l’atelier d’écriture, roman (chepdeville)
27 septembre, 2009 @ 1:34 Non classé

En flânant dans les rayons d »une de mes librairies préférées,  j’ai trouvé une perle. Pas un chef d’oeuvre, pas le livre qui va révolutionner l’histoire du roman français, mais un bouquin très bien ficelé et souvent très drôle, sur un sujet qui ne manquera pas d’intéresser ceux parmi mes chers lecteurs qui se torturent les méninges pour savoir quoi écrire, comment l’écrire, et toutes autres questions agitant ceux que Wrath appelle les  « wannabes »:

« L’atelier d’écriture » publié au Dilettante par Chepdeville.

Dans ce roman,  le narrateur qui s’appelle Chepdeville (comme l’auteur),  est un écrivain raté:  il a publié un polar qui n’a pas marché,  et pendant les quinze ans qui ont suivi, plus rien. On ne saura jamais exactement ce qui s’est passé pour que cet écrivain ne publie plus un seul livre après cette première incursion dans le monde éditorial: peur de l’échec,  manque d’inspiration, dépression? On sait juste qu’il survit en touchant le RMI et en accumulant les stages proposés par l’ANPE. Alors qu’il rêvasse dans son modeste appartement, un représentant du Conseil général l’appelle pour solliciter ses compétences afin d’animer un atelier d’écriture dans un collège voisin. Malgré sa répugnance à retrouver un semblant de légitimité en se voyant confier cette mission, Chepdeville accepte. Et le voilà embarqué dans diverses aventures car d’autres propositions d’animation d’atelier d’écriture suivront,  qui le mèneront dans des établissements où chaque fois,  il se transformera en éducateur, en pion, en confident, en témoin à la fois amusé et exaspéré du mal de vivre des uns, de l’inculture navrante des autres. Il aura même la surprise d’être le bourreau des coeurs (ou des corps plutôt) de ces dames. Au passage,  il retrouvera un amour de jeunesse: la maman de Babacar, un de ses élèves les plus patibulaires.

Chepdeville a un évident talent de conteur; on tourne les pages sans s’ennuyer une seconde, on rit beaucoup, son livre est un bonheur de lecture. Il livre aussi quelques réflexions pertinentes (et parfois désespérantes) sur ce qu’est devenu « le monde de l’édition ».

Extraits:

« Ah ouais! Alors tu t’inspires de nous pour nous mettre dans tes bouquins? On te sert de cobayes, quoi! s’exclama Sophie.

 Qu’est-ce qu’elle racontait, l’infirmière, elle se prenait pour Sophia Loren ou quoi? Et puis ils allaient m’emmerder longtemps avec leurs questions à la noix? Ils n’étaient pas venus pour écrire des nouvelles policières?

-Non, ce n’est pas systématique. C’est vrai que certaines personnalités dans la vie peuvent m’inspirer,  mais c’est tout aussi valable dans la rue ou dans mon quotidien. J’utilise tout ce que je vois et entends,  je suis une véritable éponge,  comme Bob.

-Et tu t’inspires des faits divers dans les journaux? lança Véro.

  C’était bien une question de future douanière, ça. Dommage, elle était mignonne.

-Non, je ne pompe jamais dans les journaux. J’ai la chance d’avoir un bon imaginaire. Mes idées d’histoires se bousculent suffisamment dans ma tête pour que je n’aie pas besoin d’aller chercher ailleurs dans la réalité.

Le menteur, l’immonde menteur, j’avais un imaginaire en peau de zob, j’avais toujours ramé comme un malade pour trouver ne serait-ce qu’un début d’embryon d’histoire. Mais qu’est-ce que c’était que ce boulot où l’on était payé pour raconter des conneries. C’était là tout le problème d’auteur, cette envie irrépressible d’écrire, de raconter, mais je n’avais rien à raconter. La seule chose que la nature avait daigné me filer, c’était le style. Mais qu’est-ce que je faisais avec ce truc, si le reste ne suivait pas? Tout le monde ne s’appelait pas Nabokov. »

… »Je pense que ceux qui écrivent sur le sujet (l’édition), ne lisent pas. Ce sont des journalistes, des comptables, des statisticiens. Ils devraient moins en parler et lire plus, lire mieux, découvrir, au lieu de s’obliger à bouffer du formaté pour pouvoir argumenter leur papier. C’est un jeu de dupes. Le paradoxe dans ce milieu, c’est que ce sont les gens qui fabriquent les livres qui lisent le moins. Les auteurs eux mêmes, pour la grande majorité, ne lisent pas. Ils ne s’intéressent qu’à leurs livres, et ils s’étonnent toujours que les autres écrivains ne s’intéressent pas à leur travail. Ce sont souvent des gens prétentieux et nombrilistes, pas autant que les théatreux, ça c’est impossible, mais ils en tiennent tout de même une sacrée couche. S’ils s’intéressaient un peu plus aux autres, au lieu de se  palucher uniquement sur leur prose, peut-être qu’on ferait un peu plus de cas de leurs écrits.  Mais tout ça,  c’est un faux problème. Le livre est avant tout une industrie, à l’instar du cinéma, une histoire de marchands de papier. »

Bon courage pour écrire après ça! Merci,  Monsieur Chepdeville;)

-Marie Lebrun
rss 22 réponses
  1. 27 septembre, 2009 | 19:54 | #1

    Quel sagouin ce Chepdeville. Il a dû installer des micros dans ma baraque, va falloir que je ratisse tout pour les dénicher. Non mais ho.
    C’est vrai que je me retrouve tout à fait dans cet écrivain « raté » (encore qu’on puisse considérer que publier un livre qui ne marche pas est déjà mieux que ne pas publier du tout, ce qui classe tous les wanabees comme moi dans une catégorie qu’on pourrait nommer « les-vains-écrivains-qui-auraient-fait-un-four-s’ils-avaient-d’abord-tapé-dans-l’oeil-d’un-éditeur ». Bref, les écrivains qui sont ratés mais ne le savent pas encore… Un peu comme les infortunés opposants de Ken le survivant.

  2. 27 septembre, 2009 | 20:27 | #2

    @Il faudrait que vous lisiez ce roman, Serge, dans son genre le narrateur vous ressemble un peu (dans sa façon de « penser »). Et les scènes dans les collèges valent leur pesant de cacahuètes.

  3. 28 septembre, 2009 | 9:59 | #3

    Participer à un atelier d’écriture peut révéler d’heureuses surprises. J’en ai fait l’expérience pendant 2 ans avec Leslie Kaplan, dans des ateliers qui réunissaient des gens venus de tous horizons, y compris des collégiens. Ça donne un autre regard, l’écriture ne se réduit sans doute pas à la production officielle. Alors, écrivain raté…

  4. 28 septembre, 2009 | 10:53 | #4

    24hcolo, ta modestie te perdra. Pour ta peine, tu mériterais d’écrire le succès du siècle, tu deviendrais multi-millionnaire, tu serais bien attrapé, tiens.
    Marie, la satire a l’air réjouissante, avec toutes les exagérations d’usage. « Les auteurs eux-mêmes, pour la grande majorité, ne lisent pas ». mhhmmm… Il y en a quelques uns, oui (et ce ne sont pas forcément les plus mauvais d’ailleurs), mais la grande majorité lit beaucoup. C’est d’ailleurs ce qui fait que la « littérature » vivote encore un peu: il est bien évident que s’il n’y avait plus que de « purs » lecteurs, les 3/4 des librairies seraient déjà fermées; heureusement nous autres misérables « écrivants » lisons (et achetons) nos plus ou moins glorieux pairs.

  5. 28 septembre, 2009 | 19:34 | #5

    @marco
    Oui, ça existe les auteurs qui lisent d’autres auteurs, la preuve, nous;)
    Dans les « people » il doit y en avoir quelques uns aussi.
    @Yola
    Avec Leslie Kaplan , ce devait être très « pro » effectivement. Rien à voir avec les ateliers dont parle Chepdeville.

  6. 28 septembre, 2009 | 21:05 | #6

    C’est pas cheFdeville ? J’ai trouvé eul bouquin sur Priceminister avec le titre correspondant. La couverture donne pas envie (un mur taggué à la d’jeun’s, bof bof), heureusement que Marie vend mieux la camelote. ;-) Z’auriez dû être libraire, tin… Et comme chuis bon écoutant, toujours prêt à acquiescer et à opiner du chep en particulier devant la gent féminine, vous m’auriez fait acheter tout l’magasin. (Heureusement que je suis à 60 km de la Fnac la plus proche d’ailleurs, ça me féfaire de sérieuses économies).
    Merci Marco, je serai effectivement sûrement puni pour mes outrecuidances, puisses-tu dire vrai ;-)
    Concernant les auteurs/lecteurs, je pense (mais j’ai pas inventé l’eau tiède hein) que tout bon auteur se doit de lire beaucoup afin de nourrir sa propre prose. (Non, je n’ai pas piqué cette idée révolutionnaire dans les dernières déclarations de JCVD ou de notre Johnny national.)

  7. Manuel
    29 septembre, 2009 | 2:01 | #7

    En 1995-1998 j’ai pris part à un atelier d’écriture qui fonctionnait comme une assemblée, sans modérateur ni professeur, des litres de bière sur la table et des cigarettes qui circulaient… Nous mettions chacun un peu de son savoir, les lourds lâchaient prise et reculaient, nous finissions jamais avant minuit, et l’après-minuit se faisait chez quelqu’un ou à la taverne… Après cela je me méfie des gens qui se proposent pour animer un atelier et en être payés pour ça.

  8. 29 septembre, 2009 | 12:39 | #8

    Il m’est arrivé de picoler come une vache polonaise et de fumer un paquet en une soirée.
    …J’ignorais seulement que je participais à un atelier d’écriture. Ou alors, je n’ai pas remarqué. :-I

  9. 29 septembre, 2009 | 13:37 | #9

    Non Koala : t’étais sûrement chez Michel Polak ;-)

  10. 29 septembre, 2009 | 13:51 | #10

    @Manuel
    Il avait l’air très sympa et festif, votre atelier d’écriture. j’espère qu’un jour vous rédigerez un texte sur ce sujet. « Je me méfie des gens qui veulent être payés pour ça »: c’est là le pb, trouver la juste mesure entre le cours du soir où l’animateur est là pour ses fins de mois, le cours de creative writing à l’américaine prôné par Wrath, l’atelier babacool où on exprime ce qu’on ressent façon psychotérapie de groupe. Perso je n’ai jamais rien essayé; je n’y crois pas à ces cours. A tort peut-être, si ça se trouve, j’aurai déjà écrit un best seller avec de la technique:-D

  11. 29 septembre, 2009 | 23:16 | #11

    Il y a un peu de cela dans mes romans en espagnol, quoiqu’à l’époque je ne partageais avec toute cette troupe le fait d’écrire un (?) roman. Notre truc était la poésie, et apprendre à la réciter… c’était très marrant pour moi qui était en principe timide mais qui devenais presque un acteur. Sur un court-métrage je faisais Baudelaire lisant son Vin de l’assassin, sur une vidéo performance j’étais directeur de la troupe (une autre troupe, année 1999-2000) et je jouais (sur mon propre texte poétique et théâtral) l’empereur Néron… C’est vrai qu’une bonne partie de cela je ne l’ai pas auto-fictionné. Les mémoires devront se substituer au trous dans l’auto-fictif, quand je serais vieux. L’histoire de Néron avait son côté psychothérapie de groupe, on s’est mis à poil et les uns sur les autres, et c’était à mon atelier, dont le sol était en pierre, en hiver et sans chauffage. Pensez vous que de choses si bizarres semblent vraies dans un texte ?

  12. 29 septembre, 2009 | 23:19 | #12

    Dans le groupe dernier (1999-2000) il y avait une « actrice » qui prétendait faire du théâtre avec (juste) un doigt, oui, il faudrait que je raconte…

  13. 29 septembre, 2009 | 23:30 | #13

    @Manuel
    Vos aventures dans le mileu underground de l’art sont étonnantes et réjouissantes comme un film d’Almodovar. Je confirme que vous devriez raconter ce genre de souvenirs.
    Vous perpétuez la tradition dadaiste ou surréaliste (je confonds les deux mouvements, n’ayant pas votre culture). Vous êtes souvent surréaliste en apparence et pourtant je suis certaine que tout est vrai dans ce que vous relatez.

  14. 29 septembre, 2009 | 23:44 | #14

    C’était de l’inconscience, Marie, de l’inconscience. Imaginez qu’un soir nous sommes allés tous dans un restaurant, occupé une bonne partie et sorti des sandwiches que nous avions préparés pour dîner. Quand on nous a dit qu’il fallait pas apporter des choses, mais faire des vraies consommations, nous ne comprenions pas (vraiment !!!) qu’est-ce qui n’allait pas. Il fallait nous voir protester.

  15. 30 septembre, 2009 | 0:00 | #15

    En fait j’aime pas Almodovar, je sature avec. Je préfère Saura.

  16. 30 septembre, 2009 | 0:01 | #16

    Mais ça et le restaurant d’alors, c’est même topo.

  17. 30 septembre, 2009 | 14:12 | #17

    @Manuel
    Je n’ai pas vu tous les films d’Almodovar. Récemment « la mauvaise éducation » que j’ai trouvé intéressant alors que j’avais détesté Volver. Saura, il me semble avoir vu « Cria cuervos » quand j’étais très jeune, il faudrait que je revois ce film. En fait je crois que chez les espagnols, mon préféré reste Bunuel: « Belle de jour » et « journal d’une femme de chambre ». « Le chien andalou », j’ai du mal, j’arriverai peut-être un jour à le regarde sans fermer les yeux.

  18. 1 octobre, 2009 | 15:03 | #18

    Marie, je vous invite à « farfouiller votre bibliothèque », c’est ici :

    http://valychristineoceany.unblog.fr/2009/10/01/operation-farfouiller-ma-bibliotheque/
    amitié, V.

  19. 2 octobre, 2009 | 13:41 | #19

    On a le droit d’avouer qu’on trouve Carlos Saura chiant, où il faut fermer sa gueule !!?

    Attention, cela dit, hein. De manière générale j’adore la culture espagnole. c’est un pays où il fait bon vivre, où on se sent bien, où on peut bouffer en plein air au mois de décembre pour 10 euros, et dont les villes regorgent encore de quartiers populaires authentiques – comprendre: où le revenu moyen culmine autour du smic mais qui pour autant ne sont pas devenus des coupe-gorges.
    Je suis parti à Barcelone au printemps dernier. Ai bouffé pour trois fois rien une grosse assiette de calamars frits avec des frites, dans une ruelle, aux pieds du Montjuic, avec plein de locaux passant autour, du linge qui me pendouillait par-dessus le crâne, des gamins aux couleurs du FC jouant avec un ballon et des petites voitures à deux pas des chaises des clients. le bonheur. Un peu l’Italie des années soixante, comme on la voit dans les vieux films. Eh bien en Espagne, des ambiances comme celle-là perdurent. C’est très bien. Tout suf un signe d’archaïsme – au contraire, un mode de vie. On devrait en prendre de la graine, nous autres: en france il faut érserver un restau gastronomique pour pouvoir se taper un pot-au-feu entre deux vieux bourgeois. Peuh. Vive l’Espagne !

  20. 3 octobre, 2009 | 10:37 | #20

    Marie – Perso je n’ai jamais rien essayé; je n’y crois pas à ces cours. A tort peut-être, si ça se trouve, j’aurai déjà écrit un best seller avec de la technique:-D => Idem/ L’écriture vient de soi (du coeur) et sort des tripes. On la ressent ou pas ! Après, i lfaut trouver son style et cela fait, il faut établir son plan de travail et foncer. Publié ou pas, un écrivain de cette trempe (et qui n’est pas un truqueur) reste un écrivain. Que ses livres se vendent ou pas. Une fois l’écrit sous forme de livre (l’objet), appartient à celui qui l’aura acheté. A plus.

  21. 3 octobre, 2009 | 12:36 | #21

    @Deville.
    Je suis bien d’accord: on peut-être écrivain sans être jamais publié et inversement. Quand on aime écrire avec passion, on le fait essentiellement pour soi. Et pour les quelques personnes qui aiment ce qu’on fait.

  22. 4 octobre, 2009 | 9:38 | #22

    Warning, Marie, vous enfoncez des portes grandes ouvertes, et vous radotez. J’attends le « petit plus » dans votre propos.

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