LE PARIS-BREST DE TANGUY VIEL
28 février, 2009 @ 7:16 Non classé

Dans « Paris-Brest » (Minuit), son nouveau roman dont le titre évoque à la fois la ligne de train reliant la pointe du Finistère Nord à la capitale et le célèbre gâteau rempli de crème au beurre, Tanguy Viel nous propose ce qu’il appelle lui- même « un roman familial ».  Roman dans lequel il expose des personnages, des faits, des souvenirs, des affects (tous ayant pour objet l’histoire familiale telle que le narrateur l’a perçue  ou la transforme, Viel  prenant plaisir à nous embrouiller), tout en relatant les circonstances dans lesquelles le narrateur écrit,  ses intentions (fuir Brest, se sauver par l’écriture), et les « conséquences  » qu’auront dans l’histoire, les cent-soixante-quinze pages du manuscrit qu’il ramènera dans sa valise une veille de Noël, comme une bombe qu’il essaiera de cacher, mais qui finira par exploser de façon inattendue.

Au début de cette histoire de famille, le narrateur s’installe dans un petit studio de 16 m2 situé en dessous de l’appartement de 160m2 dont sa grand-mère a hérité après un bref mariage , interrompu pour cause de décès, avec Albert, vieillard qui a eu le bon goût de faire de « Marie-Thérèse », sa légataire universelle. Les parents de Louis (on ne saura jamais ni les prénoms ni le patronyme de ces peu reluisants géniteurs), sont contraints de « s’exiler » en Languedoc Roussillon, après une sombre affaire de  faux papiers et de détournement de fonds dont s’est rendu coupable le père, juste avant de démissionner de son poste de vice-président du club de foot brestois. Louis reste  à Brest, malgré son jeune âge (17 ans) et malgré les réticences de sa mère qui n’aime pas voir les membres de sa famille échapper à sa surveillance, pas plus qu’elle n’est rassurée de laisser derrière elle les dix-huit millions de la grand-mère.

 Tout partira définitivement en quenouille quand un ancien camarade d’école de Louis refera surface, l’entraînant à commettre un acte presque « dostoievskien ». Sous des dehors de farce bourgeoise parfois hilarante, on sent souvent le désespoir affleurer tout au long du récit. Louis ne se sauvera d’un destin sinistre sous la coupe d’une mère abusive qui l’a toujours méprisé, qu’en fuyant à Paris où il écrira afin « d’effacer  le mal ».  Morceaux choisis, expliquant le point de vue du narrateur sur la psychologie de sa génitrice:

« …Pour ma mère, expliquais-je au fils Kermeur, le monde est très simple, le monde est une sorte de grand cercle et au milieu il y a une montagne d’argent et sans cesse des gens entrent dans le cercle pour essayer de gravir la montagne et planter un drapeau en haut…Elle, ma mère, arrivée la dernière comme un metteur en scène sur un tournage de film, elle n’a même pas salué sa propre mère mais d’abord regardé vers moi et comme l’air de dire que quand même, que c’était bien la peine que j’habite en dessous si je n’étais même pas capable d’empêcher un cambriolage. Même concierge, ai-je lu dans son regard, même concierge tu n’en es pas capable. »

« Paris-Brest » c’est un peu la version moderne du « Noeud de vipères » de François Mauriac. Un beau roman, étrange et émouvant, qui m’a donné envie de découvrir les précédents romans de Tanguy Viel: Le Black Note (1998), Cinéma (1999), L’absolue perfection du crime (2001), Insoupçonnable (2006), Minuit.

-Marie Lebrun
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