posts de mai 2010


Brèves notes de lecture 2

Le temps passe, rien ne se décide, les lecteurs du comité X sont des gens visiblement très très très occupés….Toujours pas de réponse, donc, mais la vie continue, et j’ai  (entre autres) lu quelques livres. Pas de quoi faire un article dithyrambique sur le roman de la décennie, mais de « brèves notes ». Heureusement qu’il y a des bibliothèques, pour se tenir au courant de l’actualité littéraire, soit-dit en passant, car il est bien rare de dénicher une perle dans ce qu’il est convenu d’appeler les « crus de l’année »;

Commençons par le plus mauvais, le livre que je vous déconseille formellement:

UN TRES GRAND AMOUR  de Franz Olivier Giesbert
F. O Giesbert ne se cache pas d’avoir parlé de lui et rien que de lui, dans ce roman: confessions intimes, auto-fiction, leçon de vie, auto-analyse, « Un très grand amour »  se veut tout cela à la fois, et au final on obtient….pas grand chose. F.O Giesbert a eu beaucoup de femmes et beaucoup  d’enfants:  chaque fois qu’il tombe amoureux, il fait un enfant à l’aimée du moment;  chacune de ces femmes finit par être délaissée pour la suivante dont le narrateur, très sentimental et versatile, tombe raide in love comme un djeune. Mais le bonhomme vieillit et son dernier grand amour se dissout lamentablement parce qu’il est tombé sur une femme moins douce et moins docile que les autres, cette compagne beaucoup plus jeune que lui,  qui ne supporte pas qu’il soit atteint d’un cancer;  peu importe, notre héros souffre mille morts d’être abandonné avant de ressusciter de ses cendres ; ce qui doit arriver arrive: il tombe amoureux de son infirmière, la vie reprend, on se dit que là, c’est dommage, il ne pourra plus faire d’enfants.

Ecrite par un Philippe Roth,  cette histoire donnerait  un roman fort , émouvant, très bien écrit; là on est face à l’exhibitionnisme d’un vieil adolescent de 60 ans,  un gloubi boulga sans style, sans âme. Et dire que c’est publié chez Gallimard.

 

ROMANCE NERVEUSE de Camille Laurens

Camille Laurens n’a jamais caché son goût pour l’auto-fiction; son dernier roman paru n’échappe pas à son habitude d’utiliser des fragments de sa vie pour faire oeuvre littéraire.  Dans « Romance nerveuse », elle relate une relation amoureuse qu’elle a vécue pendant quelques mois, peu de temps après avoir été « limogée » des Editions POL.  Je ne vais pas revenir longuement sur cette affaire de plagiat qui l’a opposée à Marie Darrieussecq au moment de la sortie de « Tom est mort ». Ce qui est le plus intéressant n’est pas de savoir s’il y a eu ou non « plagiat »; non, ce qui est étonnant,  c’est de constater comment un écrivain se voit renvoyer du jour au lendemain par un éditeur qui le publie depuis  15 ans:  dans son livre,  Camille Laurens explique que son éditeur n’a pas supporté qu’elle attaque un auteur « maison » à travers la presse. Il a donné sa préférence à l’une, alors qu’il aurait pu se fâcher, dire haut et fort son mécontentement quant à cette querelle,  sans se comporter comme un employeur blessé de voir écorner l’image de sa boîte.  Anéantie par cette trahison, Laurens dit être restée plusieurs mois sans écrire avant de se mettre à l’ouvrage pour « Romance nerveuse ».  Sort de cette triste affaire,  un roman aussi agaçant qu’émouvant.  La narratrice, quarantenaire divorcée, rencontre lors des vacances d’été un paparazzi.  Il a dix ans de moins qu’elle, il est beau, musclé et beau parleur, mais il  regarde surtout la soeur de l’écrivain (qui reste indifférente à ses avances).  Alors qu’elle pensait ne jamais le revoir, Luc la contacte à Paris, alors qu’il l’a totalement ignorée quand ils étaient à Djerba,  sous le prétexte de jouer une partie de tennis.  Ils entament dès le premier rendez-vous une liaison,  d’autant plus cahotique que le photographe se révèle être à la limite de la psychopathie.  D’emblée,  alors qu’il viennent de faire l’amour pour la première fois, il dit à sa conquête qu’il l’aime, tout en la traitant avec ironie et désinvolture. Elle est sous le charme parce qu’il est jeune, hyperactif, sensuel, et (au début) salaud juste ce qu’il faut pour intriguer cette femme dont on devine qu’elle est assez  seule et fragilisée par sa position d’auteur renié par son éditeur.

Une longue « romance » à tendance sado-masochiste lie pendant des mois les deux personnages : Luc fait l’amour avec passion, réclame de l’amour, jure qu’il est amoureux fou, et dans le même temps il insulte, fuit, revient, fuit à nouveau et se complait dans un rôle de sale gosse victime de son passé (il dit avoir été violé par son frère pendant des années).  La narratrice perd pied et s’éloigne quand elle s’aperçoit qu’il est beaucoup plus attiré par les hommes, et la trompe sans arrêt avec des types rencontrés sur internet.

On est irrité par cette histoire pathétique et en même temps captivé par ce qui se révèle un étonnant portrait d’homme du troisième millénaire, ce paparrazi déjanté à la fois lamentable et flamboyant.

Je recommande ce roman à ceux qui apprécient les histoires d’amour qui finissent mal…Ce sont souvent celles qui donnent les meilleurs livres.

EXTRAIT:

« Pour l’instant, il dit qu’il arrive et il rentre chez lui, il se penche vers moi pour m’embrasser et bâille à plein gosier, il grille un feu devant les CRS alors qu’il m’accompagne à l’aéroport où je dois prendre un avion, il me laisse un message graveleux pendant les obsèques d’un de mes amis, il prend un étron en photo et me l’envoie en mms, il veut que j’achète un iPhone pour remplacer mon vieux mobile out of fashion, et devant mon refus obstiné demande au vendeur qui s’approche aimablement ce qu’il a comme modèle pour femmes mûres, il traite de dondon une copine d’Alice qui est anorexique, il hurle « fais-moi un café sale pute » au matin d’une nuit très tendre ou bien il me conseille de faire des exercices du périnée, parce que bon, après deux enfants…, sur une belle édition de Baudelaire, il pose un verre de punch qui laisse un cerne, il passe au téléphone la moitié du dîner dans le restaurant feutré où je l’ai invité pour son anniversaire, il cherche la scène qui déploiera le malentendu, le geste qui fera déborder le vase, la crise qui justifiera la rupture, avant l’excuse qui permettra de revenir, le cadeau d’attendrir, la parole d’émouvoir, il cherche sans discontinuer l’offense et le pardon. »

Attente…la suite

Je n’ai pas le moindre début de commencement de réponse à mon attente, ou si peu.  J’ai cru comprendre que mon texte n’ était pas passé au comité de lecture du mois d’avril,  il me faut donc attendre la fin mai pour espérer que peut-être,  au prochain comité, mon texte sera débattu à nouveau.  Histoire de patienter,  je vous confie  le récit par ordre chronologique de mes tribulations éditoriales.

Tout commence il y a à peu près un an; je viens de finir « Solo ma non troppo » et l’envoie à 4 éditeurs. Pourquoi 4 ? Parce que je vois ma démarche comme un test, et sais par ouïe dire et par expérience que cela ne sert à rien d’arroser tout Paris avec des dizaines de tapuscrits.  Je mets un rien de malice (et de masochisme) à placer  la barre assez haut:  POL, Gallimard (au sujet duquel certains rares commentateurs de chez Wrath répètent régulièrement que c’est là qu’un primo-romancier a le plus de « chances » d’être lu),  Stock,  Minuit.  Pour Minuit, je sais pertinemment que mes chances sont en dessous de zéro, mais je ne leur ai jamais rien envoyé, une lettre de refus de chez eux manque à ma collection.

Quelques semaines plus tard,  j’ai mes 4 lettres de refus, celle de POL valant son pesant d’humiliation débonnaire:

« Nous vous remercions d’avoir à nouveau pensé à notre maison et de nous avoir confié votre manuscrit.

Malheureusement, cette fois encore, nous ne pouvons pas vous proposer de publication. Sans doute votre démarche est-elle trop éloignée de nos préoccupations, de nos options. 

Avec nos regrets etc….. »

Admirez la concision du « cette fois encore ».  Avec quelle économie de mots monsieur P.O.L me signifie:  « Merci à l’avenir de ne plus m’importuner avec vos écrits miteux. » (Je lui avais envoyé trois ans auparavant un recueil de nouvelles).  Enfin, au moins,  on a la preuve qu’il suivent un minimum leur stock de manuscrits chez POL,  puisqu’ils  se sont  souvenu de mon nom…

Je décide alors d’arrêter les frais, et dépose le premier chapitre de mon texte sur le site d’un éditeur qui a créé une plateforme pour les wannabes. Peu de réactions, mais tout de même quelques lecteurs qui m’encouragent.  Au passage,  merci à Manuel Montero et à  Gaël Brunet qui ont été les plus « positifs »^^Au mois de juillet,  je mets mon texte en lecture sur mon blog;  les réactions ici et sont intéressantes.  Je laisse passer un peu de temps,  puis me décide à améliorer le manuscrit.  Une fois qu’il est modifié,  je ne sais pas à qui l’envoyer, me doutant  que pour les big maisons,  ce n’est pas vraiment la peine de faire des frais:  elles croulent déjà sous les tapuscrits et  la crise économique les rend encore plus frileuses.

Ayant toutefois obtenu par un de ces hasards qui se produisent parfois (ou jamais, la chance sourit à qui elle veut, cette garce) l’adresse e-mail d’un membre du comité de lecture d’une maison  que j’appelle X par discrétion, maison renommée sur la place de Paris,  je  lui transmets sans grande illusion mon texte par mail  (la personne concernée accepte les manuscrits par mail, autre hasard heureux,  cela m’a évité un fastidieux envoi par la Poste);  mon contact m’accuse réception très vite et j’ai la surprise, dix jours plus tard,  de recevoir  un mail m’avertissant que mon texte a déjà été lu et examiné au comité du mois de mars de la maison X.  Hélas, les avis sont très partagés;  certains lecteurs adorent, d’autres trouvent le récit trop plat.  Mais justement,  comme certains ont été enthousiastes,  le manuscrit va être relu et re-débattu….

Depuis j’attends patiemment….Partagée entre la joie que des pros aient pu avoir envie de me lire et de donner un avis très positif sur mon travail, et la crainte que cet espoir de publication ne retombe comme un soufflé dans quelques temps.

Parallèlement à ces tractations,  j’ai eu un échange de mails avec un éditeur que j’appellerai Y car il est très susceptible…Et  n’est pas homme à admettre que parfois,  il ne se comporte pas toujours avec franchise, bonté et respect envers ceux qui n’ont pas le pouvoir que lui confère son petit empire éditorial.  Se danse alors une valse hésitation tout à fait agaçante et énigmatique (pour moi, évidemment, mon interlocuteur sait très bien lui, où il veut en venir): « Oui, je veux lire votre texte…Jusqu’à présent je ne m’étais jamais intéressé à aucun de vos écrits ? Mais cela ne veut rien dire très chère….Oui, je vais le faire lire à Vanessa, et à Sabine…. »    (Je n’aurai jamais le moindre compte rendu de ce qu’ont pensé ses deux demoiselles de mon texte)…  « Ah, vous n’avez toujours pas de réponse de chez X ?… Oui,  je vois;  et vous,  comment voyez-vous les choses ?… »

Et pour finir,  le jour où j’essaie d’obtenir une réponse un poil plus concrète: « Votre manuscrit n’aurait probablement pas sa place dans mon catalogue…Il serait beaucoup mieux chez X… » m’écrit Y.  Pourquoi mon texte ferait l’effet d’une pâquerette dans un vase orné d’orchidées au sein de son catalogue maison?  Eh bien je ne le saurai jamais.  Reste l’impression qu’on a joué de moi avec une légèreté un rien sadique. Est-ce grave: non ? Est-ce fâcheux ? Pour moi, oui…Cela ne fait jamais plaisir d’être « menée en bateau ».

Voilà où j’en suis de mes tribulations éditoriales….Jusqu’au prochain épisode !

 

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