posts de juin 2009


désir impossible, désir absurde, absurdité du désir impossible

Ma fille Caroline a passé avant-hier l’épreuve de philo du bac S. Elle a choisi de disserter sur le sujet:

« Est-il absurde de désirer l’impossible? »

Elle a adoré le sujet, en a rempli plein de pages sur « Oui, c’est absurde, car désirer l’irréalisable conduit à l’insatisfaction, à une croyance absurde en l’irrationnel, mais en même temps impossible hier devient possible grâce à la science,  et si on ne tend pas vers l’impossible, on n’est pas humain, on reste la bête instinctive, le désir est le moteur de l’âme,  etc, etc… » Je suis sûre qu’elle aura une bonne note, normal, son père est un génie et sa mère est une maman exceptionnelle de courage, de bonté, d’écoute, d’humour complice, de subtilité et j’en passe^^^:-D

Moi qui suis beaucoup plus proche des thèses nihilistes et ultra pessimistes de Schopenhauer que de la volonté de puissance de Nietzsche, j’aurais tendance à répondre: oui, c’est absurde de désirer l’impossible, puisque désirer l’impossible c’est souffrir de manque en permanence. Pour ne pas être malheureux, mieux vaut vivre comme Bouddha que comme Obama avec son désormais légendaire « Yes we can! »

Un exemple au hasard: mon rêve d’enfant était jusqu’à douze-treize ans d’être danseuse étoile. Sauf que j’avais les pieds plats (sans pied cambré,  impossible de faire correctement des pointes), que mes parents vivaient en province et ne m’auraient jamais inscrite au concours d’entrée à l’Opéra, et que de toute façon, je n’aurais pas eu la résistance physique et le mental d’acier qu’il faut pour éliminer toutes mes rivales. Quand j’ai compris que mon désir le plus fort ne se réaliserait jamais, j’ai SU que la vie était décevante.  J’ai bien assimilé la notion d’impossibilité. Du coup les phrases du genre « Yes we can » ou « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort », et autres absurdités, ça glisse sur moi comme la pluie sur les plumes d’un colvert.

Bon, j’espère ne pas trop plomber votre moral., en vous confrontant avec ce thème ô combien torturant.  Le premier qui parviendra à me convaincre que j’ai tort,  gagnera une caisse de Cristal Roederer.

pourquoi écrivez-vous?

En rangeant ma bibliothèque je suis tombée sur un livre acheté voilà quelques années: « Un été d’écrivains », compilation d’entretiens radiophoniques entre Brigitte Kernel écrivain et journaliste,  et des écrivains reconnus, ou du moins suffisamment connus pour intéresser le public de France Inter.

Dans chaque entretien, la journaliste pose la question: « Pourquoi écrivez-vous » ou « Que représente pour vous l’écriture ».

Parmi toutes les réponses, les trois qui m’ont paru les plus sincères, et donc les plus intéressantes:

Maud Tabachnik:

« Parce que j’aime ça et que ça me rapporte ».

Voilà une réponse franche et sans détour. L’auteur de romans policiers (pas mauvais d’ailleurs, surtout les premiers ) dit tout haut ce que beaucoup d’écrivains abonnés aux best-sellers n’avouent pas: quand on vend bien, l’écriture est un bon plan. Passer plusieurs heures par jour assis confortablement chez soi à travailler un roman vous permettant de gagner de quoi écrire le suivant sans travailler à côté, on imagine qu’il y a pire comme quotidien.

Et puis surtout elle fait ce qu’elle aime: un jour elle a commencé à écrire une histoire et n’a plus pu s’arrêter; et hop, c’était parti. Une sorte de Simenon au féminin, la Tabachnik.

Andrea H.Japp

J’avoue que je n’ai rien lu d’elle,  mais je vais m’y mettre car sa réponse était la plus étonnante et la plus approfondie:

« L’écriture est la meilleure solution pour vivre enfin. Je veux dire: vraiment. Parler pour dire quelque chose n’est pas naturel pour moi. Les mots vont trop vite, on les choisit mal, ou pas assez scrupuleusement, bref, je ressens l’oral comme une version approximative de la pensée. C’est un truc qui sert à renseigner, alerter, bavarder, certainement pas à dire. Ecrire c’est dire, avec toute la permanence des choses importantes, c’est se mouiller au travers de ses mots. C’est aller chercher au fond de soi des mots et les raisons de ces mots. C’est aussi accepter la modification. Je ne garde pas trop le souvenir des conversations que j’ai pu avoir, et m’ont peu modifiée. Je sais exactement ce que j’ai écrit, pourquoi, et combien le fait de ne pas trouver les mots m’indiquait que j’avais tort, pas compris, pas senti, pas vu. Cette prise de réalité, de vérité, s’étend à la lecture parce que je me souviens aussi très précisément de ce que j’ai lu. J’ai appris à vivre dans les livres. J’ai compris ce qu’étaient  les émotions, la rage, l’amour, les faux-semblants dans les lignes des autres. La vie n’a été qu’une confirmation expérimentale. »

Définition à la fois terrifiante et bouleversante: l’écriture permettrait de dire ce qu’on arrive pas à dire et de vivre pleinement ce qu’on ne parvient pas à vivre dans la réalité. Vision extrême de l’écrivain, considéré comme un handicapé existentiel qui ne vit complètement que dans les livres, ceux qu’il écrit, ceux qu’il lit.

 

Frédéric Vitoux.

« Peut-être pour être aimé. On écrit pour soi et si on décide de publier, de livrer ce qu’on écrit aux autres, c’est au fond pour trahir ce besoin de dire « aimez-moi. »

Jolie réponse, qui se passe de commentaires.

 

Et vous chers amis, pourquoi écrivez-vous?

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