posts de avril 2009


l’enfer, c’est les autres

Dans Huis-Clos, Sartre a écrit cette réplique restée célèbre: »L’enfer, c’est les autres. »

Cette phrase peut signifier deux plaies de la nature humaine. Première plaie: le regard d’autrui m’objective; si je ne peux par moments m’y soustraire, m’isoler pour penser ou agir librement, ou me distraire (dans le sens oublier provisoirement que j’existe),  je deviens insupportable à mes propres yeux.  Autre plaie: les autres sont à mes propres yeux insupportables par leur comportement qui me gêne ou me fait souffrir, par leur pensée qui n’est pas la mienne et qui me fait douter ou me fait horreur, par leurs envies qui m’empêchent de satisfaire les miennes.

Je me concentrerai sur la deuxième plaie en dressant la liste de tous ceux qui me sont insupportables:

-Ceux qui me téléphonent alors que je n’ai rien à leur dire.

-Ceux qui ne m’appellent pas, alors que j’aurais plein de choses à leur dire.

-Ceux qui font plein de bruits répugnants en mangeant.

-Ceux qui n’aiment pas manger.

-Ceux qui font du bruit au cinéma (en échangeant leurs impressions avec leurs voisins, en bouffant du pop corn, en fouillant dans leur sacs, en laissant leur portable ouvert).

-Ceux qui tapent leurs gosses.

-Ceux qui tapent leur chien.

-Ceux qui humilient leur conjoint dans les dîners en ville.

-Ceux qui demandent à leur femme : « t’as pas un peu grossi? »

-Celles qui disent à leur homme: « Arrête de regarder cette fille. »

-Les  commerçants qui disent sur un ton tranchant: « Et avec ça? »

-Ceux qui votent à gauche et ne donnent rien au facteur et aux éboueurs.

-Ceux qui votent à droite parce qu’il y a eu mai 68.

-Ceux qui n’aiment pas Barbara et les films de Claude Sautet.

-Ceux qui trouvent que Fanny Ardant est moche.

-Ceux qui trouvent que « Belle du Seigneur » c’est de la littérature de midinette.

-Ceux qui méprisent la télé-réalité et qui passent leur temps à épier leurs voisins.

-Ceux qui roulent à 170 km/h sur l’autoroute parce qu’ils ont une nouvelle Audi.

-Ceux qui me disent: « Tu devrais faire ça. »

-Ceux qui ne me disent rien parce qu’ils s’en foutent.

 

La liste est bien évidemment non exhaustive.

le questionnaire de Valentina

Valentina (valychristineoceany) m’a envoyé un questionnaire en me suggérant d’y répondre sur mon blog. Je me suis dit « Pourquoi pas ».  C’est aussi amusant que le questionnaire de Proust. Merci de ne pas être trop sarcastiques dans vos commentaires.

 

4 jobs que j’aimerais exercer ?

Animatrice radio (il paraît que j’ai une voix radiophonique). Guitariste dans un groupe. Editrice. Rentière.

4 films que je connais par coeur?

Cuisine et dépendances. Les bronzés font du ski. Le père Noël est une ordure. Tatie Danielle.

4 livres préférés?

Là, c’est horrible de faire un choix. La recherche de Proust. Belle du seigneur de Cohen. Les particules élémentaires ex-aequo avec Extension du domaine de la lutte de Houellebecq. La femme rompue de Simone de Beauvoir.

4 émissions ou séries préférées?

Desperate housewives. Droit de réponse (hélas disparu depuis longtemps). Fais pas-ci, fais pas ça. Les guignols de l’info.

4 endroits où j’aime passer des vacances?

Le moulleau (bassin d’arcachon.) La Baule. Saint-Lary. Carantec (Finistère).

4 sites webs que je visite quotidiennement?
Le mien, les ELS, Alex in Wonderland, Wrath et ce serait injuste de ne pas citer NLR, Manuel Montero, et plein d’autres;  je suis accro au web, ça m’énerve.

4 plats que je ne mangerai jamais?
Le foie, les rognons, la cervelle, les ris de veau: je HAIS les abats.

4 plats que j’adore?
Le foie gras en terrine cuit par mes soins. La langouste mayonnaise (au prix où ça se vend, j’en mange même pas toutes les années bissextiles). Le succès aux noisettes. Les macarons au café.

4 endroits où j’aimerais être en ce moment?

New-York.  Saly (Sénégal). Dans un jaccuzi à 38°. Chez ma grand-mère dans une maison qui a été vendue, hélas.

4 personnalités actuelles ou du passé que j’aimerais rencontrer?

Barbara.  Fabrice Luchini. Michel Houellebecq. Benoît Magimel (pour vérifier s’il est aussi beau qu’à l’écran.)

4 voeux pour l’année prochaine?
Que ma fille Caroline réussisse le concours de médecine (son souhait le plus cher). Que ma fille Cécile continue à faire ce qui lui plaît. Qu’il fasse beau les jours où je serai en vacances (le reste du temps, ça m’est égal). Le 4ème voeu, je le garde top secret.

4 centres d’intérêt?

MOI MOI MOI MOI.

 

 

manuscrit inachevé, manuscrit interminable

Cela fait des mois que je traîne sur le même manuscrit. Ce n’est pas l’inspiration qui me manque, mais l’envie d’avoir envie de continuer. Au bout du 3ème texte,  après deux « échecs » dans quelques tentatives d’approches  d’éditeurs, je n’ai plus la fibre créative au top.  Pour paraphraser un auteur qui se vend très bien:  « J’aimerais bien qu’un éditeur m’attende quelque part. »

Ne voyez pas dans ces phrases le désespoir de l’artiste incompris ou du wrathisme brut;  non,  juste une certain découragement « aquoiboniste ». Quand on fait du tricot ou de la cuisine, on n’a pas besoin de dizaines voire de centaines de personnes appréciant l’effort fourni. Quand on écrit, allez savoir pourquoi, on a du mal à se contenter d’une poignée de lecteurs. Jamais vraiment compris d’ailleurs pourquoi on finit par y tenir tellement à avoir l’aval d’un vrai éditeur,  et la récompense d’avoir entre les mains un vrai objet livre, au lieu d’un bête tapuscrit relié comme un mémoire d’étudiant,  qu’on fera circuler dans le cercle rapproché des amis, parents et autres proches.

A moins de devenir riche comme Werber et Musso ou d’avoir un revenu appréciable, comme la poignée d’auteurs qui vendent minimum 30 000 ex régulièrement,  ça rapporte peanuts,  l’écriture.  Alors pourquoi y revenir, après chaque passage de découragement,  pourquoi y croire encore un peu? Suis-je donc si névrosée? L’autre jour, un type que je connais à peine (c’est le jules de la meilleure amie d’une copine) est venu me confier l’air grave qu’il avait lu quelques unes de mes nouvelles et les avait trouvé « vachement bien ».  J’étais flattée, évidemment.  Le problème c’ est  que je sentais chez cet homme, très sympathique d’ailleurs, un espoir, un intérêt sincère pour une personne qui « sortirait un peu de l’ordinaire », comme  ceux qui ont germé dans l’esprit de ma chère maman depuis que j’ai eu la riche idée de lui confier ces fameuses  nouvelles: depuis deux ans, elle voit en moi la nouvelle Gavalda. Et je sens qu’elle attend et espère un miracle miraculeux. Oui, je sens bien que certaines personnes me voit comme un cheval de courses côté cinquante contre un qui pourrait bien un jour se retrouver gagnant d’une course prestigieuse. Et je me sens piégée encore davantage que lorsque je ne faisais jamais rien lire à personne, même pas à mon cher et tendre.

Ne vous gaussez-pas trop, mes agneaux: je suis sûre que parmi mes habitués, il y en a plein qui sont exactement comme moi!

le sexe selon Schopenhauer

Avec un prof de philo que j’ai connu par une amie, je participe de temps en temps en petit cercle à des « discussions » autour de la philosophie. Je pensais qu’on ne tiendrait pas six mois, alors que cela fait plus de quatre ans que nous nous réunissons régulièrement.

La dernière séance portait sur la pensée de Schopenhauer. Rassurez-vous, je ne vais pas vous retranscrire un cours sur ce philosophe dont la pensée peut grossièrement se résumer par cette phrase: « La vie oscille comme un pendule entre la souffrance et l’ennui ». Schopenhauer qui n’était pas un joyeux drille, a « inventé » le pessimisme dans les doctrines philosophiques.

Venons-en au plus intéressant, la position de Schopenhauer sur la sexualité: pour ce grand pessimiste, la sexualité en général, humaine en particulier, n’est autre chose que l’expression de la force qui, à ses yeux, fait le fond de toute réalité et qu’il appelle le « vouloir vivre » (vulgaire instinct vital biologique et inconscient). Mais le monde n’est pas que volonté mais aussi représentation, conscience. Et c’est là que tout se complique: l’homme ne voit pas la réalité telle qu’elle est. L’individu est dans l’illusion lorsqu’il pense servir ses intérêts au moment du choix d’un partenaire sexuel. En fait, ce choix est rigoureusement déterminé par des critères liés à la reproduction de l’espèce. Toute passion repose in fine sur une illusion qui fait miroiter aux yeux de l’individu ce qui n’a de valeur qu’au regard de l’espèce.

Conséquence selon Schopenhauer: l’homme est polygame, parce qu’il « peut en une année engendrer cent enfants » (moi je dirais beaucoup plus si on va par là;)). Pour lui,  l’adultère de l’homme est naturel. La femme qui ne peut, dans le même temps, engendrer qu’un seul enfant,  s’attachera fermement à un seul homme et sera naturellement fidèle.

C’est là qu’on se dit qu’ils sont forts ces philosophes, en parvenant à expliquer par un raisonnement pas si tiré par les cheveux, d’ailleurs, que c’est naturel et normal que les hommes soient infidèles. Par « pas si tiré par les cheveux », j’entends qu’aussi aberrant qu’il puisse paraître,  son raisonnement n’est pas absurde: imaginons que l’acte sexuel ne soit pas récompensé par la jouissance physique; imaginons que la nature dans sa perversité,  n’ait pas lié  la possibilité de se reproduire à l’orgasme avec un être désiré et aimant,  plaisir sexuel qui constitue,  avec la recherche de nourriture et donc d’argent,  une des principales préoccupations de tout être humain? Il y a fort à parier que les gens ne seraient pas pressés de s’accoupler. Quant aux femmes,  seraient-elles fidèles si elles n’avaient pas besoin d’un père pour les aider à élever leurs enfants? Eh oui, inconsciemment nous cherchons à perpétuer l’espèce;  l’amour, le romantisme, tout ça,  c’est rien que des amusements qui ne durent pas et qui nous collent sur les bras des marmots qui n’auront pas une vie plus marrante que la nôtre. Le plaisir n’existe que pour nous inciter à procréer, c’est une ruse diabolique de la nature qui nous fait confondre instincts et sentiments. Concernant la fidélité féminine, le brave Schopenhauer n’avait pas toutefois pas prévu la pilule en vente libre et le stérilet.  Maintenant, dans nos contrées occidentales, non seulement les femmes s’assument financièrement, mais elles peuvent choisir de faire l’amour sans faire d’enfants.  Mais pourquoi alors, me direz-vous, pourquoi continue -t-on à faire des enfants? Réponse de Schopenhauer: parce qu’inconsciemment nous voulons que l’humanité se perpétue.

Je vous laisse méditer (ou pas) sur ce sujet de la sexualité en philosophie.

autres temps, autres interdits

Hier soir j’ai fêté les 50 ans d’un ami. Rien d’extraordinaire que d’aller chez des amis fêter un anniversaire. Sauf qu’hier, c’était le vendredi saint, et que nous aurions dû en bons français catholiques, respecter cette journée souvenir de la passion du Christ.

J’ai donc pensé à cette occasion qu’il y avait eu une sacrée évolution, mine de rien, dans la mentalité des cathos. Dire que pendant près de seize ans,  j’ai été à la messe tous les dimanches (même bébé dans les bras de maman) et que pendant presque aussi longtemps, toutes les semaines précédant le dimanche de Pâques, j’allais me confesser, histoire d’arriver pure de tout péché pour communier le grand jour venu. Vers l’âge de dix sept ans, j’ai enfin acquis le droit d’arrêter les frais. Je ne vais plus à l’église que par plaisir, pour regarder l’architecture et la décoration (j’aime bien les statues des saints, ils ont l’air si doux, si bienveillants) ou pour les enterrements, malheureusement.

Nous fûmes plusieurs à nous dire hier qu’il aurait été impensable il y a quelques années seulement,  que des personnes nées avant 1950 et élevées chrétiennement acceptent de festoyer un vendredi saint.  Hier tout le monde était là, même les papis qui ont fait la guerre d’Algérie et  les mamies  élevées dans un strict respect des convenances: on va à la messe sans discuter et on arrive vierge au mariage.

On pourrait croire que nous vivons une époque moderne, libérée et libératrice, débarrassée de culpabilités et de contraintes  entravant la jouissance, le droit de faire ce qu’on veut où on veut, dans la mesure où on ne fait souffrir personne.  Et pourtant… J’ai dû attendre qu’on ait mangé le gâteau pour allumer une clope que j’ai fumé honteusement, seule, à la fenêtre de la cuisine. Un des convives m’a dit un peu plus tard: « ah, tu fumes toi aussi, si j’avais su j’aurais été fumer  avec toi ».  Nous étions les deux seuls fumeurs présents ce soir là,  et aucun de nous deux n’a osé fumer devant les autres.  Il y a, mettons, six ou sept ans, on pouvait fumer une ou deux cigarettes chez beaucoup de gens sans avoir la sensation de commettre une transgression ou une incivilité. Maintenant, ça devient mission impossible: l’air doit rester pur et les fumeurs sont priés de sortir même quand il fait froid ou qu’il pleut à verse.  Je ne dis pas que ce n’est pas un bien, d’une certaine façon, car les réunions de boulot  et les soirées privées où la majorité des participants fumaient clope sur clope devaient être pénibles, j’imagine,  mais n’est-on pas parvenu à l’excès inverse? Les plus jeunes hier,  ne fumaient pas;  j’avais l’impression d’être la toxicomane de service, pour deux malheureuses Dunhill que j’aurais eu plaisir à fumer sans avoir à me planquer.

Je crains que dans quelques années, personne ou presque n’ose boire plus d’un verre d’alcool au cours du  même repas,  que ce soit considéré comme la honte absolue de manger un pain au chocolat à quatre heures passé l’âge de douze ans,  et que les gens qui ne font aucun sport paient un impôt parce qu’ils augmentent le trou de la sécu en refusant d’adopter une bonne hygiène de vie.  Et je me demande si ce n’était pas moins contraignant de manger du poisson le vendredi saint…

le « roman vrai » d’emmanuel carrère

 

J’ai une certaine admiration pour Emmanuel Carrère. Ce garçon qu’on devine ombrageux et tourmenté, a écrit en vingt-cinq ans huit romans dont deux sont, à mon humble avis, déjà des classiques: « L’adversaire » et « La classe de neige ». Oeuvres étonnantes par leur puissance narrative et l’intelligence sobre de leur écriture.

En  2007,  Emmanuel Carrère s’essaie à l’autofiction, en racontant dans « Un roman russe » le tournage d’un documentaire en Russie, ses interrogations concernant le passé de son grand-père russe (il est le fils de l’Académicienne Hélène Carrère d’Encausse) et une passion très sexuelle et mouvementée avec une femme dont il espère qu’elle soit enfin la femme de sa vie. Le résultat est imparfait, l’écriture moins maîtrisée que dans ses fictions,  mais l’ouvrage impressionne par sa franchise et son côté fiévreux: l’auteur parvient à faire de lui-même un personnage dostoievskien, cette performance n’est pas donnée à tout le monde.

En quatrième de couverture de son nouveau roman « D’autres vies que la mienne« , paru chez POL ( éditeur qui le publie depuis 1984 et auquel il semble très attaché), l’auteur prévient le lecteur:  Il est question dans ce livre de vie et de mort, de maladie, d’extrême pauvreté, de justice et surtout d’amour. Tout y est vrai.

L’avertissement tient ses promesses: durant les soixante premières pages, Emmanuel Carrère raconte l’histoire vraie de ses vacances au Sri-Lanka qui (hasard hallucinant pour un romancier qui se rend pour la première fois dans ce pays)  ont lieu au moment où un tsunami dévaste une partie de l’Asie du sud-est. Il est là avec sa nouvelle compagne et les fils qu’ils ont eu chacun d’une première union. Ils renoncent à une sortie de plongée, s’ennuient à l’hôtel, Emmanuel est morose et se demande si son histoire d’amour avec Hélène ne va pas finir comme les précédentes par une rupture triste et navrante. En fin de matinée, ils apprennent l’impensable: cette vague géante qui a surgi d’un coup et a emporté en quelques minutes des centaines de sri-lankais et de touristes; les survivants arrivent dans le village, racontent hébétés ce qu’ils ont vu ou vécu.  Dès l’après-midi, Emmanuel et Hélène affrontent  un drame insupportable à entendre: Delphine et Jérôme, avec lesquels ils avaient sympathisé, ont perdu leur petite fille de quatre ans. Ils étaient au marché, la petite jouait sur la plage sous la garde de son grand-père, elle a été emportée, comme la petite sri-lankaise qui était avec elle, seul son grand père a survécu en s’accrochant à un arbre. Il sait qu’elle est morte, doit dire l’indicible à ses enfants; le jour même, on retrouve le corps. Le père, la mère et le grand-père vont devoir vivre avec ça, cette douleur qu’on n’ose pas imaginer; alors que comme on dit, en principe  « ça n’arrive qu’aux autres ». Dans les jours qui suivent, les deux familles ne se quittent plus. L’enfant sera incinérée à la va-vite,  chacun rentrera à Paris en pensant que rien ne sera plus comme avant.  Il faudra supporter la souffrance intolérable pour les uns, la culpabilité d’avoir échappé au pire pour les autres.

Emmanuel et Hélène n’ont guère le temps de souffler émotionellement: peu après leur retour, ils apprennent que Juliette, une des soeurs d’Hélène, fait une récidive de cancer. Elle est déjà handicapée par le cancer qu’elle a eu à 16 ans, malgré cela elle est devenue juge et s’est mariée avec un homme qu’elle adore et qui lui a fait trois petites filles. Cette nouvelle épreuve va amener Emmanuel à parler souvent et longuement de vie, d’amour et de souffrance avec un juge lui aussi éprouvé par un cancer qui lui a valu d’être amputé, et qui est devenu le meilleur ami de Juliette.

Je ne vais pas vous raconter tout le roman; Emmanuel Carrère narre très longuement les confidences d’Etienne, juge passionné et d’un tempérament rare de force et d’humanité,  sur le combat qu’il a mené avec Juliette pour améliorer les situations dramatiques auxquels ils étaient confrontés tous les jours face à des justiciables étranglés par le surendettement.  Il s’attarde ensuite longuement sur l’évolution de la maladie de Juliette et le retentissement de sa mort « annoncée » sur ses filles et l’homme de sa vie. Emmanuel Carrère ne se cache pas d’avoir fait ce livre pour témoigner en tant qu’ami de ces douleurs qu’il a accompagnées à sa façon. Son livre est souvent bouleversant, mais je me suis souvent dit en le lisant que j’avais presque l’impression de lire du Madeleine Chapsal ou un témoignage dans « Marie Claire ». Le style est simple, aucune distance n’est prise ni avec les situations ni avec les personnages, et le message limpide: il restera auprès d’Hélène car l’amour doit être plus fort que tout.  Peut-on faire de la bonne littérature avec de bons sentiments? Je crains que non. L’auteur aurait dû écrire « récit » sur la couverture et le publier chez un autre éditeur. Pour moi, cet ouvrage est hélas moins réussi que ses oeuvres précédentes. J’aimerais qu’après cet ouvrage très fort humainement, cet auteur revienne à la fiction. Ce n’est pas ce qu’il annonce dans une interview donnée dernièrement au Nouvel Observateur:

« Je ne dis pas que je ne reviendrai pas au roman, mais je n’en ai plus envie. Et je crois que le roman n’a plus envie de moi….Même comme lecteur, j’ai perdu le goût du roman. Je crois que je vieillis. »

video kitsch

Un de mes passe-temps favori sur internet, consiste à rechercher des clips de  mes chansons préferées. Rien de tel qu’un bon tube de derrière les fagots pour voir la vie en rose. Quand le clip est bien kitsch, c’est encore meilleur. Mon choix pour aujourd’hui: « Comment te dire Adieu » interprétée par le sautillant Jimmy Sommerville.

Pour les nostalgiques, la première version de cette chanson composée par Gainsbourg,  interprétée par la sublime Françoise Hardy.

après quelques jours sur la riviera…

J’aime le joli nom de Riviera, par lequel était nommée ce que l’on appelle aujourd’hui « Côte d’Azur ». Je viens d’y passer quelques jours, alors que je n’y avais pas mis les pieds depuis plus de vingt-ans.

Dimanche dernier, j’ai arpenté la célèbre « Croisette de Cannes »…sous la pluie! Pour une fois que je foulais les mythiques trottoirs sur lesquels se sont posés tant de pieds « rich and famous, » il fallait que ce soit sous un parapluie; du coup j’avais  davantage l’impression d’être à  Pornichet , un jour pluvieux de novembre, que dans le décor du festival qu’on voit toujours, sur les photos, gai et pimpant avec yachts, parasols et chouettes pépées en tenues décolletées.En somme, je n’ai pas vu grand chose à Cannes, sinon les façades des palaces, et des boutiques d’un luxe extrême, boutiques dans les vitrines desquelles on peut voir, entre autres, un manteau en python coûtant 8500 euros et les célèbres chaussures Jimmy Choo, hideuses, hors de prix et importables tant les talons sont vertigineux, mais dont j’étais bien contente de voir de mes yeux quelques exemplaires;)

Les autres jours, nous avons visité, mon homme et moi, quelques villages perchés dans l’arrière pays, le vieux Nice, ainsi que la fabrique de parfums Molinard de Grasse.  Nous avons aussi arpenté les rues de Saint-Paul-de-Vence et collé notre nez aux carreaux de la « Colombe d’Or » pour apercevoir les tableaux de maîtres décorant les salles du restaurant qui abrita les amours de Montant et Signoret et vit défiler de nombreux peintres installés dans cette douce et lumineuse région. Dans tous ces  sites hautement touristiques, on ne croise,  quand on s’y promène hors vacances scolaires, que des vieux ou des groupes d’adolescents coachés par leurs profs, ça fait bizarre.  Le lieu qui m’a le plus épatée est  la Villa Ephrussi,  perchée en haut de Saint-Jean-Cap-Ferrat. Cette sublime villa a été  pendant trente ans la propriété de Béatrice de Rotschild, personnage hallucinant qui disposait de 10 000 euros d’argent de poche par semaine, et qui hérita à la mort de ses parents de 350 millions d’euros lui permettant  de mener une vie de patachon: divorçant très jeune d’un mari qu’elle n’avait jamais aimé, elle a vécu une existence de sybarite, jouant au casino, prenant des maîtresses (elle préférait les dames) et dépensant sans compter pour satisfaire sa compulsion d’achats d’antiquités et son désir d’avoir de belles demeures. Elle n’a passé en tout et pour tout que trois saisons dans cette sublime maison remplie d’oeuvres d’art et dotée d’un jardin extraordinaire.

Nous étions logés chez des retraités assez aisés qui louent à l’année deux chambres d’hôtes. Des gens adorables, chez lesquels je serais bien restée des semaines à me faire chouchouter,  dans leur  grande maison remplie de chats et de chaleur humaine . En fin d’après-midi, ils insistaient pour nous offrir le thé et nous raconter leur vie: elle hongroise, lui allemand, ils se sont rencontrés en Suisse, ont vécu en Belgique et à Annecy. Ils ont eu deux beaux enfants. L’aîné est un chanteur d’opéra qui parcourt les scènes du monde entier et tutoie Alagna, Boccelli et quelques autres voix d’or. Mais la vie n’est pas un long fleuve tranquille, et R… souffre depuis trente ans d’une maladie évolutive qui lui gâche quelque peu l’existence. Il y a toujours un « grain de sable » même dans les vies qui semblent les plus belles, les plus enviables.

Hier soir, nous avons passé la nuit à Castres, dans une chambre d’hôtel à 35 euros qui puait le tabac froid. Telle Cendrillon éjectée de son carosse, je redescendais sur terre, un peu étourdie.

J’espère que vous me pardonnerez la futilité de ce billet…

 

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