Que reste-t-il de tout cela?
12 février, 2009 @ 11:48 Non classé

 

Un jour, j’ai eu 18 ans. Je ne me souviens pas de cette journée. C’est insensé, je ne m’en souviens pas. C’était l’hiver, j’étais en première année de droit à Poitiers et je ne me souviens pas de ce que j’ai bien pu faire ce jour là. Pas plus que je  ne me rappelle de ce qu’on m’a offert comme cadeaux. J’ai dû fêter ça avec Elizabeth,  Marylène et Fifi, mes meilleurs copains de l’époque, mais je ne me souviens de rien.

Pourtant, j’ai bien en tête la « photo souvenir » que je me suis fabriquée de l’amphi des « première année » de droit; je me rappelle  du coin en haut à droite où je m’asseyais pour  prendre en note des cours d’économie politique (mortels), de droit constitutionnel (ennuyeux), de droit civil (un peu moins ennuyeux). Je me souviens surtout des garçons. Dès le premier jour j’avais remarqué le seul beau mec, un brun aux yeux noirs, svelte et racé, et un autre garçon, plutôt pas mal,  avec ses cheveux châtain bouclés et ses yeux mélancoliques. A dix-huit ans, on ne regarde que les « mignons ». A dix-huit ans , on veut le sosie de James Dean  -ou d’Alain  Delon dans « Plein soleil »-, ou rien.  Alors, on se contente de regarder de loin  et en silence, parce que le beau mec de service est « déjà en main » et que le « plutôt pas mal » s’est fait draguer avant les vacances de Noël par une fille plus rapide, plus jolie, plus riche, plus tout…

Ca fait des années que je n’ai pas revu un de mes copains de fac ou de lycée. Marylène doit être devenue ce qu’elle était déjà un peu: une bourgeoise paresseuse et négligente.  Elizabeth est prof , en couple, sans enfants. Fifi, qui aurait pu faire de grandes choses tant il était cultivé, intelligent, plein d’esprit et d’humour, n’a pas fait grand chose. Emmanuel sur qui personne n’aurait parié est devenu un journaliste respecté.

Il y a trois ans, j’ai reconnu sous les traits d’un quarantenaire un peu dégarni, dans une émission de télé genre « Je veux devenir belle », un des gamins avec qui je jouais chez mes grands parents en Bretagne. Appelons le « Marc » par discrétion; Marc, donc, est aujourd’hui un grand  chirurgien esthétique qui exploite son art dans une clinique de Neuilly.  Faudra que je lui écrive, quand j’aurai envie d’un lifting, il me fera peut-être un prix. Il était tout mignon, Marc, quand on jouait au Monopoly les jours de pluie. Dans son costume de chirurgien, il ne ressemble plus du tout au petit garçon dont j’étais amoureuse secrètement. Pour être franche, j’ai même trouvé qu’il ne s’était pas arrangé avec l’âge.

Que reste-t-il de nos amitiés de jeunesse, de nos études, de nos dix-huit-ans: des souvenirs, qui deviennent de plus en plus jolis avec le temps, c’est déjà ça.

-Marie Lebrun
rss 6 réponses
  1. 12 février, 2009 | 12:59 | #1

    Bonjour et merci pour le lien vers mon site…

    Je souhaite longue vie à votre blog et beaucoup de plaisir à l’écrire.

    Amicalement,

    Agnès

  2. 12 février, 2009 | 21:20 | #2

    Merci, chère Agnès, pour ces précieux encouragements.

  3. Clic
    13 février, 2009 | 19:59 | #3

    Chère Marie,

    Vous faites votre « comme en août » partiellement, mais je suis bien content de vous lire enfin, dans un blog.

    Je ne fais pas de commentaires particuliers sur votre texte, mais retiens cette adresse pour éventuellement vous titiller.

    Foi de Clic ;-)

    P.S. mon adresse mail est bien réelle, d’aucun me l’a soufflée.

  4. Manuel Montero
    13 février, 2009 | 20:17 | #4

    Chère Marie, heureux de trouver votre blog. Il y avait une mélancolie (du dehors, si je peux dire) dans ce que j’avais lu de vous avant. Les personnages restaient collés à un Fatum arbitraire et mécanique, c’est qui faisait un drôle d’effet, l’illusion d’une objectivité. C’était cela que je voulais indiquer par « vos spécialités ». Vous verrez avec le temps que le blog vous tend d’une main des opportunités et de l’autre des pièges, c’est finalement la pièce courte, comme les lettres à des amis (même je dirais à des amours); félicitations en tout cas.

  5. Ouam-Chotte
    13 février, 2009 | 21:43 | #5

    Attention à l’addiction, Marie L… Et bienvenue à Post scriptum !

  6. 14 février, 2009 | 11:10 | #6

    @Clic: effectivement votre adresse est croquignolette;)
    @Ouam Chotte: c’est sympa de passer.
    @Manuel: des pièges, oui sûrement. Merci pour vos encouragements.

    Le plus dur reste à faire; écrire des billets pas trop nazes:-D

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