frédéric Vitoux.

« Peut-être pour être aimé. On écrit pour soi et si on décide de publier, de livrer ce qu’on écrit aux autres, c’est au fond pour trahir ce besoin de dire « aimez-moi. »

Jolie réponse, qui se passe de commentaires.

 

Et vous chers amis, pourquoi écrivez-vous?

un écrivain d’autrefois

Au risque de frôler le mauvais goût, de désoler certains de mes habitués, voire même de me ringardiser définitivement, tant pis, je prends le risque, j’écris un post sur Sacha Guitry, un auteur qui sent la naphtaline, un vieux de la vieille, qui lorsque j’étais gamine passait déjà pour un  macho mégalomane, snob et frivole.

Dans une bouquinerie,  j’ai acheté pour la modique somme de six euros, un volume relié et délicieusement illustré par  DA. Steinlen.  Au programme: un essai, « Les femmes et l’amour »,  et  le texte de la pièce « Désiré ».

Je n’ai pas regretté l’investissement: quel esprit et quelle plume ce Sacha Guitry! Celui qui n’était pas « contre les femmes, mais tout contre »,  qui aimait du même amour passionné son travail et les femmes « aimables », écrivait avec légèreté sur des sujets sérieux. L’amour est une chose sérieuse, la place que doit occuper la femme dans la société également. En lisant « Les femmes et l’amour » j’étais presque convaincue de l’inutilité du féminisme. C’est dire l’habileté de cet homme qui parvient à dire beaucoup de mal des femmes tout en les mettant, du moins celles qui méritent d’être aimées, sur un piédestal:

« Si je dis que je n’aime pas les femmes, c’est parce que je les adore, bien entenduTout ce mal que je pense et que je dis des femmes, je ne le pense et ne le dis que des personnes qui me plaisent ou qui m’ont plu. Et on ne peut les aimer à la folie, l’une après l’autre, que si l’on considère que celle que l’on aime est la seule qui soit aimable sur la terre. L’aimée c’est l’élue, et dire à une femme qu’on l’aime, c’est dire à toutes les autres qu’on ne les aime pas. D’ailleurs, quand une femme est élue, toutes les autres devraient prendre le deuil. »

Autre « pensée » de Guitry sur les femmes: celles-ci seraient plus heureuses si elles ne passaient une bonne partie de leur temps à s’occuper de ce que font les autres femmes:

« Si une femme est malheureuse, elles lui font du bien… Mais si une femme est heureuse, elles en disent du mal!  Et, de même que la plupart d’entre elles ne peuvent pas se résigner à leur bonheur, elles ne croient pas au bonheur des autres. Quand on leur dit qu’une femme est heureuse, elles répondent: »Oui, eh bien…Nous en reparlerons dans un an! » Et pendant vingt ans elles le répéteront sans cesse. »
Là franchement, ça me rappelle des choses; une amie divorce et se remet avec un homme qui est plus jeune ou plus vieux, plus riche, ou plus pauvre, peu importe, quel que soit l’homme choisi, le choeur des copines dit dans le dos de la fille qu’on jalouse de vivre une deuxième lune de miel: « Ca ne durera pas! »

Ce que ne supportait pas Guitry, c’est d’envisager l’existence comme un devoir, avec raison et mesure:

« Sois sage! Ce conseil salutaire est ordinairement le premier qu’on nous donne. Combien il est prématuré! On nous le donne sur tous les tons, du ton de la prière à celui de la menace, ce qui tend à le déconsidérer aux yeux mêmes de ceux qui nous proposent la sagesse. Ils y renoncent assez vite et, sitôt que nous avons l’âge de raison, il n’en est plus question, et il n’en est plus question d’ailleurs. Jusqu’à l’âge de dix ans, nos parents nous recommandent d’être sages. De dix à vingt ans, nos professeurs nous invitent à être sérieux, puis viennent nos premières maîtresses qui nous supplient d’être gentils. Enfin, voici nos épouses qui nous demandent d’être bons, et qui vont bientôt nous prier d’être indulgents.

 Et c’est alors qu’ayant bien travaillé, beaucoup souffert et bien aimé, nous nous apercevons qu’il faut avoir vécu cinquante années pour suivre le conseil qu’on nous donnait jadis. Ayant atteint la soixantaine nous nous efforçons en effet d’être sages. »

Guitry aurait pu écrire, comme Paul Valéry,  qu’ il y a trois sortes de femmes: les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses. C’est pas faux, j’en connais quelques unes des « emmerdantes » qui s’étonnent qu’on les laisse tomber. Et qui passent une bonne partie de leur existence à maudire les hommes. Pour ma part, j’ai l’impression d’être tour à tour l’une ou l’autre, selon l’humeur du jour:-D

Mais on peut aussi, pour faire bonne mesure, classer les hommes de la même façon: les emmerdants, les emmerdeurs, et les…Ah, il faudrait trouver un mot pas trop vilain: les emmerdissimes, les emmerdassionnels?

Merci à ceux qui ont lu ce billet jusqu’au bout: « vendre » Sacha Guitry aux lecteurs du 3ème millénaire, c’est pas facile!

un premier roman: « adore » par dahlia

 Adore est le premier roman publié par Dahlia, c’est aussi le quatrième ouvrage publié dans la collection m@nuscrits » des éditions Léo Scheer.

Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore DAHLIA,  je précise qu’elle écrit depuis plusieurs années des critiques culturelles sur son blog « My way or the highway » et signe des critiques sur d’autres supports comme Discordance.

ADORE commence par le récit d’une séquestration: un homme se réveille avec un terrible mal de crâne et s’aperçoit qu’il est attaché à un fauteuil dans son propre appartement; son geôlier ne l’a pas épargné,  car il est littéralement saucissonné par du chatterton et des cordelettes. Cerise sur le gâteau: du chatterton scotche sa bouche, le contraignant à respirer par le nez. Anabel apparaît devant lui, prend tout son temps pour admirer son « travail » et profiter avec jubilation du spectacle de cet homme réduit à une quasi-immobilité et surtout, réduit au silence. Verlaine va être obligé de l’écouter, lui qui depuis deux mois refuse de la prendre au téléphone, refuse de la voir, refuse de s’expliquer d’avoir rompu trivialement par un simple texto après deux mois de liaison. Et le moins que l’on puisse dire est qu’Anabel a vécu comme une humiliation d’être remerciée comme s’il ne s’était rien passé entre eux de suffisamment conséquent pour qu’elle ait droit à un minimum d’égards.

Le roman alterne le récit au présent de la séquestration avec des « rewinds » dans lesquels la narratrice relate sa liaison depuis la rupture jusqu’à la rencontre ( un récit à l’envers comme dans Irréversible;). On comprend qu’Anabel (qu’on devine jeune, un rien naïve, sensuelle, tentée par la soumission sexuelle, passionnée par les livres et le cinéma), n’ait pu qu’être séduite par Verlaine, cet homme qui ne craint pas de dominer les femmes sexuellement et de pratiquer un sadisme modéré tout en n’étant pas une brute épaisse dans le « civil », mais un distingué écrivain qui vit de sa plume.

On pense à de nombreuses références culturelles en lisant ce roman: à « Emmanuelle », d’Emmanuelle Arsan et à Histoire d’O par Dominique Aury, mais aussi au film « Le dernier tango à Paris »,  au « Jardin des supplices » d’Octave Mirbeau et à « Claudine en ménage » de Colette.  J’avoue avoir été surprise par la fin, trop optimiste à mon goût et surtout étonnante vu la personnalité du personnage masculin. Cela m’intéresserait d’avoir le point de vue d’autres lecteurs sur cet épilogue.

Un joli premier roman donc, qui donne envie d’encourager Dahlia à continuer d’écrire. Mais je suis sûre qu’elle a déjà un nouveau titre en chantier;) Wait and see…

Deux extraits:

« Tout échappait à sa maîtrise, le cours du temps, son propre corps, Anabel qui dormait à quelques mètres de lui. Tout juste s’il avait appris à respirer uniquement par le nez. Avant, il n’aurait jamais imaginé que ce fût si épuisant. Il repensa à toutes ces jeunes femmes qu’il avait parfois rendues muettes en les muselant d’un bâillon aux lanières de cuir, une boule de caoutchouc rouge logée dans la bouche. Il repensa à leur respiration aussi ténue qu’un feulement. C’était du jeu. Seulement du jeu. »

 

« Il imagina ce qui se passerait si, dans un moment de folie, elle décidait d’ouvrir la fenêtre et de basculer dans le vide. Sur le bitume, le sang l’auréolerait comme dans un miroir. Ses membres se briseraient, son visage serait à jamais figé dans la terreur. Mais si elle en décidait ainsi, il ne pourrait qu’imaginer sa propre mort puisqu’il resterait solidement amarré à son fauteuil, et sa seule chance de survie serait d’essayer à tout prix de se dégager des liens. Ces fichus liens. Ou il mourrait et pourrirait dans la chaleur intenable de ce mois de juillet, momifié pour l’éternité dans le chatterton et les cordelettes de chanvre ».

 

le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Récemment, une copine vient chez moi en me tendant un livre et en disant la fameuse petite phrase: « Il faut absolument que tu lises ça! »

Le livre en question est le « déjà best-seller aux States » Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates,  écrit à 4 mains par Mary Ann Sheffer et sa nièce, Annie Barrows.  Ironie du sort: Mary Ann (née en 1934) est morte en 2008, peu de temps après avoir appris qu’elle était publiée. Même sort que pour Stieg Larsson,  auteur de la trilogie Millenium, qui ne saura jamais que ses bouquins ont un succès hallucinant.

Ayant un autre roman à finir,  j’ai refilé le bébé à l’ »homme de la maison » qui l’a lu très vite et l’a trouvé épatant. Et puis,  je l’ai lu,  ce fameux roman qui va finir en film,  n’en doutons pas, avec Audrey Tautou dans le rôle de l’héroïne.  Je vous épargne le résumé, (il y en a un très bien ici), vous disant juste que c’est un roman épistolaire avec pour toile de fond la guerre et l’après guerre 39/45 , la passion des livres, la solidarité. Quelques histoires d’amour très romanesques agrémentent les récits et donnent la touche sentimentale sans laquelle il est difficile d’accrocher les lecteurs.  J’aimerais pouvoir m ‘extasier comme Anna Gavalda et certains lecteurs internautes, qui jugent le livre « incroyable, délicieux, étonnant, magique… » Moi j’ai juste trouvé ce roman « sympa »; bien ficelé, bien écrit, émouvant à l’occasion, de la belle ouvrage. Mais sans réelle qualité littéraire, à mon goût: un style conventionnel et pas vraiment d’audace dans le récit. C’est intéressant d’un point de vue historique, ça donne le message sympatoche que les livres permettent de mieux supporter les épreuves. Mais après?

Serais-je devenue cynique ou blasée ou trop snob? Récemment, une femme que je n’avais pas revue depuis vingt ans et que j’ai retrouvée par hasard, une femme très branchée, cultivée, d’une intelligence supérieure à la moyenne (vous me direz la moyenne n’est pas grandiose),  me confiait qu’elle détestait Houellebecq (qui est pour moi un des rares qui passera à la postérité parmi les écrivains encore vivants) et ADORAIT « L’élégance du Hérisson », qui me plait déjà davantage que le « cercle littéraire »,  parce qu’il a le mérite d’avoir des personnages hauts en couleur (la petite surdouée suicidaire, la concierge érudite), mais qui n’apporte pas grand chose de nouveau à la littérature française.

En somme, je ne suis pas faite,  ni pour lire des best sellers, ni pour en écrire, et je m’en voudrais presque d’être aussi rabat-joie.

POUR FINIR UN MESSAGE PERSONNEL:

                Joyeux anniversaire, chère Alex!!!!!!!!!!!!!!!!!!

 

 

 

quand Bernard henri lévy philosophait déjà « grave »

Bernard Henri Lévy a fait une entrée fracassante dans le paysage audiovisuel français en 1977. Dans la célèbre émission littéraire  APOSTROPHES,  ce jeune agrégé de philosophie de 29 ans, auteur cette année là de « La  barbarie à visage humain » et André Glucksmann  (« Les maîtres penseurs », « La cuisinière et le mangeur d’hommes »),  sont présentés comme « les nouveaux philosophes ». La qualité philosophique et la pertinence de leurs écrits sera contestée par de nombreux penseurs, mais la formule fait mouche; très vite, les médias s’arrachent ces deux intellectuels très photogéniques.

J’ai trouvé sur Youtube un document assez rigolo: deux journalistes canadiens interviewent en 1980 notre fringant nouveau philosophe. Il est beau (si si!), les cheveux longs juste ce qu’il faut, porte déjà LA fameuse chemise blanche,  et surtout il a la « gravitude » chevillée aux lèvres. Dommage, car son discours est intéressant, voire percutant, notamment quand il parle du rôle des artistes (Musil, Soljénitsyne) dans la dénonciation des risques totalitaires; mais il se la joue tellement comme s’il passait un casting pour intégrer l’Actors Studio, que ça devient un sketch, cette interview.  Un grand moment quand il déclare solennellement qu’il sera le premier écrivain français à changer de nationalité, si la France devient communiste. Il s’est fait peur pour rien, le choupinet, quand on voit notre France sarkozyste du troisième millénaire…Je vous laisse apprécier ces quelques minutes très savoureuses, en cliquant ici: YouTube – Bernard-Henry Levy

deux poupons en or massif

L’actrice Sarah Jessica Parker, connue pour son interprétation de Carrie Bradshaw dans la série américaine SEX AND THE CITY ( série tellement mal filmée avec des personnages si grotesques que je n’ai pas tenu plus de deux épisodes), attend des jumeaux à 44 ans.  Enfin,  elle attend qu’une mère porteuse mette bas des deux bébés issus d’une fécondation in vitro.

L’actrice milliardaire a eu un enfant par les voies naturelles il y a six ans, avec son mari, un dénommé Mattew Broderick. Elle sait donc ce que c’est que d’admirer dans le miroir des seins gonflés et fièrement dressés, sans silicone,  d’enquiquiner son jules avec caprices et envies,  de sentir un bébé bouger,  et,  à moins qu’elle soit restée sous anesthésie pendant deux jours, elle connaît cette étrange sensation d’avoir le corps fourbu comme si on avait couru un marathon. On peut aussi penser qu’elle  a sangloté comme 99 % des accouchées trois jours après la naissance (à moins qu’elle soit sous antidépresseurs à vie).  Bref, j’ai du mal à concevoir qu’une femme qui a vécu une grossesse et une naissance « in vivo » puisse supporter d’utiliser le corps d’une autre femme comme une couveuse. Comment elle fait avec le petit James Wilker qui a sept ans? Elle l’emmène voir « la dame qui porte ses petites soeurs »? Ca ne lui fait pas bizarre à la Sarah Jessica de se coucher le soir avec dans la tête l’idée que pendant plusieurs mois une femme va sentir bouger des enfants qui lui seront enlevés dans les 48h ou peut-être même, dans les 24 h qui suivront leur naissance?

Aux Etats Unis, le phénomène des mères porteuses est en plein essor. Les agences de « casting de ventres à louer » font fortune. Le prix pour un bébé se négocie entre 60 000 et 120 000 dollars.

On souhaite malgré tout beaucoup de bonheur aux « heureux parents ». La mère porteuse aura en tout cas de quoi se payer un bon psy.

« irréversible »

Dans la série, « Je regarde un film parce qu’il a une réputation horrible, et que ça m’énerve d’entendre parler d’un film horrible sans avoir vérifié si moi j’avais le cran de le regarder », après Funny Games, j’ai visionné IRREVERSIBLE réalisé par Gaspard Noé. Vous allez dire: le film est sorti en 2002, pourquoi en parler sur un blog sept ans plus tard. Je répondrai:  c’est mon blog et je parle de ce que je veux:-D

Rappelons à ceux auxquels cela aurait échappé, que ce film est « connu » pour deux scènes jugées « insoutenables » par de nombreux spectateurs.  Il n’est pas étonnant que ce soient ces deux scènes qui aient fait du bruit et apporté un parfum de soufre et de scandale à ce film qui, sans  ces deux passages,  serait passé quasiment inaperçu.  Gaspard Noé a l’art en effet,  d’infliger au spectateur des scènes longues, ennuyeuses, et caricaturales. Pour faire « genre »,  il a décidé de scénariser à l’envers cette histoire d’agression sexuelle et de vengeance. Le film commence donc par l’interminable chasse à l’homme à laquelle se livre « Marcus » qui recherche un dénommé le « Ténia » dans le background d’une boîte sado-maso pour pédés, boîte appelée avec un goût exquis « Le rectum ». Gaspard Noé a dû espérer nous montrer avec audace le cinquième cercle de l’Enfer,  en fait on s’emmerde,  si j’ose dire, à cette très longue représentation d’hommes se donnant plaisir et souffrance dans un décor de grand guignol.  Enfin, Marcus (Vincent Cassel) trouve le « Ténia »: les hommes commencent à se taper sur la gueule, Marcus n’a pas le dessus, jusqu’à ce que son copain Pierre (Albert Dupontel), arrive armé d’un extincteur. C’est là qu’intervient la première scène insoutenable; j’avoue que j’ai fait avance rapide et baissé le son. La scène est bien faite, on a vraiment l’impression de voir un type se faire massacrer.

Deuxième scène choc: le viol. Aucune image pornographique, on ne voit même pas la poitrine d’Alex (Monica Belluci), la jeune femme agressée. On voit juste une femme écrasée à plat ventre sur le bitume d’un passage sous-terrain,  par  le corps impitoyable d’une petite ordure machiste et brutale. La scène est trop longue, et aurait gagné en intensité à ne durer que trois minutes;  le type n’arrête pas de parler, avec agressivité et mépris. On comprend que ce qui l’excite est moins la grande beauté de sa victime,  que le fait qu’elle soit ce qu’il appelle une « bourgeoise »;  habitué à dominer des putes et des travelos (juste avant le viol, on le voit cogner une de ses « protégées »), c’est un plaisir qu’on devine rare pour ce triste individu,  de se « faire » une fille qui ne voudrait pas d’un minable comme lui.  Ce viol montre la lutte des classes par le prisme de la sexualité: une petite frappe méprisée par la société bourgeoise dominante et politiquement correcte se venge l’espace d’un instant de ce mépris en « baisant » ce qu’il y a de plus désirable dans cette caste sociale: la jolie fille distinguée qui ne se donne pas à n’importe qui,  habituée aux compliments et aux hommages, le genre de fille qu’on protège comme une plante rare quand on a la chance de la posséder. La scène est pénible, là aussi j’ai fait avance rapide. Pénible mais pas obscène; difficile de trouver « excitante » la vision d’un petit mec ridicule dans son petit costume de maquereau besogner une femme qui reste étonement belle et digne au cours de son martyr.

Le reste du film n’a aucun intérêt: longues scènes où l’on voit les trois personnages principaux à une soirée, puis dans le métro avant la soirée, puis dans la chambre du jeune couple. Les deux types sont antipathiques:  Marcus, dans le genre beau gosse macho et immature, Pierre, l’ex de la jeune femme, dans le style « intello coincé » qui parle trop. On se demande ce qu’une fille comme elle fait avec des mecs aussi peu intéressants, ça nuit un peu à la crédibilité de l’histoire.

Un film plutôt raté donc, mais qui présente l’intérêt de montrer la bêtise et la violence dans ce qu’elles ont de cru et d’ordinaire. On ne peut pas oublier la silhouette de Monica Belluci dans sa jolie robe rose, l’élégance qu’elle garde au cours de la scène de viol, cette douceur féminine massacrée. Image poignante d’un être humain saccagé par  la violence d’un autre être humain; des scènes comme celles là, ont été vécues « en vrai » par des millions de femmes depuis des lustres, par des hommes aussi et des enfants.

non fan de mylène farmer

Je ne suis pas fan de Mylène Farmer. Mais je l’aime bien, de loin. Cela fait tout de même un peu plus de 20 ans que je la vois apparaître de temps à autres dans des prestations télé (rarissimes) ou dans des clips, sur ces chaînes musicales que mes filles mettent quand elles prennent leur petit déj.  J’avais adoré en 1987  « Sans contrefaçon ». Très bonne chanson; pas du Gainsbourg, ni du Phil Collins, mais ça se laisse écouter ce genre de tube. Et quelle femme courageuse cette Mylène; à 48 ans, elle a toujours la même silhouette, elle danse toujours comme une pro. On imagine tous les croissants dont elle s’est privée, toutes les coupes de champagne qu’elle a refusées, et ces milliers d’heures de sport avec un coach pas fute fute (les coachs ont rarement une conversation intéressante).

Si je vous parle de Mylène Farmer, c’est parce qu’en buvant mon thé ce matin,  j’ai entendu qu’elle chantait en concert au Zénith de Nice les 2 et 3 mai,  et que des fans campaient depuis deux jours devant la salle de spectacle, pour être au premier rang.  Un journaliste expliquait que depuis toujours, la chanteuse a un fan club d’adorateurs dont certains peuvent passer plusieurs jours d’affilée devant son domicile. Parfois, elle apparaît et signe quelques dédicaces et les fans rentrent chez eux éblouis et heureux comme Marie Madeleine découvrant que Jésus est ressuscité. J’imagine leur état dépressif, après, la tristesse de se retrouver seuls comme des cons, dans leur chez eux de français moyen, face à un avenir d’un vide sidéral;  parce qu’il faut bien meubler les journées entre chaque apparition de la divinité. Il faut se lever tous les matins, aller bosser, se taper un copain ou une copine qui n’a rien d’une star, qui ne fait rêver personne, qui ne vous emmènera pas à Los Angeles ou à Tokyo.

Sacrée Mylène, qui joue depuis si longtemps sur le registre de l’adolescente suicidaire: « Je suis d’une sensibilité exceptionnelle, je supporte à peine l’existence, je suis au bord du gouffre, seuls le sexe et la tentation du suicide me donnent l’illusion d’avoir envie de rester en vie ». Si ça se trouve elle adore regarder des séries à la télé, papoter des heures au téléphone et se coucher avec de grosses chaussettes pour lire un bon bouquin sous la couette.

l’enfer, c’est les autres

Dans Huis-Clos, Sartre a écrit cette réplique restée célèbre: »L’enfer, c’est les autres. »

Cette phrase peut signifier deux plaies de la nature humaine. Première plaie: le regard d’autrui m’objective; si je ne peux par moments m’y soustraire, m’isoler pour penser ou agir librement, ou me distraire (dans le sens oublier provisoirement que j’existe),  je deviens insupportable à mes propres yeux.  Autre plaie: les autres sont à mes propres yeux insupportables par leur comportement qui me gêne ou me fait souffrir, par leur pensée qui n’est pas la mienne et qui me fait douter ou me fait horreur, par leurs envies qui m’empêchent de satisfaire les miennes.

Je me concentrerai sur la deuxième plaie en dressant la liste de tous ceux qui me sont insupportables:

-Ceux qui me téléphonent alors que je n’ai rien à leur dire.

-Ceux qui ne m’appellent pas, alors que j’aurais plein de choses à leur dire.

-Ceux qui font plein de bruits répugnants en mangeant.

-Ceux qui n’aiment pas manger.

-Ceux qui font du bruit au cinéma (en échangeant leurs impressions avec leurs voisins, en bouffant du pop corn, en fouillant dans leur sacs, en laissant leur portable ouvert).

-Ceux qui tapent leurs gosses.

-Ceux qui tapent leur chien.

-Ceux qui humilient leur conjoint dans les dîners en ville.

-Ceux qui demandent à leur femme : « t’as pas un peu grossi? »

-Celles qui disent à leur homme: « Arrête de regarder cette fille. »

-Les  commerçants qui disent sur un ton tranchant: « Et avec ça? »

-Ceux qui votent à gauche et ne donnent rien au facteur et aux éboueurs.

-Ceux qui votent à droite parce qu’il y a eu mai 68.

-Ceux qui n’aiment pas Barbara et les films de Claude Sautet.

-Ceux qui trouvent que Fanny Ardant est moche.

-Ceux qui trouvent que « Belle du Seigneur » c’est de la littérature de midinette.

-Ceux qui méprisent la télé-réalité et qui passent leur temps à épier leurs voisins.

-Ceux qui roulent à 170 km/h sur l’autoroute parce qu’ils ont une nouvelle Audi.

-Ceux qui me disent: « Tu devrais faire ça. »

-Ceux qui ne me disent rien parce qu’ils s’en foutent.

 

La liste est bien évidemment non exhaustive.

le questionnaire de Valentina

Valentina (valychristineoceany) m’a envoyé un questionnaire en me suggérant d’y répondre sur mon blog. Je me suis dit « Pourquoi pas ».  C’est aussi amusant que le questionnaire de Proust. Merci de ne pas être trop sarcastiques dans vos commentaires.

 

4 jobs que j’aimerais exercer ?

Animatrice radio (il paraît que j’ai une voix radiophonique). Guitariste dans un groupe. Editrice. Rentière.

4 films que je connais par coeur?

Cuisine et dépendances. Les bronzés font du ski. Le père Noël est une ordure. Tatie Danielle.

4 livres préférés?

Là, c’est horrible de faire un choix. La recherche de Proust. Belle du seigneur de Cohen. Les particules élémentaires ex-aequo avec Extension du domaine de la lutte de Houellebecq. La femme rompue de Simone de Beauvoir.

4 émissions ou séries préférées?

Desperate housewives. Droit de réponse (hélas disparu depuis longtemps). Fais pas-ci, fais pas ça. Les guignols de l’info.

4 endroits où j’aime passer des vacances?

Le moulleau (bassin d’arcachon.) La Baule. Saint-Lary. Carantec (Finistère).

4 sites webs que je visite quotidiennement?
Le mien, les ELS, Alex in Wonderland, Wrath et ce serait injuste de ne pas citer NLR, Manuel Montero, et plein d’autres;  je suis accro au web, ça m’énerve.

4 plats que je ne mangerai jamais?
Le foie, les rognons, la cervelle, les ris de veau: je HAIS les abats.

4 plats que j’adore?
Le foie gras en terrine cuit par mes soins. La langouste mayonnaise (au prix où ça se vend, j’en mange même pas toutes les années bissextiles). Le succès aux noisettes. Les macarons au café.

4 endroits où j’aimerais être en ce moment?

New-York.  Saly (Sénégal). Dans un jaccuzi à 38°. Chez ma grand-mère dans une maison qui a été vendue, hélas.

4 personnalités actuelles ou du passé que j’aimerais rencontrer?

Barbara.  Fabrice Luchini. Michel Houellebecq. Benoît Magimel (pour vérifier s’il est aussi beau qu’à l’écran.)

4 voeux pour l’année prochaine?
Que ma fille Caroline réussisse le concours de médecine (son souhait le plus cher). Que ma fille Cécile continue à faire ce qui lui plaît. Qu’il fasse beau les jours où je serai en vacances (le reste du temps, ça m’est égal). Le 4ème voeu, je le garde top secret.

4 centres d’intérêt?

MOI MOI MOI MOI.

 

 

manuscrit inachevé, manuscrit interminable

Cela fait des mois que je traîne sur le même manuscrit. Ce n’est pas l’inspiration qui me manque, mais l’envie d’avoir envie de continuer. Au bout du 3ème texte,  après deux « échecs » dans quelques tentatives d’approches  d’éditeurs, je n’ai plus la fibre créative au top.  Pour paraphraser un auteur qui se vend très bien:  « J’aimerais bien qu’un éditeur m’attende quelque part. »

Ne voyez pas dans ces phrases le désespoir de l’artiste incompris ou du wrathisme brut;  non,  juste une certain découragement « aquoiboniste ». Quand on fait du tricot ou de la cuisine, on n’a pas besoin de dizaines voire de centaines de personnes appréciant l’effort fourni. Quand on écrit, allez savoir pourquoi, on a du mal à se contenter d’une poignée de lecteurs. Jamais vraiment compris d’ailleurs pourquoi on finit par y tenir tellement à avoir l’aval d’un vrai éditeur,  et la récompense d’avoir entre les mains un vrai objet livre, au lieu d’un bête tapuscrit relié comme un mémoire d’étudiant,  qu’on fera circuler dans le cercle rapproché des amis, parents et autres proches.

A moins de devenir riche comme Werber et Musso ou d’avoir un revenu appréciable, comme la poignée d’auteurs qui vendent minimum 30 000 ex régulièrement,  ça rapporte peanuts,  l’écriture.  Alors pourquoi y revenir, après chaque passage de découragement,  pourquoi y croire encore un peu? Suis-je donc si névrosée? L’autre jour, un type que je connais à peine (c’est le jules de la meilleure amie d’une copine) est venu me confier l’air grave qu’il avait lu quelques unes de mes nouvelles et les avait trouvé « vachement bien ».  J’étais flattée, évidemment.  Le problème c’ est  que je sentais chez cet homme, très sympathique d’ailleurs, un espoir, un intérêt sincère pour une personne qui « sortirait un peu de l’ordinaire », comme  ceux qui ont germé dans l’esprit de ma chère maman depuis que j’ai eu la riche idée de lui confier ces fameuses  nouvelles: depuis deux ans, elle voit en moi la nouvelle Gavalda. Et je sens qu’elle attend et espère un miracle miraculeux. Oui, je sens bien que certaines personnes me voit comme un cheval de courses côté cinquante contre un qui pourrait bien un jour se retrouver gagnant d’une course prestigieuse. Et je me sens piégée encore davantage que lorsque je ne faisais jamais rien lire à personne, même pas à mon cher et tendre.

Ne vous gaussez-pas trop, mes agneaux: je suis sûre que parmi mes habitués, il y en a plein qui sont exactement comme moi!

le sexe selon Schopenhauer

Avec un prof de philo que j’ai connu par une amie, je participe de temps en temps en petit cercle à des « discussions » autour de la philosophie. Je pensais qu’on ne tiendrait pas six mois, alors que cela fait plus de quatre ans que nous nous réunissons régulièrement.

La dernière séance portait sur la pensée de Schopenhauer. Rassurez-vous, je ne vais pas vous retranscrire un cours sur ce philosophe dont la pensée peut grossièrement se résumer par cette phrase: « La vie oscille comme un pendule entre la souffrance et l’ennui ». Schopenhauer qui n’était pas un joyeux drille, a « inventé » le pessimisme dans les doctrines philosophiques.

Venons-en au plus intéressant, la position de Schopenhauer sur la sexualité: pour ce grand pessimiste, la sexualité en général, humaine en particulier, n’est autre chose que l’expression de la force qui, à ses yeux, fait le fond de toute réalité et qu’il appelle le « vouloir vivre » (vulgaire instinct vital biologique et inconscient). Mais le monde n’est pas que volonté mais aussi représentation, conscience. Et c’est là que tout se complique: l’homme ne voit pas la réalité telle qu’elle est. L’individu est dans l’illusion lorsqu’il pense servir ses intérêts au moment du choix d’un partenaire sexuel. En fait, ce choix est rigoureusement déterminé par des critères liés à la reproduction de l’espèce. Toute passion repose in fine sur une illusion qui fait miroiter aux yeux de l’individu ce qui n’a de valeur qu’au regard de l’espèce.

Conséquence selon Schopenhauer: l’homme est polygame, parce qu’il « peut en une année engendrer cent enfants » (moi je dirais beaucoup plus si on va par là;)). Pour lui,  l’adultère de l’homme est naturel. La femme qui ne peut, dans le même temps, engendrer qu’un seul enfant,  s’attachera fermement à un seul homme et sera naturellement fidèle.

C’est là qu’on se dit qu’ils sont forts ces philosophes, en parvenant à expliquer par un raisonnement pas si tiré par les cheveux, d’ailleurs, que c’est naturel et normal que les hommes soient infidèles. Par « pas si tiré par les cheveux », j’entends qu’aussi aberrant qu’il puisse paraître,  son raisonnement n’est pas absurde: imaginons que l’acte sexuel ne soit pas récompensé par la jouissance physique; imaginons que la nature dans sa perversité,  n’ait pas lié  la possibilité de se reproduire à l’orgasme avec un être désiré et aimant,  plaisir sexuel qui constitue,  avec la recherche de nourriture et donc d’argent,  une des principales préoccupations de tout être humain? Il y a fort à parier que les gens ne seraient pas pressés de s’accoupler. Quant aux femmes,  seraient-elles fidèles si elles n’avaient pas besoin d’un père pour les aider à élever leurs enfants? Eh oui, inconsciemment nous cherchons à perpétuer l’espèce;  l’amour, le romantisme, tout ça,  c’est rien que des amusements qui ne durent pas et qui nous collent sur les bras des marmots qui n’auront pas une vie plus marrante que la nôtre. Le plaisir n’existe que pour nous inciter à procréer, c’est une ruse diabolique de la nature qui nous fait confondre instincts et sentiments. Concernant la fidélité féminine, le brave Schopenhauer n’avait pas toutefois pas prévu la pilule en vente libre et le stérilet.  Maintenant, dans nos contrées occidentales, non seulement les femmes s’assument financièrement, mais elles peuvent choisir de faire l’amour sans faire d’enfants.  Mais pourquoi alors, me direz-vous, pourquoi continue -t-on à faire des enfants? Réponse de Schopenhauer: parce qu’inconsciemment nous voulons que l’humanité se perpétue.

Je vous laisse méditer (ou pas) sur ce sujet de la sexualité en philosophie.

autres temps, autres interdits

Hier soir j’ai fêté les 50 ans d’un ami. Rien d’extraordinaire que d’aller chez des amis fêter un anniversaire. Sauf qu’hier, c’était le vendredi saint, et que nous aurions dû en bons français catholiques, respecter cette journée souvenir de la passion du Christ.

J’ai donc pensé à cette occasion qu’il y avait eu une sacrée évolution, mine de rien, dans la mentalité des cathos. Dire que pendant près de seize ans,  j’ai été à la messe tous les dimanches (même bébé dans les bras de maman) et que pendant presque aussi longtemps, toutes les semaines précédant le dimanche de Pâques, j’allais me confesser, histoire d’arriver pure de tout péché pour communier le grand jour venu. Vers l’âge de dix sept ans, j’ai enfin acquis le droit d’arrêter les frais. Je ne vais plus à l’église que par plaisir, pour regarder l’architecture et la décoration (j’aime bien les statues des saints, ils ont l’air si doux, si bienveillants) ou pour les enterrements, malheureusement.

Nous fûmes plusieurs à nous dire hier qu’il aurait été impensable il y a quelques années seulement,  que des personnes nées avant 1950 et élevées chrétiennement acceptent de festoyer un vendredi saint.  Hier tout le monde était là, même les papis qui ont fait la guerre d’Algérie et  les mamies  élevées dans un strict respect des convenances: on va à la messe sans discuter et on arrive vierge au mariage.

On pourrait croire que nous vivons une époque moderne, libérée et libératrice, débarrassée de culpabilités et de contraintes  entravant la jouissance, le droit de faire ce qu’on veut où on veut, dans la mesure où on ne fait souffrir personne.  Et pourtant… J’ai dû attendre qu’on ait mangé le gâteau pour allumer une clope que j’ai fumé honteusement, seule, à la fenêtre de la cuisine. Un des convives m’a dit un peu plus tard: « ah, tu fumes toi aussi, si j’avais su j’aurais été fumer  avec toi ».  Nous étions les deux seuls fumeurs présents ce soir là,  et aucun de nous deux n’a osé fumer devant les autres.  Il y a, mettons, six ou sept ans, on pouvait fumer une ou deux cigarettes chez beaucoup de gens sans avoir la sensation de commettre une transgression ou une incivilité. Maintenant, ça devient mission impossible: l’air doit rester pur et les fumeurs sont priés de sortir même quand il fait froid ou qu’il pleut à verse.  Je ne dis pas que ce n’est pas un bien, d’une certaine façon, car les réunions de boulot  et les soirées privées où la majorité des participants fumaient clope sur clope devaient être pénibles, j’imagine,  mais n’est-on pas parvenu à l’excès inverse? Les plus jeunes hier,  ne fumaient pas;  j’avais l’impression d’être la toxicomane de service, pour deux malheureuses Dunhill que j’aurais eu plaisir à fumer sans avoir à me planquer.

Je crains que dans quelques années, personne ou presque n’ose boire plus d’un verre d’alcool au cours du  même repas,  que ce soit considéré comme la honte absolue de manger un pain au chocolat à quatre heures passé l’âge de douze ans,  et que les gens qui ne font aucun sport paient un impôt parce qu’ils augmentent le trou de la sécu en refusant d’adopter une bonne hygiène de vie.  Et je me demande si ce n’était pas moins contraignant de manger du poisson le vendredi saint…

le « roman vrai » d’emmanuel carrère

 

J’ai une certaine admiration pour Emmanuel Carrère. Ce garçon qu’on devine ombrageux et tourmenté, a écrit en vingt-cinq ans huit romans dont deux sont, à mon humble avis, déjà des classiques: « L’adversaire » et « La classe de neige ». Oeuvres étonnantes par leur puissance narrative et l’intelligence sobre de leur écriture.

En  2007,  Emmanuel Carrère s’essaie à l’autofiction, en racontant dans « Un roman russe » le tournage d’un documentaire en Russie, ses interrogations concernant le passé de son grand-père russe (il est le fils de l’Académicienne Hélène Carrère d’Encausse) et une passion très sexuelle et mouvementée avec une femme dont il espère qu’elle soit enfin la femme de sa vie. Le résultat est imparfait, l’écriture moins maîtrisée que dans ses fictions,  mais l’ouvrage impressionne par sa franchise et son côté fiévreux: l’auteur parvient à faire de lui-même un personnage dostoievskien, cette performance n’est pas donnée à tout le monde.

En quatrième de couverture de son nouveau roman « D’autres vies que la mienne« , paru chez POL ( éditeur qui le publie depuis 1984 et auquel il semble très attaché), l’auteur prévient le lecteur:  Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai.

L’avertissement tient ses promesses: durant les soixante premières pages, Emmanuel Carrère raconte l’histoire vraie de ses vacances au Sri-Lanka qui (hasard hallucinant pour un romancier qui se rend pour la première fois dans ce pays)  ont lieu au moment où un tsunami dévaste une partie de l’Asie du sud-est. Il est là avec sa nouvelle compagne et les fils qu’ils ont eu chacun d’une première union. Ils renoncent à une sortie de plongée, s’ennuient à l’hôtel, Emmanuel est morose et se demande si son histoire d’amour avec Hélène ne va pas finir comme les précédentes par une rupture triste et navrante. En fin de matinée, ils apprennent l’impensable: cette vague géante qui a surgi d’un coup et a emporté en quelques minutes des centaines de sri-lankais et de touristes; les survivants arrivent dans le village, racontent hébétés ce qu’ils ont vu ou vécu.  Dès l’après-midi, Emmanuel et Hélène affrontent  un drame insupportable à entendre: Delphine et Jérôme, avec lesquels ils avaient sympathisé, ont perdu leur petite fille de quatre ans. Ils étaient au marché, la petite jouait sur la plage sous la garde de son grand-père, elle a été emportée, comme la petite sri-lankaise qui était avec elle, seul son grand père a survécu en s’accrochant à un arbre. Il sait qu’elle est morte, doit dire l’indicible à ses enfants; le jour même, on retrouve le corps. Le père, la mère et le grand-père vont devoir vivre avec ça, cette douleur qu’on n’ose pas imaginer; alors que comme on dit, en principe  « ça n’arrive qu’aux autres ». Dans les jours qui suivent, les deux familles ne se quittent plus. L’enfant sera incinérée à la va-vite,  chacun rentrera à Paris en pensant que rien ne sera plus comme avant.  Il faudra supporter la souffrance intolérable pour les uns, la culpabilité d’avoir échappé au pire pour les autres.

Emmanuel et Hélène n’ont guère le temps de souffler émotionellement: peu après leur retour, ils apprennent que Juliette, une des soeurs d’Hélène, fait une récidive de cancer. Elle est déjà handicapée par le cancer qu’elle a eu à 16 ans, malgré cela elle est devenue juge et s’est mariée avec un homme qu’elle adore et qui lui a fait trois petites filles. Cette nouvelle épreuve va amener Emmanuel à parler souvent et longuement de vie, d’amour et de souffrance avec un juge lui aussi éprouvé par un cancer qui lui a valu d’être amputé, et qui est devenu le meilleur ami de Juliette.

Je ne vais pas vous raconter tout le roman; Emmanuel Carrère narre très longuement les confidences d’Etienne, juge passionné et d’un tempérament rare de force et d’humanité,  sur le combat qu’il a mené avec Juliette pour améliorer les situations dramatiques auxquels ils étaient confrontés tous les jours face à des justiciables étranglés par le surendettement.  Il s’attarde ensuite longuement sur l’évolution de la maladie de Juliette et le retentissement de sa mort « annoncée » sur ses filles et l’homme de sa vie. Emmanuel Carrère ne se cache pas d’avoir fait ce livre pour témoigner en tant qu’ami de ces douleurs qu’il a accompagnées à sa façon. Son livre est souvent bouleversant, mais je me suis souvent dit en le lisant que j’avais presque l’impression de lire du Madeleine Chapsal ou un témoignage dans « Marie Claire ». Le style est simple, aucune distance n’est prise ni avec les situations ni avec les personnages, et le message limpide: il restera auprès d’Hélène car l’amour doit être plus fort que tout.  Peut-on faire de la bonne littérature avec de bons sentiments? Je crains que non. L’auteur aurait dû écrire « récit » sur la couverture et le publier chez un autre éditeur. Pour moi, cet ouvrage est hélas moins réussi que ses oeuvres précédentes. J’aimerais qu’après cet ouvrage très fort humainement, cet auteur revienne à la fiction. Ce n’est pas ce qu’il annonce dans une interview donnée dernièrement au Nouvel Observateur:

« Je ne dis pas que je ne reviendrai pas au roman, mais je n’en ai plus envie. Et je crois que le roman n’a plus envie de moi….Même comme lecteur, j’ai perdu le goût du roman. Je crois que je vieillis. »

video kitsch

Un de mes passe-temps favori sur internet, consiste à rechercher des clips de  mes chansons préferées. Rien de tel qu’un bon tube de derrière les fagots pour voir la vie en rose. Quand le clip est bien kitsch, c’est encore meilleur. Mon choix pour aujourd’hui: « Comment te dire Adieu » interprétée par le sautillant Jimmy Sommerville.

Pour les nostalgiques, la première version de cette chanson composée par Gainsbourg,  interprétée par la sublime Françoise Hardy.

après quelques jours sur la riviera…

J’aime le joli nom de Riviera, par lequel était nommée ce que l’on appelle aujourd’hui « Côte d’Azur ». Je viens d’y passer quelques jours, alors que je n’y avais pas mis les pieds depuis plus de vingt-ans.

Dimanche dernier, j’ai arpenté la célèbre « Croisette de Cannes »…sous la pluie! Pour une fois que je foulais les mythiques trottoirs sur lesquels se sont posés tant de pieds « rich and famous, » il fallait que ce soit sous un parapluie; du coup j’avais  davantage l’impression d’être à  Pornichet , un jour pluvieux de novembre, que dans le décor du festival qu’on voit toujours, sur les photos, gai et pimpant avec yachts, parasols et chouettes pépées en tenues décolletées.En somme, je n’ai pas vu grand chose à Cannes, sinon les façades des palaces, et des boutiques d’un luxe extrême, boutiques dans les vitrines desquelles on peut voir, entre autres, un manteau en python coûtant 8500 euros et les célèbres chaussures Jimmy Choo, hideuses, hors de prix et importables tant les talons sont vertigineux, mais dont j’étais bien contente de voir de mes yeux quelques exemplaires;)

Les autres jours, nous avons visité, mon homme et moi, quelques villages perchés dans l’arrière pays, le vieux Nice, ainsi que la fabrique de parfums Molinard de Grasse.  Nous avons aussi arpenté les rues de Saint-Paul-de-Vence et collé notre nez aux carreaux de la « Colombe d’Or » pour apercevoir les tableaux de maîtres décorant les salles du restaurant qui abrita les amours de Montant et Signoret et vit défiler de nombreux peintres installés dans cette douce et lumineuse région. Dans tous ces  sites hautement touristiques, on ne croise,  quand on s’y promène hors vacances scolaires, que des vieux ou des groupes d’adolescents coachés par leurs profs, ça fait bizarre.  Le lieu qui m’a le plus épatée est  la Villa Ephrussi,  perchée en haut de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Cette sublime villa a été  pendant trente ans la propriété de Béatrice de Rotschild, personnage hallucinant qui disposait de 10 000 euros d’argent de poche par semaine, et qui hérita à la mort de ses parents de 350 millions d’euros lui permettant  de mener une vie de patachon: divorçant très jeune d’un mari qu’elle n’avait jamais aimé, elle a vécu une existence de sybarite, jouant au casino, prenant des maîtresses (elle préférait les dames) et dépensant sans compter pour satisfaire sa compulsion d’achats d’antiquités et son désir d’avoir de belles demeures. Elle n’a passé en tout et pour tout que trois saisons dans cette sublime maison remplie d’oeuvres d’art et dotée d’un jardin extraordinaire.

Nous étions logés chez des retraités assez aisés qui louent à l’année deux chambres d’hôtes. Des gens adorables, chez lesquels je serais bien restée des semaines à me faire chouchouter,  dans leur  grande maison remplie de chats et de chaleur humaine . En fin d’après-midi, ils insistaient pour nous offrir le thé et nous raconter leur vie: elle hongroise, lui allemand, ils se sont rencontrés en Suisse, ont vécu en Belgique et à Annecy. Ils ont eu deux beaux enfants. L’aîné est un chanteur d’opéra qui parcourt les scènes du monde entier et tutoie Alagna, Boccelli et quelques autres voix d’or. Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et R… souffre depuis trente ans d’une maladie évolutive qui lui gâche quelque peu l’existence. Il y a toujours un « grain de sable » même dans les vies qui semblent les plus belles, les plus enviables.

Hier soir, nous avons passé la nuit à Castres, dans une chambre d’hôtel à 35 euros qui puait le tabac froid. Telle Cendrillon éjectée de son carosse, je redescendais sur terre, un peu étourdie.

J’espère que vous me pardonnerez la futilité de ce billet…

 

à bientôt

Je pars quelques jours en vacances. A bientôt.

 

 

 

 

 

 

 

la journée de la jupe

Le film « La journée de la jupe », écrit et réalisé par Jean-Paul Lilienfeld, a été diffusé en avant-première vendredi soir sur Arte, avant sa sortie en salles la semaine prochaine. On pouvait imaginer qu’avec Isabelle Adjani, dans le rôle principal, ce long métrage attirerait les spectateurs peu enclins d’ordinaire à regarder Arte le vendredi soir. Le pari est réussi: « La journée de la jupe » a « fait » 9,6% de parts de marché.

Dans ce film assez court (à peine 1h25), Jean-Paul Lilienfeld dresse un portrait émouvant d’une femme professeur qui tente de dompter une classe d’élèves issus, comme on dit, de « milieux défavorisés ». Au début du film, on a droit à une version hard d »Entre les murs« . Les élèves, en majorité des garçons, sont agressifs, insolents, de vrais petits caïds qui bien évidemment se contrefoutent de la scène du « Bourgeois Gentilhomme »  que Sonia, leur professeur de français, leur avait demandé d’apprendre.  Le rapport de pouvoir va s’inverser quand le hasard va placer une arme à feu dans les mains de Sonia. Exaspérée par ses élèves, fragilisée par un vécu personnel qu’on apprendra au fur et à mesure, Sonia « pète les plombs » et prend en otage la classe. Bientôt une brigade du GIGN (un des brigadiers est interprété par Denis Podalydès, excellent dans ce rôle improbable de gendarme musclé), s’installe au collège, coachée par une ministre de l’intérieur prétentieuse et cynique.

Je ne vous raconte pas la suite, concluant simplement que j’ai été heureuse de voir Isabelle Adjani dans un vrai rôle de femme ordinaire. Elle interprète le rôle de Sonia à la perfection, on retrouve l’actrice capable de jouer aussi bien Agnès dans « L’école des femmes » à la comédie française, qu’une  bimbo fragile dans « L’été meurtrier ». Il était temps; je craignais qu’elle se cantonne à jamais dans des pubs pour sacs de luxe. On ne peut que lui souhaiter de recevoir de bons  scénarios comme celui de Lilienfeld.

 

Trésor des expressions françaises

 

En écho à mon dernier billet, je vous propose de découvrir un ouvrage intelligent et amusant, dans lequel je me plonge régulièrement: Trésor des expressions françaises, essai rédigé par Sylvie Weil et Louise Rameau,  préfacé par Georges Perec:

Extrait de la préface:

« Nos ancêtres possédaient une culture classique plutôt pharamineuse; il n’est que de lire ce livre pour, au fil des pages, se rendre compte que nos aïeux baignaient dans une familiarité quotidienne avec la Bible, L’Illiade et l’Odyssée, l’histoire grecque et romaine, les grands textes de l’antiquité, la mythologie… »

Certaines expressions populaires ont une origine souvent inconnue; on peut imaginer qu’elles  ont été inventées  par des personnes qui avaient de l’humour et de l’esprit : « en baver des ronds de chapeaux », « passer à la casserole », « plier les gaules ».  Celles recensées  dans l’ouvrage précité sont devenues  si usuelles qu’on les emploie sans songer à quel point  elles sont chargées d’histoire et de symboles; lire ce livre permet de redécouvrir toutes ces expressions en apprenant (ou en se remémorant pour les plus érudits:D), des anecdotes historiques, des passages de la Bible, des Fables de la Fontaine, des pièces de théâtre. On s’aperçoit que la langue française est vivante, elle s’enrichit sans cesse grâce au talent des écrivains et grâce au bouche à oreille qui transforme un bon mot en proverbe.

Pour illustrer ce billet, deux expressions que vous avez forcément entendues de la bouche d’un ami ou d’un parent, expliquées ainsi:

SE METTRE EN RANG D’OIGNONS

« A première vue, le sens de cette expression n’est pas bien mystérieux: on pense tout simplement aux jardiniers qui alignent au cordeau leurs plants d’oignons. Mais il existe une autre histoire. A la cour des Valois, il y avait un Grand Maître des cérémonies, nommé Artus de La Fontaine Solaro, baron d’Oignon. Lors des états généraux de Blois, en 1576, c’était lui qui assignait leur place aux seigneurs et députés. On trouva très drôle sa façon de crier: « Serrez vos rangs, Messieurs, serrez vos rangs! » et on prit l’habitude de se moquer des rangs d’Oignon… »

TRANCHER LE NOEUD GORDIEN

« Ce n’est pas vraiment résoudre un problème, c’est empêcher qu’il continue de se poser comme il le faisait. C’est l’annuler de façon expéditive et définitive. Ainsi fit Alexandre Le Grand. L’histoire se passe en Asie Mineure, à Gordion, capitale des rois de Phrygie. On raconte qu’un oracle avait prédit aux habitants qu’un char à boeufs leur apporterait un roi.  Arriva par hasard, sur un chariot, Gordios, que l’on couronna aussitôt. Gordios alors, attacha le timon et le joug de son char d’un noeud inextricable et fit placer le chariot dans le temple de Zeus. Or, il avait été prédit également que celui qui dénouerait ce noeud conquerrait l’Asie. Beaucoup s’y essayèrent, qui échouèrent. Alexandre, lui, n’y alla pas par quatre chemins; il trancha le noeud d’un coup d’épée, à son arrivée dans la ville (vers 334 av JC).  Et il devint, en effet, le maître de l’Asie ».

Je vous laisse chercher l’origine de: « Aller à Canossa », « S’en moquer comme de l’an quarante », « Ne pas se moucher du pied » et autres formules savoureuses…

de l’absurdité des listes en général et des classements en particulier

 

 

Je l’ai déjà confié ici, je ne commence jamais mes courses au supermarché sans faire un tour au rayon des  livres et à celui de la presse. Hier, derrière les piles de VSD,  j’aperçois un petit livret à couverture blanche portant le titre: « Les 100 plus beaux textes de la littérature française » numéro hors série publié par le Magazine des Livres (Lafont presse.)

Les listes et les classements m’agacent car ils donnent une vision erronée de la réalité. Souvenez -vous de cette enquête effectuée par le magazine LIRE qui avait produit la liste des « Cents livres préférés des français« . On trouvait la Bible en no 1, « Jamais sans ma fille » de Betty Mahmoody » en no 9, et Hergé et La comtesse de Ségur (que j’idolâtre tous les deux) se payaient le luxe de passer devant Proust. Ca donnait une idée de ce que la moyenne des gens achète tout en laissant supposer qu’on pouvait en tirer des conclusions sur les goûts des lecteurs. Absurde et inutile classement, de mon humble point de vue.

J’ai tout de même regardé de près ce numéro hors série du Magazine des livres. Première constatation: la couverture est trompeuse car en page 1,  on voit que ce sont les « premières pages » de 125 oeuvres qui ont été choisies pour le florilège. En gros, les sélectionneurs ne se sont pas foulés: il aurait été plus ardu de choisir « le plus beau texte » de chaque roman. Mais j’imagine que ça les fatiguait d’avance de se taper les milliers de pages de Proust, de Balzac, Hugo et Zola, auteurs gravement prolifiques, et l’oeuvre intégrale de tous les autres nominés.

Voyons maintenant les 125 auteurs choisis et classés par ordre chronologique de publication. Jusqu’en 1870,  je ne me risquerais pas à faire des remarques;  il y a, d’après mon peu de culture, ce qu’on peut appeler les « incontestables »: Rabelais, Montesquieu, Voltaire, Rousseau, Laclos, Stendhal, Flaubert, je ne vais pas les citer tous, vous pouvez imaginer la liste en vous souvenant des Lagarde et Michard. Notons tout de même l’absence de Montaigne et de La Fontaine. Montesquieu supérieur à Montaigne? Bizarre, comme choix.

Après, ça se gâte: pourquoi ne pas avoir mis dans la liste Georges Bataille et Octave Mirbeau, alors qu’on estime au Magazine des livres, que Maurice Leblanc et Jules Renard ont écrit de très beaux textes? Qu’est-ce que la beauté littéraire? Qui peut répondre à cette question de façon catégorique?

Pourquoi Muriel Cerf et pas Annie Ernaux? Pourquoi Orsenna, Pennac, Delerm et pas Djian? J’imagine la tête qu’a dû faire BHL en voyant qu’il ne  figurait pas dans la liste!

Cette manie des listes et des classements est stupide.

15 euros, tout de même, le numéro Hors série.

 

 

mon premier portrait

 

Aujourd’hui, j’ai passé la journée à dessiner et à peindre un portrait, pour la première fois de ma vie.

J’explique le contexte: la soeur d’une amie ne sait plus quoi faire de l’argent « en trop » que gagne son mari, on ne peut pas passer sa vie à faire du shopping, aussi a-t-elle ouvert il y a quelques années,  une galerie temporaire, où sont invités peintres, sculpteurs ou créateurs d’objets de décoration. Au dessus des 100 m2  de galerie,  elle dispose d’un atelier où elle compose ses propres oeuvres. Je trouve ça dommage que ce soit souvent des gens sans talent exceptionnel qui  disposent d’un tel confort, mais bon, ainsi va la vie. Cette semaine, elle proposait des stages d’une journée offrant la possibilité de s’initier à un art. J’ai choisi la journée « art du portrait ». Nous étions cinq apprenties coachées par une charmante artiste peintre. Le matin nous avons appris à tracer des axes, à étudier les proportions du visage. Au bout de deux heures, le visage de fille aînée, d’après photo, ressemblait un peu à quelque chose.

L’après-midi, nous avons « aquarellé » nos dessins. Résultat des courses: mon joli dessin s’est transformé en peinture du niveau d’un élève de CM2. Autant dire affreux. Mais la prof était contente et j’ai passé une journée géniale. Rien n’est plus délassant que de s’adonner à une activité inédite. Ca lave la tête, si j’ose dire. Je ne sais pas si je m’inscrirai dans les mois qui viennent à un cours de dessin et de peinture,  mais je suis tentée.

Je pense à Manuel Montero et à son travail écrit: j’imagine, peut-être à tort, que l’écriture lui permet d’échapper à l’emprise que doivent exercer sur son esprit les oeuvres de peinture et de dessin qu’il crée depuis des années.

On finit par devenir un peu timbré à se concentrer sur un seul mode d’expression. J’avoue que pendant près de trois mois cet hiver, je n’ai pas écrit une ligne. Je ne pouvais plus voir mon manuscrit « en peinture ». Tenter, je dis bien tenter, car je n’ai aucun talent exceptionnel, de pratiquer deux arts différents est peut-être un moyen de ne pas sombrer dans la lassitude. J’aimerais connaître votre avis sur cette question.

8 mars, journée de « la » femme

 

La journée de la femme existe depuis 1917, en référence à un 8 mars durant lequel des ouvrières russes ont fait grève. En France, elle est « institutionalisée » depuis 1982. J’imagine que François Mitterrand et Pierre Mauroy, en charge du pays à l’époque, n’étaient pas de farouches révolutionnaires ultra féministes mais qu’ils avaient eu l’occasion de voir à l’oeuvre des machos de tous poils sévissant au sein des partis, des cabinets ministériels, des entreprises, des services de presse.

Elle ne sert pas à grand chose, cette journée, elle entérine une guerre des sexes qui a fait long feu? Sans doute. Mais je pense aux petites filles iraniennes, afghanes, éthiopiennes, indiennes (liste à compléter), aux prostituées non consentantes de tous les pays, aux ouvrières et employées  harcelées sexuellement par des minables dans notre beau pays et je me dis que rien que pour elles, je boirai un verre et fumerai une « nuit grave », en leur souhaitant des jours meilleurs.

Je précise que je n’ai rien contre l’établissement d’une journée pour les hommes: je ne suis pas contre, mais tout contre, comme disait l’autre…

FAN DE VINCENT

Hier soir, donc, concert de Vincent Delerm à Bordeaux. Il y a deux ans, j’avais emmenée fille no 2. On étaient rentrées avec des étoiles plein les yeux (pardonnez-moi ce lyrisme béat). Cette fois, j’étais accompagnée par l’homme de la maison et fille no1.

Vincent Delerm, c’est un physique banal (mignon mais banal), une voix bizarre, avec des intonations à la Brigitte Bardot, et des chansons déroutantes. La première fois que j’ai entendu « Fanny Ardant », je me suis demandé « Qui c’est ce type qui chante comme un pied? »  Et puis j’ai écouté son premier album et là, j’étais séduite pour toujours, parce que les chansons de Vincent, personne d’autre que lui ne peut les écrire (il faut oser chanter « Les lecteurs de Houellebecq ne font pas souvent de sapin »), parce que « Châtenay-Malabry » est une des plus belles chansons françaises composées ces 20 dernières années et parce que quand on est touché par un artiste, on se laisse embarquer comme lorsqu’on tombe amoureux.

Hier soir, il nous a offert ses grands classiques:  « Fanny Ardant, « Le monologue shakespearien », « Les filles de 1976″, « Châtenay Malabry », « Tes parents » et bien sûr  des chansons de son nouvel album « Quinze chansons ».

De plus en plus « obsédé » par le 7ème art, le chanteur a ouvert son spectacle sur un bel hommage à la « Métro Goldwyn Mayer », et nous a offert la projection de nombreux petits morceaux de films, dont  un merveilleux court métrage en noir et blanc où il fait l’acteur muet, avant de couper le spectacle par un mini entracte avec des pubs cinéma des années 70 et une distribution de bonbons Michoko par les ouvreuses; on a eu droit aussi à un hommage à Souchon (acteur dans « l’amour en fuite » ), à la chanson « Deauville sans Trintignant » et à l’évocation émouvante d’Antoine Doisnel, personnage emblématique du cinéma de Truffaut, incarné par Jean-Pierre Léaud, inoubliable acteur de la Nouvelle Vague.

On ne peut pas apprécier Delerm si on est pas nostalgique de façon immodérée (façon Proust ou Modiano) et si on est allergique à son côté « Bobo » cultivé dont il se moque à l’occasion.  Comme il le dit lui même: Si j’écris une chanson sur « Les vacances de M Hulot », ceux qui n’ont pas vu le film vont se sentir exclus; ils vont trouver ça trop référencé.

Personnellement, je suis fan depuis longtemps, même si je comprends que ce type d’artiste puisse être exaspérant pour des personnes qui préfèrent un discours et une musique plus punchy et moins envahis par l’ironie et la distance.

Réaction de fille no 1: TROP BIEN. Appréciation de l’homme: magnifique!

Moi, je vais réécouter du Delerm dans les jours à venir et espérer qu’un jour cet auteur écrira un film et le réalisera lui même. Il aime tellement le cinéma qu’il faudra bien qu’un jour il fasse SON cinéma.

Une petite vidéo pour ceux qui n’ont jamais vu l’artiste sur scène.

I love Vincent

Ce soir Vincent Delerm chante au théâtre Fémina de Bordeaux.

J’y vais, évidemment. C’est pas votre tasse de thé, Vincent Delerm? Ben, j’essaierai quand même de vous convaincre que ce jeune homme est un ange tombé du ciel.

CASSE TÊTE

 » Ils m’ont tapé sur la tête,

Je ne me souviens plus pourquoi

Ni même si ça m’a fait mal

Puisque j’en suis mort »

 

Les paroles de cette chanson (Casse-têtes) interprétée par Yves Montand, me sont revenues en mémoire ce matin, allez savoir pourquoi. Je me demande si c’est pas la faute à l’inconscient, quand les paroles d’une chanson nous reviennent comme ça, sans crier gare.

En analyse (oui,  je sais, beaucoup d’entre vous pensent que la psychanalyse c’est du pipeau),  il m’arrivait souvent, il y a quelques temps, juste à la fin de la séance, d’entendre littéralement, dans ma pauvre tête malmenée par l’introspection, ces paroles là:

« Qu’est-ce qu’on attend,

Pour faire la fête,

Qu’est-ce qu’on attend

Pour être heureux? »

 

Je vous jure que je n’invente rien. Et pourquoi je ne peux pas entendre la chanson « A bicyclette? » sans avoir envie de sangloter comme un enfant qui a perdu son ours préféré? Pourquoi, sinon parce que la nostalgie me submerge, parce que la bicyclette ça me rappelle les plus belles vacances, celles que j’ai idéalisées,  non pas avec « Francis, Paulette et Sébastien », mais avec ma soeur et mes cousins?

Tout ça c’est de la faute à l’inconscient.

 

LE PARIS-BREST DE TANGUY VIEL

Dans « Paris-Brest » (Minuit), son nouveau roman dont le titre évoque à la fois la ligne de train reliant la pointe du Finistère Nord à la capitale et le célèbre gâteau rempli de crème au beurre, Tanguy Viel nous propose ce qu’il appelle lui- même « un roman familial ».  Roman dans lequel il expose des personnages, des faits, des souvenirs, des affects (tous ayant pour objet l’histoire familiale telle que le narrateur l’a perçue  ou la transforme, Viel  prenant plaisir à nous embrouiller), tout en relatant les circonstances dans lesquelles le narrateur écrit,  ses intentions (fuir Brest, se sauver par l’écriture), et les « conséquences  » qu’auront dans l’histoire, les cent-soixante-quinze pages du manuscrit qu’il ramènera dans sa valise une veille de Noël, comme une bombe qu’il essaiera de cacher, mais qui finira par exploser de façon inattendue.

Au début de cette histoire de famille, le narrateur s’installe dans un petit studio de 16 m2 situé en dessous de l’appartement de 160m2 dont sa grand-mère a hérité après un bref mariage , interrompu pour cause de décès, avec Albert, vieillard qui a eu le bon goût de faire de « Marie-Thérèse », sa légataire universelle. Les parents de Louis (on ne saura jamais ni les prénoms ni le patronyme de ces peu reluisants géniteurs), sont contraints de « s’exiler » en Languedoc Roussillon, après une sombre affaire de  faux papiers et de détournement de fonds dont s’est rendu coupable le père, juste avant de démissionner de son poste de vice-président du club de foot brestois. Louis reste  à Brest, malgré son jeune âge (17 ans) et malgré les réticences de sa mère qui n’aime pas voir les membres de sa famille échapper à sa surveillance, pas plus qu’elle n’est rassurée de laisser derrière elle les dix-huit millions de la grand-mère.

 Tout partira définitivement en quenouille quand un ancien camarade d’école de Louis refera surface, l’entraînant à commettre un acte presque « dostoievskien ». Sous des dehors de farce bourgeoise parfois hilarante, on sent souvent le désespoir affleurer tout au long du récit. Louis ne se sauvera d’un destin sinistre sous la coupe d’une mère abusive qui l’a toujours méprisé, qu’en fuyant à Paris où il écrira afin « d’effacer  le mal ».  Morceaux choisis, expliquant le point de vue du narrateur sur la psychologie de sa génitrice:

« …Pour ma mère, expliquais-je au fils Kermeur, le monde est très simple, le monde est une sorte de grand cercle et au milieu il y a une montagne d’argent et sans cesse des gens entrent dans le cercle pour essayer de gravir la montagne et planter un drapeau en haut…Elle, ma mère, arrivée la dernière comme un metteur en scène sur un tournage de film, elle n’a même pas salué sa propre mère mais d’abord regardé vers moi et comme l’air de dire que quand même, que c’était bien la peine que j’habite en dessous si je n’étais même pas capable d’empêcher un cambriolage. Même concierge, ai-je lu dans son regard, même concierge tu n’en es pas capable. »

« Paris-Brest » c’est un peu la version moderne du « Noeud de vipères » de François Mauriac. Un beau roman, étrange et émouvant, qui m’a donné envie de découvrir les précédents romans de Tanguy Viel: Le Black Note (1998), Cinéma (1999), L’absolue perfection du crime (2001), Insoupçonnable (2006), Minuit.

Comment publier un roman sans se fatiguer

Vendredi dernier,  jour des courses d’avant week-end, je commence comme d’habitude mon parcours à travers un hypermarché dont je ne citerai pas l’enseigne (pas de publicité clandestine sur ce blog, j’ai des principesCool), en arrêtant mon caddie au rayon livres. Ca m’intéresse de voir quels sont les auteurs qui sont distribués  en grande surface, ça donne une bonne idée de ce qui « se vend »;  j’ai remarqué d’ailleurs, que l’enseigne en question met les nouveautés sous blister, ce qui fait que l’acheteur ne peut pas feuilleter le livre avant de se décider, on appelle ça le progrès, j’imagine. Immédiatement, mon oeil est attiré par la couverture d’un roman de Yasmina Reza dont le titre m’est inconnu : HOMMES QUI NE SAVENT PAS ETRE AIMES. J’aime bien Yasmina Reza: c’est une femme très intelligente, belle, raffinée et qui, cerise sur le gâteau, a  écrit avec beaucoup de goût et de subtilité des pièces de théâtre ( « Art », « L’homme du hasard », « Conversations après un enterrement » …), et de courts romans qui, bien qu’ayant eu moins de succès que ses pièces jouées dans le monde entier, ont été favorablement accueillis par les « professionnels de la profession ».

La lecture de la quatrième de couverture de ce « nouveau roman » m’a laissée pantoise:

La première édition de ce roman tragique et burlesque fut publiée en février 2003. Il avait pour titre le patronyme du personnage principal, Adam Haberberg, écrivain sans renom et hypocondriaque qui se confronte par hasard à une ancienne camarade de lycée.

Son titre original « Hommes qui ne savent pas être aimés », regretté par l’auteur, préféré par certains éditeurs étrangers, disait sans doute mieux son universalité et sa vérité profonde, c’est pourquoi cette nouvelle édition le reprend aujourd’hui.

On se demande quelles sont les motivations de l’éditeur et de l’auteur qui font du neuf avec du vieux. Est-ce une façon de renflouer les caisses de l’éditeur qui,comme toute entreprise commerciale, souffre de « la crise »? Yasmina Reza, qui n’a rien publié depuis son ouvrage consacré à la campagne de Nicolas Sarkozy pour les présidentielles, « L’aube, le soir ou la nuit », préfère-t-elle se rappeler au bon souvenir de ses lecteurs, pour les faire patienter jusqu’à la sortie d’un vrai nouveau roman?

Tout ça n’est pas bien grave, juste un peu ridicule. Imaginez que Dany Boon nous propose une nouvelle version des « Ch’tis » en le rebaptisant « J’aime les frites »: tout le monde jugerait cette démarche ubuesque. Dans le monde de l’édition, plus feutré, moins médiatisé, la petite manoeuvre passe comme une lettre à la Poste.

Funny Games U.S

J’ai choisi de faire un post sur FUNNY GAMES US du réalisateur Michael Haneke (sorti en 2008),  parce que ce film figure pour l’instant  en première place dans ma play-liste des  films les plus « dérangeants »:  « LE TAMBOUR » de Volker Schlöndorff, « ORANGE MECANIQUE » de Stanley Kubrick, DELIVRANCE de John Boorman, LA PIANISTE d’Haneke, ANNA M de Michel Spinosa.

N’étant pas jusque boutiste, dans mon envie de découvrir l’ultra violence ou la perversité telles que nous la donne à voir le 7ème art,   je ne peux pas comparer FUNNY GAMES avec les films réputés les plus « in-regardables » de l’histoire du cinéma comme IRREVERSIBLE de Gaspar Noé et SALO OU LES  120 JOURS DE SODOME de Pier Paolo Pasolini: je n’ai pas encore eu le courage de les voir.

En 1997, Michael Haneke (scénariste et réalisateur autrichien) avait scandalisé le public du festival de Cannes avec son film FUNNY GAMES réalisé en langue allemande.  Je n’ai pas vu cette première version, mais j’ai loué deux fois récemment le DVD de la version 2, afin de comprendre pourquoi FUNNY GAMES US (voulu par son auteur tel un remake très fidèle du premier) suscitait des réactions aussi violentes que controversées: les uns crient au chef d’oeuvre, les autres décrètent qu’il faut être masochiste pour passer 111 minutes devant un film « sadique, ennuyeux, malsain, inutile »: je cite des adjectifs lus dans les critiques de spectateurs du site Allociné.

L’histoire de Funny games est simple dans sa construction (unité de lieu, de temps et d’action): une famille américaine, un père, une mère et  leur enfant de dix ans, s’installent pour des vacances d’été dans leur résidence secondaire au bord d’un lac. Monsieur met son bateau à l’eau avec son fiston, Madame range les victuailles au réfrigérateur, contacte des amis qu’elle espère voir pendant le séjour. Un gentil chien de chasse gambade gaiement dans le parc. Deux jeunes gens font irruption dans ce tableau paisible. A la 24ème minute du film on comprend que le trio familial va passer les pires heures de son existence sous la torture des deux jeunes qui se sont introduits chez eux en se faisant passer pour des amis de leurs plus proches voisins. On pressent qu’il n’y aura pas de Happy End. Le film s’écoule lentement mais sûrement, alternant humour noir, ultra violence, humiliations insoutenables.

Haneke a eu l’intelligence de créer des personnages lisses, des Wasp qu’on pourrait trouver dans n’importe quelle comédie dramatique américaine: la famille est charmante, bourgeoise sans ostentation,  roule en 4/4 en écoutant de la musique classique et en plaisantant gentiment.L’épouse est jolie mais toute simple. L’enfant est mignon, bien élevé. Le père est calme, distingué, avec un doux regard d’homme intelligent qui aime sa femme, son gamin et qui a envie de passer de belles vacances. Les deux bourreaux ne sont ni beaux ni laids; on devine à leurs manières et à leur tenue de golf, qu’ils sont de bonne famille et font des études dans des collèges prestigieux. Seuls signes d’emblée inquiétants: leur regard froid et ironique, leurs gants d’un blanc immaculé, la sueur qui perle sur leur visage en permanence.

Intelligence aussi d’Haneke de montrer l’horreur sans surenchère visuelle: quand le gamin est battu à mort, on n’entend que des hurlements, le plan ne montrant qu’un des jeunes vaquant dans la cuisine, pendant que son copain s’occupe du petit. La violence est avant tout contenue dans le sadisme savamment orchestré par les deux compères qui prennent tout leur temps, s’amusent, plaisantent. Il y a cette réplique hallucinante, quand la femme demande pourquoi on ne les tue pas tout de suite: « Il ne faut pas oublier l’aspect divertissement… »

Je mentirais en disant que j’ai pris plaisir à regarder Funny Games: j’ai admiré la virtuosité du metteur en scène, le jeu sobre des acteurs, la qualité des dialogues, mais j’ai souvent été extrêmement mal à l’aise, me demandant pour quelles raisons j’avais choisi de le voir, en sachant d’avance à quoi m’attendre au vu des critiques que j’avais lues. Au delà de l’intérêt que j’ai pour Haneke depuis que j’ai vu et aimé le bouleversant « La pianiste », j’ai dû être motivée par un peu de  curiosité malsaine ( qui n’en a jamais eu), une envie de me faire peur sans risques, et peut-être aussi le besoin de réfléchir sur ce qui peut bien motiver deux êtres normaux à devenir pervers et criminels. Les deux monstres de Funny Games ne sont pas psychopathes; ils savent parfaitement ce qu’ils font. Ce sont de grands pervers et sans doute est-ce cela le plus inquiétant: voir à l’oeuvre une perversité susceptible de se développer chez n’importe qui.

 

L’important c’est de lire.

Chaque fois que je vais chez Mollat (1500m2 consacrés aux livres, la plus belle librairie de France, située dans un  immeuble du XVIIIème siècle à Bordeaux), j’éprouve un certain vertige: il y a tant de livres qu’on ne sait où donner de la tête; au mois d’octobre, il y avait même trois exemplaires de « Rater mieux » de Barberine (premier manuscrit publié sur le site des ELS à être publié sur papier) très bien placés, aux  côtés de romans d’éditeurs un peu hype. Chez Mollat, tout est pensé et vous ne verrez jamais un roman populaire de chez Belfond à côté de l’ouvrage d’un poulain des éditions de Minuit.

Ce genre de lieu est magique et en même temps angoissant: on a conscience qu’on ne lira jamais tous ces romans, tous ces essais. Et on sait que même si on avait suffisamment d’argent pour acheter sans compter, il serait humainement impossible de lire tous les livres qui nous font un peu de l’oeil,  parce que le titre nous intrigue, ou parce qu’on se souvient avoir lu un article qui donnait envie de craquer un billet de 20 euros pour ce roman qui nous semblait subitement indispensable, à en croire le journaliste qui vantait ses mérites, ou parce que c’est publié chez Actes Sud, ou chez POL ou tout autre éditeur avec lequel on se sent en affinités.

Quand on écrit soi même, la vue de tous ces livres qui attendent comme des orphelins qu’on les adopte, n’est pas seulement vertigineuse, elle donne carrément  le cafard: on n’est pas né de la dernière pluie, et on sait que beaucoup de ces romans sur lesquels des écrivains  ont passé des centaines ou des milliers d’heures se vendront mal ou  deviendront selon l’expression d’Anne Carrière « des  bébés morts nés. »

Il m’est souvent arrivé de me demander pourquoi j’écrivais, alors que personne ne me demande rien et que je ne serai jamais Proust ou Céline, ou même tiens, Christine Angot, dont il est de bon ton de se gausser mais qui vend chaque fois au moins trente mille exemplaires de ses autofictions.

Vous me direz que comparés au misères et aux drames qui se passent à chaque seconde sur la planète, mes doutes existentiels « dois-je écrire? /dois-je arrêter toute tentative d’écrire quelques paragraphes qui tiennent la route? » sont grotesques et vous aurez raison.

Et je me dis, pour me consoler de ne pas être la nouvelle Françoise Sagan, que l’important c’est de LIRE: lire, lire et lire encore, avaler les mots des autres, en faire sa nourriture quotidienne. Il y a trop de livres mais nous sommes nombreux à les aimer et c’est réconfortant.

 

Que reste-t-il de tout cela?

 

Un jour, j’ai eu 18 ans. Je ne me souviens pas de cette journée. C’est insensé, je ne m’en souviens pas. C’était l’hiver, j’étais en première année de droit à Poitiers et je ne me souviens pas de ce que j’ai bien pu faire ce jour là. Pas plus que je  ne me rappelle de ce qu’on m’a offert comme cadeaux. J’ai dû fêter ça avec Elizabeth,  Marylène et Fifi, mes meilleurs copains de l’époque, mais je ne me souviens de rien.

Pourtant, j’ai bien en tête la « photo souvenir » que je me suis fabriquée de l’amphi des « première année » de droit; je me rappelle  du coin en haut à droite où je m’asseyais pour  prendre en note des cours d’économie politique (mortels), de droit constitutionnel (ennuyeux), de droit civil (un peu moins ennuyeux). Je me souviens surtout des garçons. Dès le premier jour j’avais remarqué le seul beau mec, un brun aux yeux noirs, svelte et racé, et un autre garçon, plutôt pas mal,  avec ses cheveux châtain bouclés et ses yeux mélancoliques. A dix-huit ans, on ne regarde que les « mignons ». A dix-huit ans , on veut le sosie de James Dean  -ou d’Alain  Delon dans « Plein soleil »-, ou rien.  Alors, on se contente de regarder de loin  et en silence, parce que le beau mec de service est « déjà en main » et que le « plutôt pas mal » s’est fait draguer avant les vacances de Noël par une fille plus rapide, plus jolie, plus riche, plus tout…

Ca fait des années que je n’ai pas revu un de mes copains de fac ou de lycée. Marylène doit être devenue ce qu’elle était déjà un peu: une bourgeoise paresseuse et négligente.  Elizabeth est prof , en couple, sans enfants. Fifi, qui aurait pu faire de grandes choses tant il était cultivé, intelligent, plein d’esprit et d’humour, n’a pas fait grand chose. Emmanuel sur qui personne n’aurait parié est devenu un journaliste respecté.

Il y a trois ans, j’ai reconnu sous les traits d’un quarantenaire un peu dégarni, dans une émission de télé genre « Je veux devenir belle », un des gamins avec qui je jouais chez mes grands parents en Bretagne. Appelons le « Marc » par discrétion; Marc, donc, est aujourd’hui un grand  chirurgien esthétique qui exploite son art dans une clinique de Neuilly.  Faudra que je lui écrive, quand j’aurai envie d’un lifting, il me fera peut-être un prix. Il était tout mignon, Marc, quand on jouait au Monopoly les jours de pluie. Dans son costume de chirurgien, il ne ressemble plus du tout au petit garçon dont j’étais amoureuse secrètement. Pour être franche, j’ai même trouvé qu’il ne s’était pas arrangé avec l’âge.

Que reste-t-il de nos amitiés de jeunesse, de nos études, de nos dix-huit-ans: des souvenirs, qui deviennent de plus en plus jolis avec le temps, c’est déjà ça.

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