le sexe selon Schopenhauer
14 avril, 2009 @ 9:38 Non classé

Avec un prof de philo que j’ai connu par une amie, je participe de temps en temps en petit cercle à des « discussions » autour de la philosophie. Je pensais qu’on ne tiendrait pas six mois, alors que cela fait plus de quatre ans que nous nous réunissons régulièrement.

La dernière séance portait sur la pensée de Schopenhauer. Rassurez-vous, je ne vais pas vous retranscrire un cours sur ce philosophe dont la pensée peut grossièrement se résumer par cette phrase: « La vie oscille comme un pendule entre la souffrance et l’ennui ». Schopenhauer qui n’était pas un joyeux drille, a « inventé » le pessimisme dans les doctrines philosophiques.

Venons-en au plus intéressant, la position de Schopenhauer sur la sexualité: pour ce grand pessimiste, la sexualité en général, humaine en particulier, n’est autre chose que l’expression de la force qui, à ses yeux, fait le fond de toute réalité et qu’il appelle le « vouloir vivre » (vulgaire instinct vital biologique et inconscient). Mais le monde n’est pas que volonté mais aussi représentation, conscience. Et c’est là que tout se complique: l’homme ne voit pas la réalité telle qu’elle est. L’individu est dans l’illusion lorsqu’il pense servir ses intérêts au moment du choix d’un partenaire sexuel. En fait, ce choix est rigoureusement déterminé par des critères liés à la reproduction de l’espèce. Toute passion repose in fine sur une illusion qui fait miroiter aux yeux de l’individu ce qui n’a de valeur qu’au regard de l’espèce.

Conséquence selon Schopenhauer: l’homme est polygame, parce qu’il « peut en une année engendrer cent enfants » (moi je dirais beaucoup plus si on va par là;)). Pour lui,  l’adultère de l’homme est naturel. La femme qui ne peut, dans le même temps, engendrer qu’un seul enfant,  s’attachera fermement à un seul homme et sera naturellement fidèle.

C’est là qu’on se dit qu’ils sont forts ces philosophes, en parvenant à expliquer par un raisonnement pas si tiré par les cheveux, d’ailleurs, que c’est naturel et normal que les hommes soient infidèles. Par « pas si tiré par les cheveux », j’entends qu’aussi aberrant qu’il puisse paraître,  son raisonnement n’est pas absurde: imaginons que l’acte sexuel ne soit pas récompensé par la jouissance physique; imaginons que la nature dans sa perversité,  n’ait pas lié  la possibilité de se reproduire à l’orgasme avec un être désiré et aimant,  plaisir sexuel qui constitue,  avec la recherche de nourriture et donc d’argent,  une des principales préoccupations de tout être humain? Il y a fort à parier que les gens ne seraient pas pressés de s’accoupler. Quant aux femmes,  seraient-elles fidèles si elles n’avaient pas besoin d’un père pour les aider à élever leurs enfants? Eh oui, inconsciemment nous cherchons à perpétuer l’espèce;  l’amour, le romantisme, tout ça,  c’est rien que des amusements qui ne durent pas et qui nous collent sur les bras des marmots qui n’auront pas une vie plus marrante que la nôtre. Le plaisir n’existe que pour nous inciter à procréer, c’est une ruse diabolique de la nature qui nous fait confondre instincts et sentiments. Concernant la fidélité féminine, le brave Schopenhauer n’avait pas toutefois pas prévu la pilule en vente libre et le stérilet.  Maintenant, dans nos contrées occidentales, non seulement les femmes s’assument financièrement, mais elles peuvent choisir de faire l’amour sans faire d’enfants.  Mais pourquoi alors, me direz-vous, pourquoi continue -t-on à faire des enfants? Réponse de Schopenhauer: parce qu’inconsciemment nous voulons que l’humanité se perpétue.

Je vous laisse méditer (ou pas) sur ce sujet de la sexualité en philosophie.

-Marie Lebrun
rss 11 réponses
  1. le koala
    15 avril, 2009 | 15:47 | #1

    Autre question Marie:
    Maintenant que les femmes ont la pilule – « maintenant  » relatif, la loi Neuwirth remonte un peu, quand même – comment se fait-il qu’elles ne soient pas plus portées elles-mêmes sur l’adultère ?
    Pour la plupart d’entre elles elles ont gardé le mode de pensée et les référends moraux « de leurs glandes », pour ête carictural; celui en tous cas qu’inspire leur profil physiologique, biochimique, génétique, ce qu’on veut. Un peu comme les hommes, dont les scientifiques nous disent comme Schopenhauer en somme qu’on ne peut pas grand-chose à leur nature. Contrairement aux autres grands mammifères, par exemple, on est tout le temps excités !!

    heu, je veux dire: toute l’année (sans saison des amours, quoi).

    Ah, pendant que j’y suis. ca y est j’ai mon blog, je vais inscrire le votre dans les liens; pour l’instant y’a qu’un seul message hein: http://lekoala.unblog.fr/
    a plus !

  2. Nicole
    15 avril, 2009 | 17:13 | #2

    @Koala

    Un blog de Koala, quelle bonne nouvelle! Franchement ça manquait…
    Vous verrez, ça oblige à rédiger différemment, et ça change un peu des manuscrits qu’on s »échine à peaufiner et qui reçoivent des lettres de refus (arf).

    Concernant l’adultère féminin moins fréquent que les tromperies masculines j’ai ma théorie: les femmes sont souvent celles qui dans le foyer s’occupent le plus des enfants. Pour peu qu’elles travaillent à côté, il devient difficile de dégager, pour celles qui seraient tentées par une aventure, du temps libre pour aller à l’hôtel avec un galant. Cela dit j’ai travaillé il y a un moment dans un ministère et d’après ce que j’ai cru comprendre, les « tromperies » se passaient à l’heure du déjeuner. J’ai même connu le cas d’une femme qui se changeait en début et en fin de journée afin de porter pendant les heures de bureau les habits que lui offrait son amant. Sinon autre explication: les femmes sont effectivement ataviquement plus calmes et tournées vers le foyer tandis que les mecs auraient besoin d’exotisme dans tous les domaines. Je constate tout de même que dans les campagnes et les milieux modestes, on trouve encore des filles qui ne rêvent que d’une vie tranquille mais que toutes celles qui font des études sont beaucoup plus délurées que les filles de ma génération, sans parler de celle de leurs grands mères. Et quand on voit le succès de séries comme « Sex and the city » on se dit qu’elles ont des exigences sexuelles très pointues, si j’ose dire;)

  3. NLR
    18 avril, 2009 | 11:02 | #3

    Je me suis toujours demandé si les chiens « kiffaient grave » quand ils baisaient. Et d’ailleurs est-ce qu’il baisent ? Mmh ? Et les escargots qui se montent dessus ? Avec Madame escargot qui mouille sa race… Est-elle réellement excitée, l’escargote ? Ou pas du tout ? Et pourquoi la Judéo-Chrétienté nous a-tellement mis des bâtons dans les roues libres, si libres ? Nous, hommes polygames naturels et insatisfaits congénitaux ? Ah toutes ces questions sans réponse. Terrible. Il y en a des millions. Vous faites quoi Marie ce soir ? Libre ? Ouverte aux choses ? Parce que je viens d’essayer « Serexis », qui selon votre annonce Google « aide à améliorer la performance sexuelle masculine ». Et un test s’impose. Positivement requinqué j’ai voulu sodomiser mon chat, mais il a fui. Je me trouve si seul.

  4. 18 avril, 2009 | 12:07 | #4

    @NLR
    1. Je suis très mariée.(Un mari et des filles prêts à me lapider en cas de manquement à mes devoirs dépousetdemère.)
    2. Je ne suis pas parisienne.
    3. Vous êtes seul comme moi je danse tous les soirs au Lido.
    La vie est mal faite, n’est-ce-pas? ou pas, selon les points de vue.
    Pour ceux qui seraient choqués (je suis sûre qu’il y en a, si si!): ce n’est qu’un blog mes chéri(es):-)
    Quant aux pubs: désolée, elles se mettent là sans mon autorisation ces malotrues.

  5. Alice
    18 avril, 2009 | 14:12 | #5

    Le ramollissement du sexe durcit le coeur, NLR.
    Moi je ne fais rien, ce soir.

  6. Manuel
    19 avril, 2009 | 23:34 | #6

    Là, sur le pouvoir de procréation, Schopenhauer n’avait pas pris en compte les femmes qui achètent du sperme ou qui commandent des mères porteuses sous salaire. Charles Müller voyait (sur son blog) cela comme un progrès. Tous ceux qui prennent le pouvoir et l’argent deviennent des cinglés, et c’est le tour des femmes. L’affaire n’a changé en substance; les hommes solitaires achètent des coïts ou de la pornographie, les femmes solitaires achètent des bébés. L’idée de Schopenhauer est portée au paroxysme de l’absurde. En fait c’est l’accomplissement de la ruse morale du christianisme, malgré que le Pape se fasse le difficile. Beaucoup de féministes outrancières sortent des écoles de nonnes.

  7. le koala
    20 avril, 2009 | 12:25 | #7

    Quand on y réfléchit, et quand on revient à cette conception selon laquelle les innovations technologiques et médicales sont à même d’influer sur le tempérament sexuel – fût-il envisagé sur une base individuelle – on est amené à relativiser les choses. Que faut-il comprendre, par exemple, quand on lit (ou dit) que la pilule est concommitante à une révolution sexuelle ? Il me semble que le mot « révolution » n’est pas usurpé; « sexuelle » l’est par contre, au point que le mot mérite ses guillemets. La disponibilité de la pilule, en effet, n’a pas fait souffler un grand vent de libertinage dans la psychée féminine: elle aurait plutôt eu cet effet sur les hommes, nonobstant le paradoxe. Ce sont les femmes qui apprennent à ‘maîtriser leurs corps’, ce sont les hommes qui se proposent d’en profiter sensuellement, abandonnant la peur de lâcher des mouflets à droite et à gauche. La pilule, liberté de l’homme ou de la femme… ? Difficile à dire donc.
    A mon avis d’ailleurs: liberté de personne. je ne crois pas que la pilule ait changé grand-chose, sauf peut-eêre pendant une période transitoire de dix à vingt ans, avec le « Summer of Love » comme point de départ un peu arbitraire. Mais passées les orgies contées par Houellebecq et subies dans le dernier « OSS 117″ (arf) ?!

    Ben rien. D’un côté, on remet le préservatif, qui n’a guère évolué depuis l’époque des boyaux de laie ou de cochon. De l’autre on rentre à la maison bien sagement. On songe à faire l’amour à sa femme ou à son homme, on prend une profonde respiration, et puis ça passe. Et comme les deux tiers de la population de tous les pays occidentaux, un beau jour – proche, voire déjà passé – on s’aperçoit qu’on ne baise plus. Ca c’est la réalité. Ce n’est pas l’esthétique porno-chic qui triomphe sur le moindre bout de papier glaçé qui permet de se persuader du contraire.

  8. Marie
    20 avril, 2009 | 22:32 | #8

    @Koala

    Quand vous dites: « la pilule n’a pas changé grand-chose ». Ma mère qui est née en 1932 ne dit pas la même chose: dans les années 50 une fille qui se trouvait enceinte hors mariage subissait une mort sociale. Les filles se tenaient à carreau. Quand j’ai eu 20 ans en 1980, c’était l’inverse: celles qui n’étaient pas libérées étaient considérées des gourdasses ou des rebuts dont on ne voulait pas. Une fille n’osait pas dire qu’elle était encore vierge passé la date limite acceptable: 17-18 ans. Beaucoup de filles se sont un peu « forcées » avec les mecs à cette époque jusqu’au jour où elles se casaient et s’empressaient d’oublier leur période de débauche.
    Maintenant, je ne sais pas trop ce qui se passe; quand j’entends mes filles, je trouve qu’elles sont assez zen sur la question. Elles parlent assez librement de sexualité alors qu’avec mes parents on n’abordait jamais ce sujet dans les conversations.
    J’ai l’impression que ce qui domine chez les djeunes ce n’est pas l’attrait pour le sexe mais la peur de l’avenir; comme dit Manuel le pouvoir et l’argent rendent cinglé. On peut dire aussi que la peur de ne pas avoir ni pouvoir ni argent rend cinglé à la longue; ou n’incite pas en tout cas au libertinage.

  9. Récupération de données
    25 juillet, 2010 | 14:40 | #9

    S’il y a déterminisme, l’homme fait tout pour s’en affranchir. La pilule et le stérilet sont un exemple de son ingéniosité.

  10. 25 juillet, 2010 | 18:18 | #10

    Pilule, stérilet: effectivement, le progrès scientifique a bcp fait pour la liberté des moeurs ( bcp plus que mai 68 et le féminisme;)

  11. José
    7 mars, 2014 | 12:27 | #11

    Difficile de donner tort à Schopenhauer, d’autant que toute la biologie va dans son sens. Roméo et Juliette ne sont que des conséquences de la reproduction sexuée. Nous sublimons peut-être tout cela, mais le résultat que confirme l’histoire, c’est que nos instincts toujours nous rattrapent.

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