des nouvelles de michel houellebecq
8 octobre, 2009 @ 10:08 Non classé

Grâce au Magazine des livres, les « amis » de Michel Houellebecq ont quelques bribes  de pensée houellebecquienne à se mettre sous les yeux, l’écrivain ayant accepté de répondre à quelques questions. L’article n’est pas lisible en ligne, aussi je mets ici les passages qui m’ont paru les plus intéressants.

« En tant que lecteur, les livres ont-ils un impact sur vous?

De tous les livres importants de ma vie, « Les pensées » de Pascal est peut-être le seul que je n’ai pas compris immédiatement- alors que par exemple, je me suis tout de suite senti proche de Schopenhauer- et mes lectures ultérieures n’ont été que des approfondissements. Mais peut-être ai-je lu Pascal un peu jeune. Sans doute aussi les Pensées de Pascal sont-elles un livre particulier parce que mal fichu, inachevé. J’ai l’impression d’un piège caché, sans qu’on sache qui est piégé au bout du compte, du lecteur ou de l’auteur. J’ai relu ce livre de nombreuses fois. à chaque lecture, le christianisme apparaît comme une entreprise un peu plus désespérée. Ce n’était pas le but poursuivi par Pascal.

Vous dites qu’il y a des choses intéressantes dans le christianisme. A quoi pensez-vous en particulier?

Le culte des saints est intéressant. Il fournit des images semi-humaines, semi-divines. On n’est pas confronté à l’idée d’un Dieu créateur, qui est immédiatement absurde. Les saints, personnages héroïques, permettent de noyer le poisson. Je pense qu’une religion peut se maintenir en étant un peu floue, en détournant l’attention des questions immédiatement désespérantes telles que l’origine de l’univers, de l’homme.

Le mot « mystère » revient régulièrement dans le christianisme.

Parler de mystères est également dangereux.  Je me souviens d’une phrase fréquemment employée dans les messes auxquelles j’assistais plus jeune: « Il est grand le mystère de la foi ». Il aurait mieux valu ne rien dire en effet, c’est un mystère beaucoup trop grand pour que ce ne soit pas une imposture pure et simple.  En revanche, le fait de multiplier les entités peut provoquer une légère déroute de la raison,  ce qui permet à pas mal de gens de croire vaguement en quelque chose: un principe d’harmonie, ou un futur optimiste.

On dit de vous que vous êtes un professeur de désespoir. Ne serait-ce pas plutôt de la clairvoyance?

« Désespoir » a une connotation un peu trop négative. « Absence d’espoir » est plus neutre. On peut vivre sans espoir particulier. La notion d’espoir- croire que les choses vont aller mieux- est une idée assez récente, relativement absente de l’univers classique. « Le bonheur est une idée neuve en Europe », d’accord; mais est-ce une bonne idée? L’idée normale est que le monde est comme il est et qu’il doit continuer à être pareil,  ni pire ni meilleur.  L’idée d’espoir est contestable, ou du moins pas très justifiée. Je n’ai jamais eu, à proprement parler, cette idée d’un progrès,  d’un avenir meilleur.

….

Croyez-vous au destin?

Ce n’est pas un thème auquel je crois beaucoup généralement, mais ma propre histoire serait effectivement facilement interprétable en forme de destin. Un homme de l’antiquité se dirait « tel est mon destin » sans se poser de questions.  Si l’on se met à penser comme ça, tout se tient. Mais le destin est une idée que plus personne ne peut vraiment accepter. Pour autant,  elle reste convaincante dès qu’elle est exposée.

Sauf si l’on accepte l’idée que Dieu tire les ficelles des destins des hommes.

Mais ce n’est pas l’idée que l’on a de Dieu.  L’idée que l’on s’en fait est celle de quelqu’un qui a globalement de bonnes intentions. L’idée de dieu héraclitéenne, c’est à dire que les dieux font joujou avec nous et regardent en s’amusant nos convulsions de souffrance, est très crédible mais pas très à la mode.  A l’heure actuelle, il me semble que personne ne croit cela. Soit les gens sont profondément athées, soit ils croient en un Dieu globalement bienveillant, contrairement aux apparences. Mais c’est intéressant de penser qu’il y a des êtres humains et intelligents qui ont réellement vu le monde comme ça, sérieusement, qui ont vu des entités puissantes qui s’amusaient de leur malheur.

…..

Pourriez-vous arrêter d’écrire?

Je pense que oui. Mon énergie diminuera forcément. Il est aussi possible que je n’écrive pas la même chose. Ce que j’écris demande de l’énergie.

Etes-vous en phase de création, de réflexion?

Ni l’un ni l’autre. Je ne fais remarquablement rien. Pour présenter ça de manière positive, disons que je suis en phase de lecture.

Peut-être vaudrait-il mieux travailler tout le temps. Le seul inconvénient lorsqu’on écrit tout le temps, c’est qu’il y a plus à jeter.  Alors que si l’on attend suffisamment longtemps, il est rare que l’on produise des trucs mauvais. »

 

Si vous souhaitez lire d’autres réflexions de l’écrivain sur ses rapports avec la presse,  sa conception de la construction d’un roman,  son regard sur ses romans, achetez le Magazine des livres. Dans ce numéro,  il y a aussi des entretiens avec Alain Fleischer, Hubert Haddad, Sylvie Germain, Emmanuel Pierrat et Hadrien Laroche, un dossier sur Beigbeder, et les « bonnes feuilles » de plusieurs romans. Cette revue est plus dynamique que LIRE qui a tendance à ronronner.

-Marie Lebrun
rss 11 réponses
  1. NLR
    8 octobre, 2009 | 11:23 | #1

    Merci, Marie. Je vais l’acheter oui, j’avais pas vu. Et j’aime bien Houellebecq, un mec très cohérent depuis le début (je vous recommande « le sens du combat », un recueil de ses premiers textes, percutants, et qu’on connaît moins que ses « classiques »).
    Dans ce que vous relevez là, je trouve très juste ce qu’il dit, ou insinue, dans le dernier paragraphe. Ne pas écrire tout le temps. Savoir attendre que ça devienne urgent – si ça doit le devenir –, que ça ne puisse pas faire autrement que sortir. Parfois ça met des années. (Autrement bonjour le tri, oui, il a raison.)

    A bientôt…

  2. NLR
    8 octobre, 2009 | 11:24 | #2

    Oh là… capricieux votre blog… vous devriez aller fouiller dans les réglages anti-spam… :)

  3. le koala
    8 octobre, 2009 | 14:34 | #3

    On sent vraiment chez lui un intérêt pour les religions dites païennes et le polytéisme; peut-etre aussi pour l’animisme. Je ne suis pas loin de partager cet intérêt-là, au moins dans l’abstrait. Permettre aux gens de croire au moins en un « principe d’harmonie »… Intéressant. J’ai la nostalgie des dieux traduisant les puissances naturelles et nourricières. Je me verrais bien adorer une sorte de mère ou de marâtre primordiale, la « magna mater » ou quelque chose de ce genre.
    Pas plus c… que d’aller à l’église.

  4. Marie
    8 octobre, 2009 | 17:13 | #4

    @NLR. Vous verrez, dans cette interview il dit des choses tout à fait passionnantes sur l’écriture. Ce type me bluffe; il faudrait effectivement que je lise ses premiers écrits et sa poésie.
    @Koala. Si vous cherchez un Dieu quelque part c’est que vous n’êtes pas complètement désespéré, ça me rassure. Moi je ne cherche pas, sans doute parce que je crois encore un tout petit peu au christianisme, la foi du charbonnier. Pas de quoi pavoiser, mais bon…

  5. Marco
    8 octobre, 2009 | 17:59 | #5

    Arf! hasard ou coïncidence à mon tour, Marie, le dernier numéro du « Magazine des Livres » m’a bougrement intéressé (mon prochain billet portera là dessus, mi-enthousiaste mi-salaud _ ce magazine mérite bien les deux, je pense:). En tout cas, notre Michel est toujours fort intéressant (et drôle _ ce qu’il dit sur le christianisme, notamment), et oui, « Lire » est bien en dessous à tous points de vue (quelqu’un le lit encore, « Lire »?).

  6. le koala
    8 octobre, 2009 | 23:00 | #6

    A propos de Houellebecq et de ses premiers écrits, je recommande pour ma part son essai sur Lovecraft (contre le monde, contre la vie). il m’a plu car la convergence des deux personnages, et la compréhension de Lovecraft par Houellebecq – le premier, après tout, étant un authentique paria maudit et cependant unanimement adulé – est savoureuse. Ca change aussi des analyses lovefcraftiennes fondées sur le découpage de la cosmogonie chtonienne, car là Houellebecq s’attache au fond psychologique (psychopathologique même) de lovecraft. Et y’a à dire.

    Je ne suis pas en recherche de dieu Marie. L’objet de mon adoration est la nature et, disons, l’existence d’un équilibre naturel aux proportions cosmiques. Si je devais croire en quelque chose, mettons, ce serait Gaïa. Mais à part ça le fait religieux et spirituel m’intéresse (chez les autres, essentiellement).

  7. 9 octobre, 2009 | 11:44 | #7

    …je ne sais pas ce que je « fous » ici, je déteste cet écrivain, mais, peut-être, grâce à Marie, me pencherais-je un peu sur lui ? ah, pardon, sur ses œuvres ! ;-)

    Dernière publication sur Valy-Christine Océany : Mes livres avec dédicace

  8. 24hcolo
    9 octobre, 2009 | 20:04 | #8

    « Moi je ne cherche pas, sans doute parce que je crois encore un tout petit peu au christianisme, la foi du charbonnier ».
    Pouvez-vous expliciter, Marie ? Je saisis la phrase dans le sens suivant : « je ne cherche pas Dieu car lorsqu’on est chrétien c’est inutile, it’s in the pocket ». Or toute la vie ne vaut la peine d’être vécue que pour cela : chercher. D’où l’on vient, pour savoir qui l’on est et pourquoi, et ensuite où l’on va… La foi, fût-elle « charbonnière » doit vivre et évoluer et avancer, sinon elle meurt.
    Jusqu’à notre dernier souffle nous chercherons, car nous savons pertinemment que nous n’aurons la réponse qu’après… s’il y a un après…
    Et l’acte d’écriture est, pour moi, une expression intime de cette recherche, une envie de trouver sa vérité en la couchant sur le papier avec sincérité et sans fard.
    Peuchère, me voilà bien sérieux sur ce sujet. Je n’ai même pas envie d’une boutade. Suis d’attaque pour continuer mon roman noir.

  9. 9 octobre, 2009 | 20:12 | #9

    @24colo
    Contrairement à Houellebecq, je trouve que « sur le papier » (id est dans la Bible) la religion chrétienne est la plus convaincante; mon problème: la foi, telle qu’elle doit être vécue, en faisant un pari comme Pascal. je doute depuis trente ans. Mais ça ne m’empêche pas de vivre, car je crois en l’humanisme, en des valeurs universelles.

  10. Cécile D.
    10 octobre, 2009 | 11:52 | #10

    Merci Marie d’avoir mis en lumière par le biais de cet extrait, cette ITW de M. Houellebecq ds le Magazine des livres..vais me précipiter pour l’acheter.
    Cet auteur me passionne et m’intrigue à la fois tout en pensant comme Nicolaï qu’il est un des rares auteurs qui soit authentique, cohérent et loyal avec lui-même
    J’ai découvert aussi et (j’aime bp) Schopenhauer grâce à Irvin D. Yalom… *_*

  11. Marie
    10 octobre, 2009 | 17:36 | #11

    @Cécile
    J’ai lu les deux romans de Irvin D Yalom, très bons livres.

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