Funny Games U.S
18 février, 2009 @ 9:07 Non classé

J’ai choisi de faire un post sur FUNNY GAMES US du réalisateur Michael Haneke (sorti en 2008),  parce que ce film figure pour l’instant  en première place dans ma play-liste des  films les plus « dérangeants »:  « LE TAMBOUR » de Volker Schlöndorff, « ORANGE MECANIQUE » de Stanley Kubrick, DELIVRANCE de John Boorman, LA PIANISTE d’Haneke, ANNA M de Michel Spinosa.

N’étant pas jusque boutiste, dans mon envie de découvrir l’ultra violence ou la perversité telles que nous la donne à voir le 7ème art,   je ne peux pas comparer FUNNY GAMES avec les films réputés les plus « in-regardables » de l’histoire du cinéma comme IRREVERSIBLE de Gaspar Noé et SALO OU LES  120 JOURS DE SODOME de Pier Paolo Pasolini: je n’ai pas encore eu le courage de les voir.

En 1997, Michael Haneke (scénariste et réalisateur autrichien) avait scandalisé le public du festival de Cannes avec son film FUNNY GAMES réalisé en langue allemande.  Je n’ai pas vu cette première version, mais j’ai loué deux fois récemment le DVD de la version 2, afin de comprendre pourquoi FUNNY GAMES US (voulu par son auteur tel un remake très fidèle du premier) suscitait des réactions aussi violentes que controversées: les uns crient au chef d’oeuvre, les autres décrètent qu’il faut être masochiste pour passer 111 minutes devant un film « sadique, ennuyeux, malsain, inutile »: je cite des adjectifs lus dans les critiques de spectateurs du site Allociné.

L’histoire de Funny games est simple dans sa construction (unité de lieu, de temps et d’action): une famille américaine, un père, une mère et  leur enfant de dix ans, s’installent pour des vacances d’été dans leur résidence secondaire au bord d’un lac. Monsieur met son bateau à l’eau avec son fiston, Madame range les victuailles au réfrigérateur, contacte des amis qu’elle espère voir pendant le séjour. Un gentil chien de chasse gambade gaiement dans le parc. Deux jeunes gens font irruption dans ce tableau paisible. A la 24ème minute du film on comprend que le trio familial va passer les pires heures de son existence sous la torture des deux jeunes qui se sont introduits chez eux en se faisant passer pour des amis de leurs plus proches voisins. On pressent qu’il n’y aura pas de Happy End. Le film s’écoule lentement mais sûrement, alternant humour noir, ultra violence, humiliations insoutenables.

Haneke a eu l’intelligence de créer des personnages lisses, des Wasp qu’on pourrait trouver dans n’importe quelle comédie dramatique américaine: la famille est charmante, bourgeoise sans ostentation,  roule en 4/4 en écoutant de la musique classique et en plaisantant gentiment.L’épouse est jolie mais toute simple. L’enfant est mignon, bien élevé. Le père est calme, distingué, avec un doux regard d’homme intelligent qui aime sa femme, son gamin et qui a envie de passer de belles vacances. Les deux bourreaux ne sont ni beaux ni laids; on devine à leurs manières et à leur tenue de golf, qu’ils sont de bonne famille et font des études dans des collèges prestigieux. Seuls signes d’emblée inquiétants: leur regard froid et ironique, leurs gants d’un blanc immaculé, la sueur qui perle sur leur visage en permanence.

Intelligence aussi d’Haneke de montrer l’horreur sans surenchère visuelle: quand le gamin est battu à mort, on n’entend que des hurlements, le plan ne montrant qu’un des jeunes vaquant dans la cuisine, pendant que son copain s’occupe du petit. La violence est avant tout contenue dans le sadisme savamment orchestré par les deux compères qui prennent tout leur temps, s’amusent, plaisantent. Il y a cette réplique hallucinante, quand la femme demande pourquoi on ne les tue pas tout de suite: « Il ne faut pas oublier l’aspect divertissement… »

Je mentirais en disant que j’ai pris plaisir à regarder Funny Games: j’ai admiré la virtuosité du metteur en scène, le jeu sobre des acteurs, la qualité des dialogues, mais j’ai souvent été extrêmement mal à l’aise, me demandant pour quelles raisons j’avais choisi de le voir, en sachant d’avance à quoi m’attendre au vu des critiques que j’avais lues. Au delà de l’intérêt que j’ai pour Haneke depuis que j’ai vu et aimé le bouleversant « La pianiste », j’ai dû être motivée par un peu de  curiosité malsaine ( qui n’en a jamais eu), une envie de me faire peur sans risques, et peut-être aussi le besoin de réfléchir sur ce qui peut bien motiver deux êtres normaux à devenir pervers et criminels. Les deux monstres de Funny Games ne sont pas psychopathes; ils savent parfaitement ce qu’ils font. Ce sont de grands pervers et sans doute est-ce cela le plus inquiétant: voir à l’oeuvre une perversité susceptible de se développer chez n’importe qui.

 

-Marie Lebrun
rss 10 réponses
  1. Nicolaï Lo Russo
    18 février, 2009 | 14:59 | #1

    Marie « L » qui s’y met. Ben ça alors. WELCOME dans la stratosphère Marie ! Et votre graphisme est JOLI, ça c’est assez rare pour être souligné. Bon.
    Les films dérangeants ? Oui le summum c’est Salo (je me demande quel producteur s’y attèlerait aujourd’hui). Dans le genre intelligent, Orange est pas mal, Funny évidemment, L’Exorciste, valeur sûre jamais dépassée dans le genre. Ceci dit la « fameuse scène » de viol d’Irreversible m’a plutôt emmerdée qu’autre chose. Parce qu’on SAIT, in fine, que c’est (ce n’est que) du cinéma ; et que cette scène est stupidement longue, filmée (mal) en temps réel, que Bellucci est une star, etc. Autrement, vous avez « Harry, portrait of a serial killer », qui fait son petit effet… Et enfin toute la série des « Penetrator » (au zoo, à la garderie, à la plage, etc.) ; les aventures hypersexe d’un étalon surmembré au pays des enfants (russes) et des animaux (africains). Moi ça ca’a quand même un peu dérangé, ce déballage sordide. Mais n’en faut-il pas pour tous les goûts, Marie ?

  2. Test
    18 février, 2009 | 15:14 | #2

    Test

  3. 18 février, 2009 | 16:40 | #3

    L’avantage, quand on est aux commandes sur SON blog, c’est de pouvoir modérer les fâcheux :D
    Merci de votre visite, Nicolaï!

  4. Test
    18 février, 2009 | 17:46 | #4

    Personnellement, je trouve la modération a postériori plus dynamique. Vous verrez avec l’expérience.

  5. emule
    18 février, 2009 | 22:58 | #5

    je ne pas vu la version nouvelle de funny games, mais la preière c`etait deja trop, tu sais, ce manière de s`amusser, de tuer tout le monde,par diversion, mais d`un autre côte, les images prisses par Haneke sont exceptionnels, simples, esplicites, jolies, un argumente cruel, le fils est tue d`abord, le pere qui ne peut pas marcher, la nana qui est pris encore…oh la vache…gros film

  6. 18 février, 2009 | 23:12 | #6

    C’est un point de vue qui se défend, cher emule. La prochaine fois, soignez votre orthographe, ce sera plus facile de lire votre comm.

  7. Manuel
    20 février, 2009 | 19:58 | #7

    Heureuse Marie, qui résiste encore les films. Moi, que ce soit un mauvais film ou qu’au contraire je puisse percevoir qu’il est encore du vrai cinéma, inmanquablement je suis pris d’impatience d’aller fumer à la fenêtre ou bien, avec Satyajit Ray, de fermer les yeux à la beauté pure, et les entrouvrir de temps à autre pour les refermer et passer à travers la grandeur du cinéma classique (dans les salles du Quartier Latin, j’en ai ronflé d’extase… on revient toujours à « Rome »). Le pire est que je ne me sens plus concerné par la culture générale, donc le cinéma, et je retombe du côté de l’anachronisme et pire.

  8. Marie
    20 février, 2009 | 23:04 | #8

    @ManuelJe comprend votre lassitude à voir des films. Moi même je regarde souvent ma montre au cinéma, ce qui n’est pas très bon signe. J’ai vu sur un autre blog, que vous lisiez le livre de Roudinesco sur l’Histoire des perversions: elle était venue le présenter à Bordeaux chez Alice. Un bel ouvrage, qui j’espère restera une référence. Notamment le chapitre sur les saints adeptes de mortifications et celui sur le nazisme.

  9. yibus
    5 mars, 2009 | 20:09 | #9

    Classement des films qui m’ont rendu les mains moites (pas pour les mêmes raisons).
    1) Salo
    2) Funny Games
    3) Shoah
    4) Kapo

  10. 5 mars, 2009 | 23:40 | #10

    @Yibus

    Il faudrait vraiment que je voie « Salo » depuis le temps que j’en entends parler.

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