« le voyage d’hiver » d’Amélie Nothomb: un cru moyen
13 octobre, 2009 @ 6:35 Non classé

Il est de bon ton de dénigrer Amélie Nothomb, de la rabaisser au même niveau que Musso & co, alors qu’elle a tout de même écrit de nombreux livres qui sont,  sinon de « GRANDS » livres, du moins des oeuvres pleines d’esprit et d’originalité:  « Hygiène de l’assassin », « Les catilinaires », « Stupeurs et tremblements », « Attentat »,  « Métaphysique des tubes », « Autobiographie de la faim », « Ni d’Eve ni d’adam ».  A l’évidence, ces dernières années, pour des  raisons que je ne m’explique pas ou que je soupçonne d’être de  « mauvaises » raisons (manque de discernement, lâcheté de l’éditeur, besoin d’argent pour payer les impôts d’une année l’autre) Amélie nous a servi quelques gros « nanars »: « Peplum », « Robert des noms propres », « Journal d’Hirondelle », « Acide sulfurique »,  entre autres.

Cette année encore,  comme chaque automne,  le Nothomb nouveau est apparu dans les librairies. C’est un cru moyen. Moins bâclé que le cru 2008, plein d’humour, assez attachant malgré la fin en queue de poisson. Il faudrait vraiment qu’Amélie Nothomb apprenne à terminer un roman de façon cohérente.

Pour « Le voyage d’hiver », la romancière a privilégié comme bien souvent, une trame romanesque à la limite de l’abracadabrantesque, avec des personnages portant des prénoms improbables. C’est sa marque de fabrique et cela explique son succès; chaque année, on se demande « Qu’est-ce-qu’elle a bien pu encore inventer? ».  Cette fois ci, elle nous raconte l’histoire de Zoïle, employé à l’EDF comme agent chargé d’ aider les « défavorisés » à trouver des solutions pour améliorer leur habitat de façon à consommer le moins d’énergie possible; un jour,  il rend visite à Alénior et Astrolabe (sic) deux jeunes femmes vivant dans un petit logement sans confort qu’elles ne chauffent pas par économie.  Astrolabe, « la belle », consacre 100% de son temps à assister Aliénor « la laide », dans sa vie quotidienne; Aliénor est en effet une autiste dont la seule qualité est de pondre des romans d’un talent fou; cette créature monstrueuse qui ne s’exprime que par borborygmes et baffre toute nourriture lui tombant sous la main est tout à fait répugnante, tandis que sa protectrice et secrétaire Astrolabe est intelligente, charmante, d’une beauté supérieure et d’un dévouement hors du commun.  Zoïle tombe fou amoureux, inutile de préciser de laquelle de ces deux créatures; il va s’apercevoir qu’il lui sera impossible de ravir complètement sa belle à « la neuneu » dont il vient à souhaiter en vain la disparition. Bien qu’amoureuse, Astrolabe n’abandonnera jamais la cinglée dont elle admire le talent d’écrivain plus que tout.  Révolté de voir le destin lui refuser l’accomplissement de son voeu le plus cher- vivre son amour en toute liberté- Zoïle décide de se saborder en accomplissant un acte de terrorisme kamikaze. Résumé ainsi, cela paraît ridicule et pourtant Nothomb parvient à ficeler un roman enlevé, très drôle et rempli du genre d’aphorismes et de bons mots qu’elle affectionne. Florilège:

« J’avoue ma sidération face à ces gens innombrables qui,  s’il faut les en croire, souffrent du peu de sens de leur existence. Ils m’évoquent ces élégantes qui s’écrient, devant une garde- robe fabuleuse, qu’elles n’ont rien à se mettre. Le simple fait de vivre a un sens. »
« On ne détourne pas un avion pour le plaisir, mais pour occuper la Une. Supprimez les médias et tous les terroristes se retrouveront au chômage. »

« J’ignore ce qu’est la réussite d’une histoire d’amour,  mais je sais ceci: il n’y a pas d’ échec amoureux. Eprouver l’amour est déjà un tel triomphe que l’on pourrait se demander pourquoi on veut davantage. »

« L’hiver et l’amour ont ceci de commun qu’ils inspirent le désir d’être réconforté d’une telle épreuve; la coïncidence de ces deux saisons exclut le réconfort. Soulager le froid par la chaleur écoeure l’amour d’une impression d’obscénité, soulager la passion en ouvrant la fenêtre sur l’air vif envoie au tombeau en un temps record.« 

« Ce que l’on nomme bad trip consiste à voir clair. Mon premier bad trip, c’était dans le métro. Soudain j’ai vu la laideur qui m’entourait. Or je ne l’avais pas inventée, elle était là auparavant. »

 

Lire « Le voyage d’hiver » c’est un peu comme déguster un Rocher Suchard: moins bon qu’une boîte de chocolats mitonnés par un Maître meilleur ouvrier de France, mais bien agréable à consommer.

-Marie Lebrun
rss 11 réponses
  1. 24hcolo
    13 octobre, 2009 | 19:12 | #1

    Peut-être a-t-elle fini d’écrire ce qu’elle avait à dire… J’ai toujours pensé qu’on n’avait qu’une certaine « réserve de mots » intéressants à transmettre par écrit, à savoir aucun pour beaucoup, de quoi faire un ou deux bons livres pour quelques-uns et une dizaine de chefs d’oeuvre pour les rares génies. Je n’ai lu que deux Nothomb, j’ai adoré la « Métaphysique des Tubes » même s’il reflète surtout un ego gigantesque : elle a des phrases qui font mouche et un style percutant, des figures osées qui m’ont beaucoup plu (ainsi que des gros caractères et peu de pages, c’est vite lu). Beaucoup disent que seuls ses livres sur le Japon valent la peine. Ce n’est quand même pas du Musso, faut pas charrier…

  2. Cynthia
    13 octobre, 2009 | 19:30 | #2

    Comme je suis ravie de lire cette critique! Enfin quelqu’un qui lit le roman au lieu d’attaquer directement l’auteur sur son abonnement à la rentrée littéraire.
    « Le voyage d’hiver » est assurément meilleur que « Le fait du prince » mais aucun ne vaut selon moi « Hygiène de l’assassin » et « Cosmétique de l’ennemi »!

  3. Marco
    13 octobre, 2009 | 21:36 | #3

    Vu que je n’avais pas du tout apprécié « Hygiène de l’assassin », je crois que je vais passer mon tour ;)
    « Cru moyen », je vous crois sur parole (ce qui suffit à placer Amélie à 100 coudées au-dessus de Musso, on est d’accord), mais bon. Faut-il parler systématiquement des crus moyens de nos intarissables artistes? Au cinéma, longtemps on l’a entendu pour Chabrol (mouiii… un petit Chabrol… mais bon… Chabrol, quoi…), idem pour Woody Allen (mouiiii… ce n’est pas son meilleur… pas son pire non plus… un Woody Allen sympa, quoi…), année après année… Je comprends et je respecte si on est fan inconditionnel des uns ou des autres, mais tant de journaux pas spécialement Nothombophiles semblent juger essentiel de prendre la température chaque année, par principe, quel que soit le résultat (zut, encore 36,9) alors que nous avertir juste quand il y a une grande poussée de fièvre serait plus logique.

  4. 14 octobre, 2009 | 11:19 | #4

    @Cynthia et 24hcolo: pour ma part je place loin devant les autres « Métaphysique des tubes » et « Autobiographie de la faim ».
    @Marco: je comprends votre agacement, mais je lis Amélie Nothomb depuis ses débuts et ne manquerai jamais de lire tout roman qu’elle sortira, à tort ou à raison. Ce serait injuste et hypocrite de ma part de ne pas parler d’elle sur mon blog. PS: j’adore Chabrol aussi:-D

  5. Marco
    14 octobre, 2009 | 15:28 | #5

    Oui oui, j’entends bien, je pestais juste contre les magazines « généralistes » qui parlent de Nothomb par habitude, mécaniquement. J’ai bien compris que vous, vous étiez une vraie notombopathe ;) )
    (ça me fait ça avec d’autres, aussi: Terence Malick par exemple sortirait les pires navets à partir de maintenant, je le « suivrai » jusqu’au bout quand même)

  6. Yola
    14 octobre, 2009 | 19:19 | #6

    Ce qui me déçoit chez Amélie Nothomb (et du coup j’ai arrêté de lire Le Nothomb de chaque rentrée) c’est qu’elle a de vraies bonnes idées, originales, et comme dit 24hcolo des phrases qui font mouche. Mais pourquoi ai-je toujours l’impression qu’elle n’y croit pas trop, un sentiment de «ca ira bien comme ça», qui me désole?

  7. le koala
    15 octobre, 2009 | 11:50 | #7

    J’approuve tout à fait Marco et, par voie de conséquence, n’émettrai aucune sorte opinion sur le dernier Nothomb, appliquant en cela ma thèse du boycott militant (révolutionnaire).
    je me réjouis par ailleurs que Marco se rapproche si sensiblement de mes attitudes grincheuses, voire réactionnaires, et peut-être même vaguement fascistes sur les bords. Ce garcon est sur la bonne voie.

    … hein ?
    Non, bien sûr, je l’ai pas lu. Je boycotte, je vous dis !

  8. Marco
    15 octobre, 2009 | 14:34 | #8

    (Koala tentateur: réactionnaire et fasciste d’accord, mais réactionnaire cool et fasciste centriste) (c’est un challenge intéressant)

  9. le koala
    15 octobre, 2009 | 17:13 | #9

    Certes, d’ailleurs moi-même je me définis un peu comme un centriste extrémiste, radicalement au centre du milieu (en plein dedans, même). Mais avec une tendance écolo, bien sûr. Enfin tout ça pour dire que des finales Sarko-ségo, ça me donne envie de me pendre, quoi.

    D’ailleurs j’avais voté Hugo Chavez afin de me tirer moralement de ce mauvais pas.

  10. Nicolas
    5 juin, 2010 | 22:55 | #10

    Désolé je n’ai pas du totu accroché: ennuyeux, sans inspiration, trop long et trop court… à oublier.

  11. Marie
    6 juin, 2010 | 10:05 | #11

    @Nicolas. Vous n’avez pas à être désolé; on peut effectivement se passer de lire pas mal de romans de Nothomb. J’ai parcouru votre blog, j’y reviendrai chercher de bonnes idées d’achat de livres pour cet été^^

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