posts de août 2010


Zoom sur Christine Muller

C’est grâce au blog de Wrath  que j’ai connu Christine Muller qui y signe de temps à autres des commentaires sous le pseudo « Poil de plume ».  Nous avons sympathisé en « off » et j’ai eu envie de découvrir ce que cette pétillante alsacienne écrivait. J’ai acheté son roman policier « On achève bien les cigognes » et elle a eu la gentillesse de m’envoyer un recueil de nouvelles et un essai historique.

Dans le recueil de nouvelles  Qui rira le dernier   paru en 2007 aux éditions « Les petites vagues« ,  Christine Muller nous offre cinq nouvelles sur le thème de l’amour vache. Qu’il s’agisse du naïf tombant amoureux d’une femme inconnue en lisant son nom poétique « Hélène Fougère », dans un annuaire, de la bourgeoise qui trompe son mari et se fait punir au delà de ses craintes, du bourgeois bohème branché en permanence à son mobile et fan de famille recomposée,  ou encore de l’Escort girl qui tombe amoureuse « du mauvais homme au mauvais moment », les personnages qu’elle dépeint sont à la fois attendrissants et risibles. D’une plume alerte et féroce,  Christine embarque tout son monde vers un destin burlesque ou pathétique.

Le roman « On achève bien les cigognes » paru en 2007 chez L’Ecir (de Borée)  est tout aussi burlesque et malin. On sent que Christine s’est bien amusée à monter ce roman policier tout en brocardant le milieu littéraire de province. Tout commence en effet par une invasion de blattes sud américaines dans la plus ancienne et prestigieuse librairie de Strasbourg, suivie de la découverte dans la cour de cette même librairie,  du cadavre d’Emmanuel Kern, écrivain médiocre et plagiaire.  Vont donc très vite se croiser le personnel de la librairie ( le très classe Ralph Sterling et ses accortes assistantes) et les journalistes des « Cigognes déchainées »,  notamment  la belle Renée Schütz,  son ami Michel et le chafoin Antoine Martinet.  Il faudra toute l’expérience du Commissaire Bach,  ainsi que l’aide précieuse de plusieurs membres de la petite communauté littéraire strasbourgeoise pour dénouer les fils d’une affaire de plus en plus ténébreuse: les meurtres  de médiocres plumitifs régionaux se succèdent mystérieusement, on finit par découvrir aussi un trafic de manuscrits perdus au moment de la guerre 39/45.

Dans Femmes d’Alsace,  paru en 2009 aux Editions Place Stanislas, Christine donne dans un autre registre, celui de l’essai historique. Elle retrace en effet le portrait de vingt femmes qui ont marqué l’histoire de l’Alsace par un destin particulier, ou par une célébrité devenue pour certaines, internationale (Louise Weiss, Marie Tussaud, Katia Krafft). Toutes ont pour point commun d’avoir eu le courage et la volonté de suivre un destin hors des sentiers battus, bien souvent en s’engageant pour des idées novatrices ou en travaillant d’arrache-pied pour un métier qui les passionne.  La plus émouvante histoire est, de mon point de vue, celle d’Adélaïde Hautval,  jeune femme devenue médecin dans les années trente, qui sera envoyée en camp de concentration à Auschwitz pour avoir pris en public, la défense d’une famille juive molestée par les allemands.

Témoin cet extrait:

« Et là, sur le quai, elle voit une scène qui la fait frémir de colère: des soldats allemands brutalisent une famille juive. Adélaïde s’approche du groupe et demande aux malotrus, en allemand, de laisser ces gens tranquilles. Réponse d’un soldat: Vous ne voyez pas qu’ils sont juifs ? Là dessus,  Adélaïde rétorque: Et alors, Ce sont des gens comme les autres , laissez-les ! Le courage de la jeune femme est bien mal récompensé car les soldats l’emmènent à la prison de Bourges. »

« Son sang de médecin ne fait qu’un tour quand Adélaïde apprend le pire: non seulement les juifs sont exterminés, mais les plus jeunes servent de cobayes pour les expériences du docteur Mengele…. Il a trouvé une idée « brillante » dans le cadre d’une thèse qu’il écrit sur Auschwitz: pourquoi ne pas se servir des dégénérés pour la noble cause de la science ? L’apprenti sorcier du nazisme triomphant convoque bientôt le docteur Hautval au bloc 10, où se déroulent les expériences.  Adélaïde refuse de l’aider à torturer des jumeaux.  Il lui parle de génétique (son obsession), et des problèmes liés à l’hérédité. Mengele n’hésite pas à prélever du sang et du liquide rachidien, voire à tuer les enfants lui même quand l’autopsie s’avère nécessaire. Ainsi l’étude de la composition génétique des « races inférieures », notamment les tsiganes, monopolise-t-elle toute son attention.  Il se rend en personne à la gare de triage d’Auschwitz pour choisir ses sujets d’expérimentations, n’hésitant pas à arracher des jumeaux aux bras de leur mère si cette dernière est de nationalité étrangère.  Adélaïde doit détourner le regard  face aux cadavres des petits innocents, sacrifiés à la cause du « grand Reich ». Le bourreau se montre exceptionnellement compréhensif et la laisse partir en se disant qu’il ne peut pas l’obliger à faire quelque chose contre son gré. »

Sortie des camps, elle luttera toute sa vie contre les nostalgiques du IIIème Reich et les négationnistes. En 1964 elle se rend à Londres pour soutenir l’écrivain Léon Uris, auteur du livre « Exodus », où sont dénoncées les pratiques  sadiques du médecin polonais Vladislav Dering; ce dernier lui a intenté un procès en diffamation. Grâce au témoignage de Mme Hautval,  l’écrivain est acquitté. En 1984, elle collabore à l’ouvrage « Les chambres à gaz, secret d’état » paru chez Minuit.

 

Je ne peux que vous encourager à découvrir Christine Muller,  cet auteur dont le talent et l’énergie sont indéniables. Bientôt une nouvelle femme célèbre d’Alsace ? je le lui souhaite ! Vous trouverez en lien ICI sa bibliographie complète.

 

 

Rentrée littéraire

La rentrée littéraire semble un peu plus prometteuse que celle de l’année dernière.  Pour ma part,  je suis sûre d’acheter  le nouveau livre de HOUELLEBECQ.

Rentrée littéraire houellebecq

Mais il me faudra attendre (comme tous les « non journalistes » servis en SP),  jusqu’au 8 septembre.  Notre Michel national n’a pas publié de roman depuis 2005. « La possibilité d’une île » lui avait valu une volée de bois vert de la part de nombreux journalistes. Pour ma part, j’avais été séduite par ce roman qui malgré ses longueurs, était une sorte d’auto portrait baroque de l’auteur encore plus personnel et plus provocant que celui amorcé brillamment dans « Les particules élémentaires ». On nous annonce ici ou là un roman plus léger, férocement drôle…Attendons donc patiemment.

Sinon, en fouinant sur les sites d’éditeurs, on trouve quelques nouveautés qui paraissent intéressantes:

Un premier roman chez Buchet Chastel.  Chez POL, un roman de Patrick Lapeyre, dont on peut lire les premières pages sur le site de l’éditeur. Chez Léo Scheer,  le nouveau roman d’Aymeric Patricot à la couverture sulfureuse.
Du côté des grosses pointures, ceux qui seront exposés avec force roulements de tambour,  sur le site de l’Express.fr on peut lire la liste des auteurs les plus bankables de cette rentrée:

« A côté de Michel Houellebecq, d’autres poids lourds sont attendus pour cette cuvée : Virginie Despentes (Apocalypse bébé, Grasset), Jean Echenoz (Des éclairs, Minuit), Philippe Forest (Le Siècle des nuages, Gallimard)…

Les éditeurs misent sur treize titres, ceux dont le tirage dépasse, d’après Livres Hebdo, les 50 000 exemplaires. Derrière le trio de tête, Amélie Nothomb (220 000 exemplaires), Ken Follett (La Chute des géants, Robert Laffont, 150 000) et Michel Houellebecq (120 000), on trouve Philippe Claudel (L’Enquête, Stock), Jean d’Ormesson (C’est une chose étrange à la fin que le monde, Robert Laffont) et Paulo Coelho (Brida, Flammarion) à plus de 100 000 exemplaires, devant Ouragan, de Laurent Gaudé (85 000), et L’amour est une île, de Claudie Gallay (70 000), tous deux chez Actes Sud…

La semaine prochaine, donc, seront disponibles en librairie le livre annuel d’Amélie Nothomb, Une forme de vie (Albin Michel), de l’avis général meilleur que les précédents, Passé sous silence, d’Alice Ferney (Actes Sud), Le Coeur régulier, d’Olivier Adam (L’Olivier)… A défaut d’exhaustivité, il faut savoir qu’on retrouvera ensuite les signatures d’Eliette Abécassis, Jean-Baptiste Del Amo, Mathias Enard, Alain Mabanckou, François Vallejo, Elie Wiesel…   »

 

Je me laisserai peut-être tenter par le roman de Despentes et celui de Ferney, si la 4ème de couve et les premières lignes m’accrochent.  Le Claudel lui aussi peut être intéressant,  si l’auteur a gardé la même inspiration et la même écriture que pour « Le rapport Brodeck ». Le « Amélie Nothomb nouveau »,  je m’arrange toujours pour le lire gratuitement:  dans mon entourage,  il y a toujours au moins une personne qui l’a acheté.

A bientôt…

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