posts de septembre 2010


« La carte et le territoire » par Michel Houellebecq

 

« La carte et le territoire » est un roman qui sera sans nul doute un des rares livres que je relirai plusieurs fois,  comme j’ai déjà relu les précédents ouvrages du même auteur; un roman qui me semble très au dessus du lot de ce qu’écrivent 90% des écrivains français contemporains. J’ai pourtant fini par décider de ne pas le commenter, laissant la parole à quelques autres. Pourquoi ne le commenté-je pas moi-même ? Eh bien….Probablement parce que sur un auteur majeur comme Michel Houellebecq, je ne me sens pas de taille à argumenter contre l’avis d’éminents spécialistes s’exprimant (entre autres) sur la toile; vous avez sans doute déjà lu  chez Pierre Jourde et Pierre Assouline, des jugement forts peu élogieux sur « La carte et le territoire ». Jugements qui me laissent perplexe par leur sévérité.

Je vous donne donc les liens vers quatre critiques qui me semblent intéressantes et sincères. Vous pourrez constater que Marc Séfaris est assez déçu par sa lecture, mais son billet est très bien écrit et intelligemment pensé.

Houellebecq, même pas mort (Le Monde)

La carte et le territoire ou la tentation de l’humain (Stalker).

Michel houellebecq, pitre et peintre (Marc Séfaris)

Michel Houellebecq, La carte et le territoire (Le blog de la Procure)

 

 

« la côte sauvage » de Jean-René huguenin

Je n’avais jamais lu « La Côte sauvage » de Jean-René Huguenin. Sachant que c’était un livre important, un roman »culte » pour de nombreux amoureux de la littérature,  je l’ai acheté en poche il y a quelques jours et lu quasiment d’une traite. Ce livre a été le seul roman écrit par l’auteur alors qu’il avait 24 ans. Huguenin avait commencé sa très précoce carrière littéraire en écrivant pour « La table ronde » et en fondant la revue « Tel quel » avec Philippe Sollers, Jean-Edern Allier et Renaud Matignon.  Il est mort à 26 ans en 1962, au volant de sa voiture.

Le Finistère nord sert de cadre au roman: cette région faite de mer, de landes, de rochers et de fougères  est décrite avec une grâce infinie par le romancier;  la mer qui rafraîchit, les fougères dans lesquelles on se roule au début de l’été, les chemins sur lesquels on se rend certains dimanches voir passer le Pardon:  l’auteur nous montre là un univers à la fois sauvage et familier, rassurant parce que connu depuis l’enfance et  inquiétant quand il évoque les sables mouvants, les rochers sur lesquels les bateaux peuvent se briser, les falaises dangereuses à escalader; un univers à travers lequel Olivier, le personnage principal du roman, retrouve sa famille et ses souvenirs, le temps d’un été.  Le jeune homme revient de deux ans passés à l’armée. Dans le manoir familial, l’attendent sa mère et ses deux soeurs,  Anne et Berthe. Olivier se montre affectueux mais distant avec sa mère et sarcastique avec Berthe, qui tient le rôle ingrat de la fille aînée de trente ans toujours célibataire (ce qui signifie « vieille fille » pour l’époque), plaintive et déjà dépendante de médicaments pour calmer ses nerfs. On comprendra en lisant le roman, que la seule personne au monde qui compte vraiment pour Olivier est sa soeur Anne.  Anne, la belle jeune fille brune et mince qui le suit dans ses jeux depuis toujours.  Anne qui lui obéit, toujours, parce que ce qui est bon et souhaitable est toujours ce qu’Olivier a décidé.  Anne qui symbolise l’enfance heureuse, les merveilleuses vacances en Bretagne et probablement, bien que ce ne soit jamais dit,  un idéal féminin, dont le héros ne cherche étrangement pas le « pendant » dans les jeunes filles extérieures à la famille.

Ces vacances là voient Olivier inquiet face à l’avenir,  jaloux (sans vouloir l’avouer) de la relation d’Anne avec Pierre, qui est son meilleur ami depuis de nombreuses années, et souhaite épouser la jeune fille à la fin de l’été. Pendant des semaines,  ce futur mariage va peser entre le frère et la soeur. Anne est si attachée à son frère et si fascinée par son charisme et l’amour qu’il lui porte, qu’on la sent prête à renoncer à faire sa vie avec Pierre,  pour ne pas faire souffrir Olivier.  Comme elle le lui répète parfois: « On fait ce que tu veux. »

Il y a des passages poignants dans ce livre, tant on sent une fragilité proche du désespoir dans le personnage d’Olivier,  jeune homme sans doute trop nostalgique et sensible pour supporter de grandir.  « A quoi bon les rejoindre ? Qui l’attendait ? Il était seul. Simplement, la présence des autres, leurs questions et leurs cris lui dissimulaient parfois sa solitude, formaient entre elles et lui comme un écran dont il éprouvait à cet instant la transparence et l’irréalité. Une force douloureuse le traversa, il pivota lentement sur lui-même – les rochers déchiquetés, noirâtres, le phare lointain, la lande noyée, les moutons, les rochers- et il lui sembla faire d’un seul regard le tour de toute la terre. « Personne n’existe » murmura-t-il.

Un chien noir, le museau rasant le sol , suivait une odeur dans la lande; il disparut quelques secondes derrière un rocher isolé comme un moine en prière. Lorsqu’ Olivier se retourna, une traînée de soleil traversa les nuages et répandit sur les flots une lumière blême. Il eut faim, sans savoir de quoi, il lui sembla grandir, devenir lumineux lui-même, le vent coulait dans ses veines et il sentait battre son coeur….Mourir était impossible. Il ne souhaitait rien, il n’avait rien à perdre, il était libre.  Le soleil s’éteignit. »

Une ombre d’inceste s’insinue dans certaines scènes, jamais scabreuses, car Olivier aime et  respecte trop sa soeur pour « salir » son amour avec des gestes déplacés; les scènes de tête à tête entre frère et soeur sont au contraire bouleversantes de pudeur et de sensualité contenue.

Ce roman est remarquable par la qualité exceptionnelle de l’écriture et l’habileté de la construction narrative. Huguenin mêle au récit des rêves d’Olivier, des monologues du jeune homme dont on peut suivre ainsi les hésitations, le désarroi. Le roman au début assez léger, parfois même drôle, se finit en tragédie. Une tragédie dont l’auteur nous laisse imaginer le point final.

Un grand roman sur de multiples thèmes fondamentaux: la peur de quitter l’enfance, l’amour impossible, la peur de la solitude et de la mort, la fascination pour la nature.  A lire absolument.

 

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