L’important c’est de lire.
15 février, 2009 @ 12:46 Non classé

Chaque fois que je vais chez Mollat (1500m2 consacrés aux livres, la plus belle librairie de France, située dans un  immeuble du XVIIIème siècle à Bordeaux), j’éprouve un certain vertige: il y a tant de livres qu’on ne sait où donner de la tête; au mois d’octobre, il y avait même trois exemplaires de « Rater mieux » de Barberine (premier manuscrit publié sur le site des ELS à être publié sur papier) très bien placés, aux  côtés de romans d’éditeurs un peu hype. Chez Mollat, tout est pensé et vous ne verrez jamais un roman populaire de chez Belfond à côté de l’ouvrage d’un poulain des éditions de Minuit.

Ce genre de lieu est magique et en même temps angoissant: on a conscience qu’on ne lira jamais tous ces romans, tous ces essais. Et on sait que même si on avait suffisamment d’argent pour acheter sans compter, il serait humainement impossible de lire tous les livres qui nous font un peu de l’oeil,  parce que le titre nous intrigue, ou parce qu’on se souvient avoir lu un article qui donnait envie de craquer un billet de 20 euros pour ce roman qui nous semblait subitement indispensable, à en croire le journaliste qui vantait ses mérites, ou parce que c’est publié chez Actes Sud, ou chez POL ou tout autre éditeur avec lequel on se sent en affinités.

Quand on écrit soi même, la vue de tous ces livres qui attendent comme des orphelins qu’on les adopte, n’est pas seulement vertigineuse, elle donne carrément  le cafard: on n’est pas né de la dernière pluie, et on sait que beaucoup de ces romans sur lesquels des écrivains  ont passé des centaines ou des milliers d’heures se vendront mal ou  deviendront selon l’expression d’Anne Carrière « des  bébés morts nés. »

Il m’est souvent arrivé de me demander pourquoi j’écrivais, alors que personne ne me demande rien et que je ne serai jamais Proust ou Céline, ou même tiens, Christine Angot, dont il est de bon ton de se gausser mais qui vend chaque fois au moins trente mille exemplaires de ses autofictions.

Vous me direz que comparés au misères et aux drames qui se passent à chaque seconde sur la planète, mes doutes existentiels « dois-je écrire? /dois-je arrêter toute tentative d’écrire quelques paragraphes qui tiennent la route? » sont grotesques et vous aurez raison.

Et je me dis, pour me consoler de ne pas être la nouvelle Françoise Sagan, que l’important c’est de LIRE: lire, lire et lire encore, avaler les mots des autres, en faire sa nourriture quotidienne. Il y a trop de livres mais nous sommes nombreux à les aimer et c’est réconfortant.

 

-Marie Lebrun
rss 9 réponses
  1. Alex
    15 février, 2009 | 18:54 | #1

    Bonsoir !
    Je me permets de faire une apparition.

    Je cite : « Vous me direz que comparés au misères et aux drames qui se passent à chaque seconde sur la planète, mes doutes existentiels “dois-je écrire? /dois-je arrêter toute tentative d’écrire quelques paragraphes qui tiennent la route?” sont grotesques et vous aurez raison. ».

    Me suis fait une réflexion à peu près similaire, pas plus tard qu’hier après midi, alors que je rangeais mon DVD de Million Dollar Baby dans sa boîte en essuyant une larme.
    A peu près similaire, parce qu’en ce qui me concerne, j’ai l’impression que ce sont d’autres personnes, qui, ces jours-ci, se posent ce genre de question à ma place ; s’ils pouvaient d’ailleurs me décharger de tous mes doutes existentiels et également se demander à ma place pourquoi je passe mes dimanche à bâfrer, je serais bien contente.

    C’est un sujet intéressant, je trouve, le rapport des gens à l’écriture. Est-ce qu’on écrit exclusivement pour soi ? Est-ce que c’est surtout pour les autres ?
    En ce qui me concerne, c’est parce que j’en ai besoin, au départ. Je ne me pose pas plus de questions que ça, mais en y réfléchissant, à partir du moment où il y a une trace écrite, c’est qu’il doit bien avoir une certaine volonté de montrer, d’exprimer quelque chose, souvent un problème ou une souffrance.
    J’ai toujours pensé que le principal était que ça m’apporte un soulagement, un apaisement au moment où je le faisais.
    Je le pense encore, et ça fonctionne, c’est pour ça que je continue.
    Alors, bien sûr qu’il faut continuer.
    Rien que pour ça.
    Au fond c’est la seule chose qui soit réellement importante.

  2. 15 février, 2009 | 19:07 | #2

    Chère Alex

    Je lis en ce moment un roman qui pose exactement ces questions. J’en ferai un compte rendu prochainement.
    Souhaitez vous que je vous mette en lien? Pour l’instant je n’ai pas beaucoup de lecteurs, mais ils sont de qualité!

  3. Alex
    15 février, 2009 | 19:20 | #3

    Comme vous voulez !
    Au passage, j’ai terminé Teen Spirit de Virginie Despentes il y a peu de temps, et j’ai bien aimé ; j’aime bien sa façon de s’exprimer.
    Je suis en train de terminer La Fenêtre Panoramique (le livre dont est tiré le film Les Noces Rebelles) et ensuite je vais attaquer Bye bye Blondie.
    Merci pour les suggestions, donc !

  4. Une page par jour
    16 février, 2009 | 11:49 | #4

    Bonjour!

    Sachez que j’ai par moment suivi vos longs échanges sur le blog des ELS, avant de m’en fatiguer … et je souhaitais vous remercier aussi pour votre commentaire sur ma nouvelle [Au bord de l'Oise]. J’ai lu il y a quelque temps la votre, [Post Scriptum], et je vous en dois donc aussi quelques mots.

    Pour la question que vous posez ici, je pense qu’elle est celle de tous ceux qui, de près ou de loin, ont l’écriture dans l’âme. Pourquoi écrire? Mais je réponds toujours, comme Viriginia Woolf, que je sens qu’écrire m’est bien plus nécessaire que tout le reste.

    Quand aux sentiments de vertige vécus dans les grandes librairies, j’ai souvent cette envie de pouvoir résumer tous ces livres, en un seul volume, de condenser l’ensemble de ces morceaux de pensées en une seule page, pour n’obtenir en fin de compte qu’un seul mot, qui serait LE mot, et qui contiendrait tout …

  5. 16 février, 2009 | 12:08 | #5

    Ravie de connaître l’auteur d’ »Au bord de l’Oise ». Les échanges entre auteurs sont rares, finalement, sur le site des ELS.
    Nombreux sont ceux qui déposent leur texte mais ne lisent pas les autres. Nombreux aussi doivent être ceux qui n’osent pas s’exprimer. On les comprend, au vu des insultes et railleries vulgaires qui deviennent presque le quotidien de ce blog. C’est en grande partie pour cela que j’ai créé ce blog perso, même si je n’ai pas grand chose de bien intellectuel à y écrire. J’essaierai de parler de ma passion pour les livres, l’écriture ou d’évoquer des sujets touchant d’autres domaines que la littérature sur lesquels il m’intéressera de dialoguer. Merci de votre passage.

  6. Une page par jour
    16 février, 2009 | 12:33 | #6

    Etre auteur et critique est finalement assez difficile. Le premier agit par passion, l’autre par raison. Les grands critiques, qu’ils soient critiques littéraires ou de cinéma, font souvent d’ailleurs, de mauvais auteurs, et les grands auteurs s’avèrent souvent de piètres critiques.

    En revanche, les auteurs se devraient d’échanger leurs trucs, leurs idées, expliquer comment telle ou telle idée leur est venue, comment ils ont essayé d’écrire telle chose ou telle autre.

    Pour ma part, le fait de poster en mode feuilleton chacune de mes nouvelles me permets de noter en temps réel les impressions ressenties par les lecteurs (lectrices, ç vrai dire), leurs réactions, leur incompréhension, parfois, leurs attentes … et c’est quelque chose de tout à fait extraordinaire, de connaître le point où un mot, une phrase, une scène parvient à frôler une âme.

  7. Manuel Montero
    19 février, 2009 | 12:48 | #7

    Intrigué par cette librairie Mollat de Bordeaux, qui a quand-même commandé mes romans à mon éditeur, je restait jusqu’à très peu assidu des librairies du Quartier Latin. Il en avait des grosses où l’on trouvait des occasions inouïes (les deux Gibert, en fait plus que deux, à cause des spécialités) et des petites très dignes où l’on se sentait touché au coeur. Même à mon quartier, côté Gambetta, il y a un couple de libraires qui restent des bons conseillers, pas du tout envahissants ni inopportuns, qui tiennent la petite librairie A tout lire. Pourquoi alors ne pas sortir ?

  8. 19 février, 2009 | 13:04 | #8

    Cher Manuel
    Vos romans sont-ils disponibles en langue française?
    Je lis hélas assez mal l’espagnol. Mais pour vous, je ferais un effort.

  9. Manuel Montero
    28 février, 2009 | 2:29 | #9

    Eh, bon, je viens chargé de la petite librairie du quartier; philosophie de chez Léo Scheer, ma chère, mais aussi quelques classiques de la pensée contemporaine que j’avais à Grenade et que je veux avoir ici en double. Mes romans, à proprement parler, sont tous en espagnol, le premier par ordre d’apparition « vampirismo estructural » fut un tirage universitaire, les six autres ont été édités par Meligrana il y a pas longtemps, et il m’en reste un roman d’époque que je considère un bijou « Pleroma », pour lequel je ne vois pas le moment d’une édition. Pour pas m’ennuyer à traduire, quand j’ai entrepris l’écriture en français j’ai voulu faire des nouvelles choses (sauf pour 274 et Le Larvado) et, chère Marie, il commence à en avoir du matériel, entre mon blog et les m@nuscrits…

Laisser un commentaire

Les voyages du Lion Hupmann |
yadieuquirapplique |
puzzle d'une vie |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Partager des mots
| catherinerobert68
| Thoughts...