Freaks, film héroïque
6 février, 2010 @ 9:37 Non classé

Sorti en 1932, réalisé par l’américain Tod Browning, et traduit en France sous le titre « La monstrueuse parade » FREAKS est un des films les plus célèbres de l’histoire du cinéma, même s’il a été beaucoup moins vu que d’autres films mythiques comme « Gone with the wind ».

Devenu culte pour de nombreux cinéphiles, Freaks doit ce statut à l’extrême  originalité de son thème, et au fait que c’est le seul film à avoir choisi pour acteurs de vrais monstres, des gens qui longtemps ont été cachés (dans le secret des familles ou dans des instituts pour handicapés), ou au contraire,  à une époque désormais révolue, « montrés » dans des cirques  à des fins commerciales.

Freaks, film héroïque freaks-triangle_amoureux

FREAKS, conçu à l’origine pour être un film d’horreur, est plutôt un conte moral, même si la fin respecte les codes du film fantastique. La première scène annonce la couleur, où l’on écoute le bonimenteur du cirque Tratellini prévenir les spectateurs, qu’ils vont voir la créature la plus monstrueuse de tous les temps, créature qui a été autrefois une très belle femme. « Les monstres », dit-il « ont leurs codes et leurs lois; offenser l’un des leurs, c’est les offenser tous. »

Suit un long flashback où l’on voit se dérouler l’histoire de Cléopâtre la trapéziste, grande et belle femme blonde prête à tout pour attirer à elle les hommages masculins et l’argent. Récemment arrivée dans le cirque,  elle séduit immédiatement Hans, le lilliputien pourtant déjà fiancé à Frieda, sa « consoeur » lilliputienne. Dans le cirque,  il y a les « normaux » (acrobates et clowns) qui cohabitent avec les « freaks », tous de vrais monstres dans la vie: les soeurs siamoises, les hommes troncs, les femmes sans bras, et les « hommes têtes d’épingles », hallucinantes personnes à tête ovoides, mesurant à peine un mètre trente, et d’un âge mental très bas, ricanant sans arrêt naïvement, sous la houlette d’une gouvernante très maternelle, dont on admire la tendresse et la patience.

Hans va devenir la proie de Cléopâtre qui mène en parallèle une liaison clandestine avec Hercule, « l’homme fort » du cirque, brute épaisse sans intérêt sinon l’attrait sexuel puissant qu’il exerce sur certaines femmes. Après avoir appris que son soupirant avait hérité d’une jolie fortune, la trapéziste accepte la demande en mariage d’Hans, union qui donne lieu à l’une des scènes les plus cruelles du film: le repas de noces durant lequel Cléopâtre, grisée par le champagne,  perd toute retenue, se moque ouvertement de son « petit mari », embrasse fougueusement son amant et finit par insulter tous les monstres après que ceux-ci, avec une certaine perversité, lui aient chanté que désormais « elle était des leurs ». Ce qui choque le plus dans ce film, hormis le fait que certains acteurs sont effrayants physiquement, ce sont les rires cruels et quasi incessants. Le rire est ce qu’il y a de plus humiliant. C’est ce qu’exprime Frieda, le jour où elle ose affronter sa rivale, insistant sur ces rires, sur le fait terrible que beaucoup de membres du cirque passent leur temps à se moquer de Hans.  Le ridicule ne tue pas, mais il fait souffrir atrocement, ses victimes et ceux qui les aiment et voudraient les protéger. On est aussi « dérangé » par le constat que les monstres vivent presque tous « normalement », ont pour certains une vie sexuelle, comme les siamoises qui chacune à leur tour trouvent un mari: on n’ose pas imaginer la vie sexuelle très scabreuse du quatuor.
Le film a une morale, puisque la « méchante » sera punie au delà de ses craintes, les monstres faisant front pour venger l’un des leurs.

FREAKS a un peu vieilli ( presque 80 ans ont passé depuis), l’histoire peut paraître simpliste, et cependant ce film a un pouvoir intact de fascination, surtout quand on le voit pour la première fois. Pourtant des scènes ont été coupées, sans doute afin que l’ensemble soit un peu moins choquant et provocateur. Quand on est totalement bilingue, on peut le visionner gratuitement en version originale grâce à ce LIEN.

-Marie Lebrun
rss 16 réponses
  1. Cécile D.
    6 février, 2010 | 16:11 | #1

    je me souviens, Marie l’avoir vu quand j’avais 15 ou 16 ans et il m’avait vraiment marqué sur le moment! je crois même que ça m’avait angoissé! Il me reste en effet l’écho de ces rires grimaçants comme l’expression du diable ou de l’horrible souffrance!
    Bonne idée que de nous le remettre en mémoire! je pense qu’aujourd’hui, je le verrais d’un autre oeil! *_*

  2. wrath
    7 février, 2010 | 4:42 | #2

    Excellent! Je ne savais pas que Google proposait des vidéos intégrales. Je m’en vais regarder ça…

  3. 7 février, 2010 | 12:53 | #3

    @Cécile & Wrath: ravie de voir que je n’ai pas fait ce billet pour des prunes, s’il vous donne envie de voir ou revoir ce chef d’oeuvre.
    Je l’avais vu la 1ère fois à l’âge de 18 ans, je n’en avais pas à l’époque, perçu toute la dimension, le côté à la fois atroce et tendre de cette vision (par ailleurs très belle sur un plan photographique), des « freaks ».

  4. Yola
    7 février, 2010 | 15:22 | #4

    Je garde moi aussi un souvenir très fort de ce film, entre frayeur et fascination. Votre billet me donne envie de le revoir et, probablement, de le redécouvrir…

  5. NLR
    7 février, 2010 | 21:04 | #5

    @Marie. Très bonne bouteille, Freaks. On dépoussière l’étiquette et on se régale de ses audaces, évidemment. Merci de la ressortir de derrière les fagots.
    Ne croyez pas mesurer la pertinence de vos billets aux nombres de commentaires. Il y a, sur certains blogs, d’excellents billets sans forcément qu’ils occasionnent un « retour ». Faites ce que vous semblez bon faire, c’est très simple.

  6. 8 février, 2010 | 12:15 | #6

    @Yola: merci;)
    @NLR: comme souvent, vous voyez juste; le plaisir de concocter un billet est plus important que celui de recevoir des commentaires.^^C’est une évidence, mais vous faites bien de la rappeler !

  7. Manuel
    10 février, 2010 | 13:59 | #7

    Une sorte de pudeur à propos de ce film. Rien de grave, quoique…

  8. 10 février, 2010 | 19:29 | #8

    @Manuel; ce film met mal à l’aise, car il nous renvoie à nos propres peurs d’être « anormal », donc ravalé au rang de monstre. C’est une erreur tragique de vouloir à tout prix être normal. Je suis persuadée que certains « monstres » du film ont eu des vies assez heureuses, malgré le destin qui les a affligé de disgrâces.

  9. 10 février, 2010 | 19:32 | #9

    @Manuel.
    J’ajoute: on a aussi peur de son voyeurisme, et de regarder les monstres en face, pourtant c’est peut-être pire de leur refuser notre regard; les « handicapés » comme on dit aujourd’hui détestent la pitié.

  10. Manuel
    11 février, 2010 | 17:59 | #10

    Disons qu’ils peuvent détester la condescendance, le paternalisme, mais comment s’approcher d’eux ? Un très beau discours à ce propos était celui des nonnes allemandes dont nous parlent les légendes des hagiographes, qui s’approchaient presque sensuelles sucer le pus des malades. Il faut une nature seconde pour en être là. Il faut savoir arriver à transmettre aux autres la surprise qu’ils produisent en nous.

  11. 24hcolo
    11 février, 2010 | 18:22 | #11

    Ces personnes détruisent nos masques, nous rappellent ce qu’est la vraie vie par leur existence même : souffrance, infirmité, limites, blessures et mort, alors qu’on souhaiterait tellement rester aveugle jusqu’à ce que nos yeux se ferment définitivement !
    Ce n’est pas donc qu’une « peur d’être comme eux », c’est la confrontation brutale de la véritable humanité, pour nous qui sommes si peu humains parfois.

  12. le koala
    12 février, 2010 | 11:46 | #12

    Tiens, Nicole, vous n’aviez pas déjà parlé de Freaks il y a quelques temps ? J’en ai bien l’impression, mais rien d’étonnant à ça, le film est très frappant en effet, et assez magistral dans son genre. Quel genre, d’ailleurs, c’est une bonne question… conte horrifique, je présume, avec d’ailleurs un côté « gothique-classique » très appuyé.

    Cela étant ça n’est pas le seul film avec de vrais « monstres ». Il y a d’autres exemples, notamment du côté de cet illuminé génial, Jodorowsky. On parle peu des films de Jodo dans la blogosphère, et portant, dans la catégories « images venues d’ailleurs » il se pose là. Ce qu’il filme, on ne risque guère d’en trouver l’équivalent ailleurs: même David Lynch en pleine gueule de bois, suite à l’ingestion de deux litres de vodka à l’herbe de bison, ne risque pas d’aller aussi loin. Jodorowsky, c’est un peu à Paulo Coelho ce que le cognac est au lait grenadine. Ses films sont par exemple « El lobo » ou « la montagne sacrée », avec le très allumé « santa sangre ». Il n’est pas rare qu’il y fasse figurer des « monstres » ou des mutilés. je crois que c’est dans la montagne magique qu’on voit un cul de jatte juché sur les épaules d’un manchot, pour composer un être humain « intégral » en forme de chimère. Ca peut choquer, mais n’hésitez pas à en regarder un si vous ne connaissez pas, ça vaut le coup d’oeil.

    Pis c’est moins dangereux qu’une dose de LSD.

  13. 24hcolo
    12 février, 2010 | 18:47 | #13

    Non à l’étalage gratuit de la viande, dirait mon boucher. « Jodo » fait-il juste du sensationnalisme ou est-ce qu’il invite à une réflexion secondaire ? C’est juste pour savoir un peu avant de me jeter dessus comme la misère sur le pauv’ monde…
    En attendant que Marie une critique dyth… dith… élogieuse de « Father Ted », je vous salue tous bien bas.

  14. le koala
    12 février, 2010 | 21:41 | #14

    C’est un personnage intéressant, tout à fait mystique – je crois qu’il a tenté à plusieurs reprises de réaliser des sortes de syncrétismes de religions païennes, sur fond de gnose assez obscure. il est de la trempe des fondateurs de sectes, et manifestement il y a pensé. Avec uine obsession des rites initatiques « qui-font-de-vous-un-homme », avec ça. C’est très confus mais je n’ai pas pris connaissance de la pensée de Jodorovsky dans le détail; on peut en entrevoir certains aspects dans les BD dont il a réalisé le scénario, car il a bossé avec des gens comme Gimenez et Moebius, sur des histoires de science-fiction. Il a beaucoup écrit, également. ref un artiste assez complet, mais bien déjanté. Généralement ses films déçoivent parce qu’ils n’ont ni queue ni tête, mais ils sont visuellement bluffants.
    ‘Faudra que j’en parle mieux sur mon blog tiens. Pardon Marie de vous polluer avec ça, vous avez raison, même Browning est plus digeste !

  15. 13 février, 2010 | 14:11 | #15

    @Koala: vous ne polluez pas, au contraire, je n »ai vu aucun film de Jodorowski et cela manque à ma culture; j’ai lu en furetant sur le web qu’il avait beaucoup « créé » avec Arrabal et Topor, ça devait être grandiose ! Un exemple: http://www.hermaphrodite.fr/article394

  16. le koala
    15 février, 2010 | 14:19 | #16

    Tiens, le cinéma d’Arrabal: voilà un truc qui manque à ma culture générale, et qui est susceptible pourtant d’en intéresser plus d’un. Arrabal notamment a fait tourner Bashung dans… heu… comment ça s’appelait… (bougez pas, je reviens – gougeulisation express).

    « le cimetière des voitures ». Voilà.
    Tiens, découverte secondaire: dans ce film jouait également Boris Bergman, le fameux parolier de Bashung. D’ici à ce qu’ils se soient connus sur le plateau chez Arrabal, y’a qu’un pas.

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