posts de novembre 2009


le ruban blanc « ein film von michael haneke »

J’ai tellement aimé La Pianiste et Funny Games de Michael Haneke, que je ne pouvais louper la sortie en salles du « Ruban blanc« .

Pour son dernier long métrage, Haneke a choisi la forme du récit en voix off: le narrateur se souvient de l’année 1913 qui a marqué sa jeunesse d’instituteur dans une campagne allemande, quelques mois avant le début de la guerre 14/18.  Le film séduit d’emblée par sa très grande beauté formelle:  images en noir et blanc aussi fortes parfois que des tableaux de maître, casting irréprochable, dialogues percutants. A travers les souvenirs du vieil instituteur, on suit la chronique d’un village et de la vie quotidienne de plusieurs familles dominées par un patriarche:  le châtelain qui fait vivre la communauté en offrant des dizaines d’emplois, le docteur, veuf présumé inconsolable, froid et hautain, le régisseur, une brute épaisse, et enfin le pasteur,  père de famille nombreuse austère et ennuyeux comme un jour sans pain. Tout est en place pour que se perpétue une vie tranquille basée sur le respect de la hiérarchie sociale et les valeurs traditionnelles;  pourtant,  des évènements inquiétants, des agressions sadiques  sur des enfants vont semer le désordre et le doute dans la petite communauté. On découvre en parallèle à quel point le puritanisme associé à l’ultra capitalisme oppriment les plus faibles, c’est à dire les femmes et les enfants:  les gosses sont battus sous prétexte d’éducation (pour leur bien,  disent les pères), une adolescente est violentée par son père, les femmes se taisent obéissantes et presque résignées. Une des scènes les plus fortes est celle où l’infirmière et maîtresse du médecin se voit humiliée avec une violence verbale inouïe « tu ne me fais plus d’effet, j’ai beau essayer d’imaginer une autre femme, je n’y arrive plus, tu es laide, ton haleine est fétide, même une vache pourrait te remplacer;  je me contenterais bien de voir des prostituées, mais deux fois par mois, ça ne me suffit pas, etc… »

 

le ruban blanc

A la brutalité et au tempérament dépressif des adultes,  Michael Haneke oppose la vitalité des enfants, leurs yeux agrandis par l’étonnement devant une perversité qu’ils ne comprennent pas. Images terribles que celles d’un pré-adolescent contraint de dormir les mains attachées, d’une jeune fille assise sur la table d’auscultation de son père médecin, condamnée à subir l’insupportable; dans ce film,  comme dans « Funny Games »,  Haneke montre très peu la violence par les images, préférant suggérer celle ci par les mots et les cris. C’est terrible mais pas complaisant. Ce cinéaste est obsédé par la violence, on pourrait objecter qu’il s’y complait; personnellement je vois plutôt dans sa démarche une volonté de dénoncer le mal qu’on pourrait éviter, d’avertir le spectateur des conséquences monstrueuses d’une vision rigide et obscurantiste des rapports familiaux et sociaux.

Beaucoup ont vu dans ce film une démonstration du côté inévitable du nazisme; il y a de cela, mais ce serait réducteur de limiter le propos à la seule société allemande du début du XXème siècle. On peut hélas observer au troisième millénaire autant de perversité et de crimes que dans « le Ruban blanc »: il suffit de s’intéresser à l’actualité tant en France qu’à l’étranger.

 

Julien par Martin Rappeneau

Il y a deux ans,  j’ai eu le coup de foudre pour cette chanson de Martin  Rappeneau:

http://www.dailymotion.com/video/x3fgm5

 

On pourra m’objecter qu’en matière de chanson,  j’ai des goûts de midinette, mais ça fait tellement de bien les chansons d’amour;  je me souviens que quand Guy Carlier animait la tranche midi /treize heures sur France inter, l’été, il terminait toujours par la diffusion de « la chanson qui rend amoureux ». Et ce que je ressens en entendant « Julien », c’est de l’amour, de l’amour, de l’amour….

Les chansons d’amour donnent envie d’être amoureux à ceux qui ne le sont pas, donnent envie d’aimer mieux à ceux qui le sont déjà, elles embellissent la vie, elles sont là  pour nous réveiller le coeur et les sens.

Promis, la prochaine fois, je diffuse une chanson punk bien pessimiste pour les grincheux;)

« les derniers indiens » par Marie hélène lafon

Les livres découverts par hasard sont souvent les plus belles surprises de lecture. Attirée par le post it posé sur le  dernier roman de Marie-Hélène Lafon placé sur l’étal « coups de coeur  » de Mollat,  j’ai hésité, ai humé l’objet puis l’ai reposé. Ne connaissant pas l’auteur, j’ai acheté un de ses romans paru chez folio:  « Les derniers indiens » (Buschet Chastel 2008)

Je n’irai pas jusqu’à dire que c’est un chef d’oeuvre, mais voilà un roman qui me restera longtemps en mémoire et me donne très envie de lire les autres parutions de son auteur. Car l’écriture est là: sobre, très travaillée, sans être prétentieuse.  Et le propos est dense, presque lourd, en dépit de la sobriété.  Il n’y a pourtant pas d’histoire,  juste un secret très douloureux, qu’on découvrira presque par inadvertance;  pas d’intrigue destinée à appâter le lecteur, non,  juste le tableau peint avec minutie de  paysans qui vivent dans leur ferme du Cantal comme dans un caveau;  deux handicapés de la vie,  Jean et Marie Santoire-Combes, le frère et la soeur, qui forment un couple improbable. Deux personnages ancrés dans leur terre auvergnate, qui vieillissent chichement, tristement, alors que leurs comptes en banque sont si remplis qu’ils ne savent pas vraiment à combien s’élève le montant de  leurs biens.  Ils sont figés à la fois dans leur morne passé et l’immobilisme du présent, maintenant que « la mère » est morte. Deux êtres qui n’auront jamais eu de fiancé(ée),  jamais eu d’amis,  juste des camarades quand ils étaient à l’école et au collège;  la maison est le symbole du corps maternel, dont ils n’osent occuper qu’une petite partie, les chambres des disparus étant devenues des mausolées qu’on n’ouvre que pour y passer un coup de balai. La mère, même morte,  est omniprésente; c’est elle qui dicte encore par sa mémoire ce qu’on doit faire, acheter, penser. « La mère » était une femme rigide, autoritaire et frigide probablement, qui n’aimait pas son mari comme on aime d’amour un époux,  à tel point qu’elle s’est toujours sentie une « Santoire » et pas une « Combes ».  Elle a préféré toute sa vie le nom de son père, et n’a aimé d’amour que Pierre, l’enfant chéri, l’enfant prodigue qui est parti travailler à l’usine et s’est mis un jour en ménage avec une divorcée….qu’on ne rencontrera jamais;  chez les Santoire,  une divorcée de la ville est une femme infréquentable. Pierre est tombé malade, est venu agoniser dans sa famille,  laissant une mère inconsolable. Marie et Jean, les mal aimés, n’ont pas vécu, écrasés par une mère omnipotente et un frère qui vivait pour quatre et qui, comme par un fait exprès, meurt avant les autres.

Terrifiant de constater dès le début du roman, qu’un des rares « rêves » de Marie serait de remplacer les bancs de la cuisine par des chaises:

« Elle voudrait des chaises, il ne veut pas, il résiste, il ne la conduirait pas à Riom où elle achèterait quatre chaises solides, et même six, on pourrait, on ne dépense pas, ou rien, c’est rare. On vivote….Elle voit ces chaises qui seraient pratiques, elle poserait des gilets sur les dossiers, on se croirait dans un salon, ou une salle à manger, on s’appuierait, après le repas, ou dans la journée, quand on s’assied, parfois on s’assied, on peut le faire maintenant, on a le temps, personne ne dira rien. »

Désespérant de voir cette femme regarder ses voisins au point de littéralement vivre par procuration en scrutant leurs faits et gestes, en essayant de deviner leur intérieur quand les fenêtres sont ouvertes: ils sont vulgaires, gros, incultes mais terriblement vivants. Chez les voisins auxquels on n’adresse jamais ma parole, il y a des chiens mal élevés, des gosses mal élevés, des voitures et des tracteurs qu’on conduit à toute allure, mais ça crie, ça rit, ça vit, dans un incessant remue ménage.

« Elle comprenait que les voisins ne les voyaient pas, eux le frère et la soeur, parce qu’ils étaient vieux, lents et minuscules. Les voisins allaient vite, ils savaient qu’ils auraient les terres, en fermage d’abord, ensuite elles se vendraient, ils les achèteraient, et la maison aussi, un couple de jeunes l’habiterait, ou la transformerait en gîte pour les touristes. Les voisins auraient tout, ils feraient fructifier. Le temps passait pour eux. Elle se sentait à côté d’eux comme un insecte. Elle ne leur disait pas bonjour, elle n’en avait pas envie, et elle ne se cachait pas pour les regarder, ils servaient à ça, au spectacle. »
Ce roman m’a beaucoup émue car j’en ai vu enfant, des personnes qui ressemblaient aux Santoire: des paysans ou des petits bourgeois économes, coincés par le qu’en dira-t-on, des gens qui ne vivent plus à force de s’interdire à peu près tout.

La fin est glaçante, inattendue. Quand on parvient aux derniers mots de la dernière page, on laisse les « Santoire » avec tristesse, mais aussi avec la joie d’avoir lu un très beau livre.

 

Brèves notes de lecture

Trois livres qui ne m’ont pas laissée indifférente mais qui ne « méritent » pas un billet spécifique:

MES ILLUSIONS DONNENT SUR LA COUR  de Sacha Sperling

Le premier roman de Sacha Sperling, fils de Diane Kurys et Alexandre Arcady, réalisateurs de cinéma,  a été boudé par la blogosphère pour cause de favoritisme éditorial supposé.  Je n’avais pas l’intention d’acheter ni même de lire ce bouquin avant sa sortie en poche,  mais ma fille se l’est vu offrir par une copine, donc je l’ai lu pour me faire une idée.

« Mes illusions… » est ce qu’il est convenu d’appeler un roman d’apprentissage. Le narrateur a 14 ans au début du récit, on va suivre ses tribulations scolaires, familiales, sexuelles et sentimentales pendant quelques mois. Notre héros vit seul avec sa mère dans un bel appartement. Ses parents l’ont conçu alors qu’ils étaient séparés: la mère voulait un enfant, mais seulement si son ex acceptait de lui en faire un. L’enfant voit peu son père, il lui en veut d’être accaparé par son autre vie,  se sent mal à l’aise quand il rencontre sa tribu et le lui fait payer en boudant, en étant désagréable et provocant. Il adore sa mère, avec laquelle il a une relation ambigüe;  il l’aime, l’admire, la trouve adorable mais lui en veut d’être sa mère. C’est assez classique, ce genre de sentiment de rejet au moment de l’adolescence.

Il s’ennuie énormément; classique là aussi de s’ennuyer à l’adolescence mais dans ce récit,  l’ennui prend des proportions pathologiques. Qu’il s’ennuie en classe au point de devenir un cancre, ou avec ses rares amis, on comprend (un peu) ; qu’il s’ennuie quand sa mère l’emmène aux Seychelles, ou quand son père l’emmène à la Mamounia qui est un des plus beaux palaces du monde, c’est plus problématique, en général dans ce genre de vacances les gosses sont sympa. Même lorsqu’il  sort en boîte,  et drague une fille, il s’emmerde un brin;  il faut dire que sa conquête n’est pas très causante, et tellement « bourrée » qu’elle tente de lui faire une fellation (il s’en passe des choses dans les naïtecleubs) ; dans un sursaut de dignité il refuse. Parallèlement à cette première expérience sexuelle avortée, il noue un lien assez fort avec un ado encore plus paumé que lui:  Augustin qui boit, fume des joints, finit par tâter de la coke sous l’oeil surpris et finalement admiratif de Sacha. Tous deux deviennent inséparables, il couchent ensemble, se droguent ensemble, sans que rien ou presque ne soit dit: Sacha se laisse faire comme un objet et c’est cela finalement le sujet principal du roman; le « héros »  subit sa vie, s’en veut de se laisser maltraiter par son copain qui ne lui veut pas du bien, d’être incapable de se rebeller,et d’envoyer promener ses parents, ses professeurs; il se console et passe le temps en faisant n’importe quoi.

Ce roman est bien écrit, même s’il y a quelques phrases clichés, et je suis persuadée qu’il aurait suscité l’intérêt d’éditeurs indépendamment du nom des géniteurs de Sperling. Et pourtant il me laisse une impression mitigée de pitié et de lassitude. A mon avis il a dû avoir et aura encore pas mal de succès chez les moins de vingt ans, car le vécu douloureux de l’adolescent est bien rendu et les djeunes adorent lire des livres un rien provocateurs.

(Editions Fayard.2009)

 

LE CHOEUR DES FEMMES de  Martin Wrinckler

Voilà un roman étonnant, presque aussi surprenant que « La maladie de Sachs » publié en  1999 . En effet, il n’est question que de médecine et plus précisément de gynécologie médicale, dans ce récit à plusieurs voix. Une interne major de sa promo et se destinant à la chirurgie se voit contrainte d’effectuer un stage de fin d’études dans le service de Karma, un médecin passionné par la médecine féminine au point de faire son métier en militant. Il lutte avec un zèle jugé louche par nombre de ses confrères, contre tous les manques, les souffrances, les humiliations que subissent trop souvent les femmes au moment des accouchements, des IVG et même des examens de routine.  Jean Atwood, une arriviste un rien brutale, misogyne et prétentieuse, se demande ce qu’elle fout là: ce médecin passe un temps fou  à écouter les « bonnes femmes » raconter  des problèmes qui lui semblent mineurs. Un médecin est fait pour prescrire, opérer, guérir ou prévenir le mal, point barre. Très vite pourtant,  elle va comprendre que s’occuper de l’intimité du corps d’une femme ce n’est pas simple comme une appendicectomie, que le le facteur psychologique est essentiel. Pour être tombée lors de ma première grossesse sur un « mandarin » qui m’expédiait en trois minutes à chaque visite mensuelle, je ne peux qu’acquiescer. Les corps méritent le respect, et trop de médecins se comportent comme des malotrus quels que soit leur spécialité. Le propos du livre alternant récits de l’interne qui bien évidemment finit par être acquise à la cause de son patron, monologues de patientes, extraits de carnets de consultations sur un fil d’intrigue à suspense, est intéressant, et parfois assez passionnant. J’ai appris des tas d’informations médicales que j’ignorais et certaines « histoires » sont hallucinantes, ne donnant pas franchement confiance dans le corps médical. Pourtant le roman ne m’a pas entièrement convaincue. Il y a un côté moralisateur agaçant chez Wrinckler qui s’exprime à travers le personnage du médecin vedette de son livre. On a l’impression qu’il est le seul médecin français à respecter ses patientes, le seul mec à soigner des femmes défavorisées.  Jai tendance à me méfier des gens qui crient sur les toits qu’ils se battent pour le bien de l’humanité (Winckler tient un blog militant). D’autre part, le personnage féminin est très caricatural. Enfin, si ma fille réussit le concours de médecine, dans peu de temps j’en saurai plus sur les coulisses des hôpitaux;)

(Editions POL 2009)

 

L’HOMME QUI NE SAVAIT PAS DIRE NON de Serge Joncour

L’idée de départ est un rien surréaliste: un homme (enquêteur dans un institut de sondage), s’aperçoit qu’il ne peut plus dire « non ». Le mot lui échappe, même quand le besoin de refuser se fait impérieux. Ce handicap l’entraîne dans des situations absurdes: le matin, ne pouvant dire non à chaque collègue qui lui propose de prendre un café, il enchaîne les gobelets de boissons caféinées, puis finit par prendre un ou deux potages à la tomate. Quand il drague une collègue, il est coincé, et s’emberlificote, comme dans cet échange:  -Dites-moi, ça vous ennuie si je fume ? -Oui.  – Ca lui avait littéralement échappé. -Ah bon, mais même là en marchant, ça vous gêne? -Marie-Line, comment vous dire ? …Quel revers, il s’était fait surprendre.

Pire, quand il effectue des sondages, incapable de prononcer « non », il obtient des résultats absurdes: les personnes interrogées répondent toutes par « oui » ou « ne sait pas ».

Mon problème a été dès le début de ne pas entrer dans cette fable. Le héros pourrait bien souvent s’en tirer en répondant « je ne préfère pas » ou « peut-être une autre fois » par exemple, et une partie de ses mésaventures devient du coup invraisemblable ou du moins très artificielle.  Afin de retrouver le « non », il s’inscrit à un atelier d’écriture. Au terme d’un long travail sur son passé, il finira bien évidemment par être guéri.

Je n’ai pas été captée par ce roman; je me suis même un peu ennuyée, comme quand je regarde un film avec des quiproquos répétitifs. Dommage, car Serge Joncour écrit avec beaucoup de soin et d’humour.

(Editions Flammarion. 2009)

 

le dernier pour la route

Le film « Le dernier pour la route » a été directement adapté du livre autobiographique de Hervé Chabalier.  Pour avoir lu ce témoignage, je dirais que ce film réalisé par Philippe Godeau est fidèle au bouquin tout en donnant au final un « rendu » très différent. L’interprétation de François Cluzet est si forte, si inspirée, qu’on oublie le médiatique patron de l’agence CAPA, pour suivre Hervé, le personnage du film, dans sa cure de désintox.

Le film alterne récit et rewinds, dans une mise en scène ultra classique. Le propos n’est pas nouveau, même s’il a été traité,  le plus souvent ces dernières années, sous forme de docu-réalité pour la TV. On s’est habitué à voir des personnes dites « dépendantes » tenter de se sevrer en clinique ou en institut,  du produit qui est devenu « plus fort qu’eux ».

Dans « Le dernier pour la route », on voit Hervé arriver au centre de soins (très belle demeure dans la forêt)  et se heurter à l’envie de  fuir,  car au début il ne voit dans ses compagnons de « route »,  lui le brillant patron de presse, que des looseurs,  voire des freaks: une nympho, un petit bonhomme à la Sempé tout timide, une bourgeoise complètement paumée, un fort en gueule, et l’inévitable post ado sexy qui fait la gueule en permanence. Il va rester,  pourtant: il comprend qu’il n’ a pas le choix, qu’il risque une maladie mortelle et surtout il s’aperçoit,  une fois à jeun,  que sa femme et son fils ne sont pas loin de le quitter.

 

Le Dernier pour la route

Ce film aurait pu être une sorte de téléfilm vaguement plus accrocheur que la moyenne du genre, et pourtant force est de constater qu’au bout de peu de minutes on se laisse embarquer. On a l’impression d’y être dans le groupe d’alcoolos qui se réunissent tous les jours pour une sorte de thérapie de groupe. Ils ressemblent tellement, malgré leur côté caricatural,  à certains de nos voisins, de nos parents et tiens,  ils nous ressemblent un peu, soyons francs, nous qui avons tous au moins une addiction (télé, tabac, internet, bouffe, médicaments, le monde moderne occidental est riche en possibilités de dépendance).  La seule différence étant que le toxico finit par se laisser envahir par le produit qu’il affectionne au point de risquer d’y perdre la vie prématurément, ou de perdre la raison; bien souvent en premier lieu,  de perdre ses proches qui ne supportent plus le spectacle d’une lassante « déchéance ».

Un bémol: l’interprétation un rien surjouée de Mélanie Thierry, les décors un peu trop élégants pour être réalistes. Sinon, j’avoue avoir pleuré plusieurs fois, avoir été dégoûtée aussi (c’est le but, un alcoolique qui boit seul à deux heures du matin dans sa cuisine, un type qui vomit du sang avant de crever dans une ambulance, ce n’est pas plaisant à voir).

Un bon film donc, dominé par l’interprétation inoubliable de Cluzet.

la littérature policière, cette belle dame trop souvent méprisée

Je suis étonnée de constater que les blogs n’évoquent que rarement la littérature dite policière. Je parle bien évidemment des blogs littéraires généralistes, car j’imagine qu’il y a de nombreux blogueurs que je ne connais pas, qui en parlent avec intelligence et passion.

Je suis aussi un peu navrée de constater que les auteurs dits « policiers » soient classés à part, alors que certains sont de grands écrivains, souvent même très supérieurs à ceux qui reçoivent des compliments dithyrambiques des critiques. On a bien créé des prix littéraires spécialisés dans le genre, mais après tout, pourquoi un sublime polar ne recevrait-il pas le Goncourt ? Aujourd’hui c’est le grand jour, pour les goncourables, même si tout le monde est presque certain que la grande gagnante sera Marie N’Diaye, il peut y avoir une surprise de dernière minute.

Je me suis amusée à chercher dans ma bibliothèque tous les titres de littérature « noire » ou « policière » qui m’ont donné l’impression grisante de lire un « grand » livre:

La dame en blanc de Wilkie Collins

L’inconnu du Nord Express, Ces gens qui frappent à la porte, Le meurtrier, Eaux profondes, Ce mal étrange, de Patricia Highsmith.

La maison aux escaliers, L’été de Trappelune de Ruth Rendell.

La mort de Belle, Le testament Donadieu de Georges Simenon.

Un certain goût pour la mort, de P.D James.

La femme en vert, La voix d’Arnaldur Indridason.

Les rivières pourpres, l’Empire des Loups de Jean-Christophe Grangé.

Je ne cite que ces quelques exemples, d’autres auraient cité Ed Mc Bain, William Irish, Raymond Chandler, l’irremplaçable Agatha Christie, Fred Vargas.

En termes de qualité littéraire et de puissance narrative, la littérature policière dépasse bien souvent de nos jours la littérature « traditionnelle » dont on nous rebat les oreilles au moment des prix et c’est très agaçant. Il suffit de compter le nombre de grands films adaptés de grands romans policiers, pour constater à quel point les auteurs de ces livres ont un don pour les histoires marquantes, les scénarii diaboliquement ficelés. Et on oublie souvent de dire que « Crime et châtiment » peut se lire au premier degré comme une intrigue policière, cela expliquant sans doute qu’il soit le roman de Dostoievski le plus lu et le plus accessible.

Je n’achèterai pas le Goncourt, on résiste comme on peut;)

 

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